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LU AILLEURS / Economie

Les GAFA se tournent vers la finance

A près Facebook et la libra, Google discute avec des banques pour créer des comptes courants et Apple lance sa propre carte de crédit

En bout de course, la finance, asphyxiée par des règlementations bancaires toujours plus sévères, des rendements toujours plus bas, des taux d'intérêt négatifs, et confrontée à la révolution à venir, celle de la numérisation des moyens de paiement et de la monnaie elle-même? Elle n'a peut-être pas dit son dernier mot, mais elle devient une cible de plus en plus tentante pour les géants technologiques de la Silicon Valley (les GAFA) et leurs clones chinois (WeChat, Alibaba, Weibo).

Mi-novembre, le Financial Times révélait que Google avait entamé des négociations avec plusieurs grandes banques américaines pour permettre aux petits déposants de ces dernières d'utiliser facilement sa solution de micro-payement Google Pay. Pour le géant de Mountain View, basé au sud de San Francisco, l'enjeu de ce projet nommé pour le moment «Cache» est d'accroître l'usage de sa propre solution de paiement face à celle de son concurrents Apple, dont le siège se situe dans la localité voisine de Cupertino.

Concurrence chinoise

L'objectif de Google est évidement d'amener le maximum de nouveaux utilisateurs à son système de paiements plutôt qu'à celui du concurrent de la rue d'à côté. Et il a besoin, pour cela, de l'énorme réservoir de clients que recèlent des géants comme Bank of America et ses 66 millions de clients, dont près de la moitié est déjà en ligne, sur son ordinateur ou son téléphone. Et aussi pour rattraper le retard pris envers les chinois Alipay (Alibaba) et WeChat Pay (WeChat), utilisés par ds millions d'utilisateurs. Les Suisses, qui connaissent aussi les solutions de paiement d'Apple et de Samsung, viennent d'accepter les deux chinoises et s'en remettent aussi à leur propre solution domestique, Twint. En fait, il apparaît que les micropaiements par téléphone mobile progressent plus vite dans les pays émergents, où l'accès à l'argent liquide n'est pas toujours aisé, que dans les économies développées, où les solutions se multiplient et se livrent une concurrence acharnée.

Le frein des Etats

Les efforts des GAFA ne datent pourtant pas de hier dans ce domaine. Mais l'urgence est désormais moins de s'imposer que de rester dans ce marché. Facebook, avec l'annonce du lancement de la libra dès l'année prochaine, a profondément brassé les cartes. Bousculées dans leur monopole d'émission monétaire, les banques centrales réagissent et se livrent à leur tour à des tests, bientôt grandeur nature (notamment à la BNS, en collaboration avec la bourse suisse SIX, d'émission et de circulation de monnaie électronique directement sur des blockchains.

Si ces tests aboutissent à la mise en place d'un système global de monnaies digitales, les solutions de paiement par téléphone risquent de rencontrer moins d'intérêt du côté du public. On n'en est pas encore là. Les initiatives des GAFA vont d'abord se heurter aux autorités de régulation, qui n'ont aucun intérêt à les laisser s'étendre dans le secteur financier au risque de les laisser créer de nouveaux oligopoles, avance le Financial Times. Pour le moment, seule Citigroup, géant américain, a confirmé officiellement les discussions en cours avec Google. La bataille de la monnaie électronique ne fait que commencer.


L'article du Financial Times à lire ici pour les abonnés. 

Yves Genier

Journaliste économique depuis le milieu des années 1990, historien de formation, Yves Genier est particulièrement int...

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