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LU AILLEURS / Mœurs

Mon tattoo, c’est Jésus

R entrer de son voyage à Jérusalem avec un symbole christique sur l’avant-bras, c’est très tendance. Une mode qui renoue avec une très ancienne tradition venue des croisades, raconte le correspondant du Figaro.

Le plus souvent, ils optent pour une marque discrète sur l’avant-bras, une croix de Jérusalem ou arménienne, ou alors le monogramme du Christ «IHS»: les nouveaux tatoués chrétiens privilégient les symboles anciens. Et cher Razzouk Tatoo, boutique historique de la vieille ville de Jérusalem où le correspondant du Figaro les a rencontrés, ils sont de plus en plus nombreux: parmi les pèlerins, jeunes ou moins jeunes, la vogue du tatouage fait fureur. «Presque tous y passent!», affirme Grégoire, 29 ans, séminariste français aux tempes rasées et au biceps généreux. Qui explique: «Se tatouer, c’est se marquer au fer rouge. Cela veut dire: Seigneur, je suis ton esclave, je t’appartiens.»

Rentrer de son voyage à Jérusalem avec le Christ dans la peau: de plus en plus de croyants européens et américains adhèrent à cette pratique, confirme le Figaro, dans le sillage d'autres publications. Un épiphénomène de la mode du tatouage en Occident? Certes, mais pas seulement: la vogue du tatouage chrétien vient rappeler que le marquage de peau n’est pas seulement une pratique de voyous devenue tendance. C’est aussi une tradition très ancienne venue des croisades: durant plus de cinq cent ans, les chevaliers, puis à leur suite les pèlerins, se sont fait marquer la peau en souvenir de leur passage en Terre Sainte. Le chemin du retour était semé d’embûches, explique au Figaro Marie-Armelle Beaulieu, rédactrice en chef de Terre Sainte: «En se tatouant, les voyageurs s’assuraient de ramener un souvenir de Jérusalem même s’ils se faisaient dévaliser durant leur périple.»

Les historiens estiment que le tatouage, surtout dans les conditions d’hygiène précaires où il était pratiqué jadis, était également vécu comme un geste d’identification aux souffrances du Christ.

Les routes devenant plus sûres et l’industrie des souvenirs se développant, le tatouage de Jérusalem a peu à peu disparu chez les pèlerins latins. Vers le milieu du 19e siècle, la pratique avait complètement changé de public: elle était devenue l’apanage des malfrats et des prostituées.

Chez les chrétiens d’Orient, en revanche, elle n’a jamais cessé de représenter un signe de reconnaissance communautaire. Et à en croire Wassim, patron de Razzouk Tatoo, la marginalisation et les violences dont les adeptes arabes du Christ font l’objet aujourd’hui ne les empêchent pas de venir se faire tatouer, au contraire. 

Dans leur cas, le mot «mode» se teinte de noire ironie: ils savent que sur le chemin du retour, une simple croix autour du cou peut leur coûter la vie.


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