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Lu ailleurs / Le Credit Suisse perd les pédales et tout le monde se tait


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La banque aurait risqué la somme folle de 20 milliards dans le scandale des fonds spéculatifs Archegos, soit la moitié de son capital. Elle est aujourd’hui à brader et personne ne s’en inquiète. Traduction et adaptation d'une analyse du journaliste Lukas Hässig publiée sur le site «Inside Paradeplatz».



Pas de tollé, pas d'indignation, pas de discours de la banque centrale et du Conseil fédéral. Circulez, il n’y rien à voir.

Pourtant, le numéro 2 des banques suisses a risqué la moitié de son capital. Le Wall Street Journal explique que le Credit Suisse avait engagés 20 milliards dans le projet d'Archegos. Un fond spéculatif qui a pour vocation de gérer la fortune d’une ou de plusieurs familles – ici, en l’occurrence, la fortune de la famille de son fondateur, Bill Hwang.

Le PDG du Credit Suisse, Thomas Gottstein, n'a pas nié les faits lors d’une conférence de presse donnée en ligne jeudi dernier. La banque n'a pas voulu confirmer les «chiffres exacts», seulement qu'elle était l'un des trois grands courtiers intervenants dans l'obtention des crédits par Archegos (avec Goldman Sachs et Morgan Stanley, mais il y a aussi des courtiers intermédiaires comme l’UBS et Deutsche Bank).

20 milliards de dollars pariés sur un seul client

Cela laisse supposer que l'information du WSJ est correcte et que le Credit Suisse a effectivement mis en danger la somme de 20 milliards de dollars US avec un seul client.

Et quel client. Il s’agit d’un Coréen devenu riche aux Etats-Unis, mais qui s'est planté en 2001 avec son hedge fund (fond spéculatif) nommé Tiger Asia, liquidé en 2012 alors qu'il faisait l'objet d'une enquête de la SEC (le gendarme financier américain) pour manipulation de cours sur des actions chinoises. Les autorités américaines lui ont infligé une amende de plusieurs dizaines de millions de dollars.

La grande banque suisse a donc parié la moitié de son capital sur ce financier et son «family office» (un type de fonds de pension). Archegos a eu recours massivement à des swaps, produits bancaires dérivés, utilisés à des fins pour spéculer anonymement, par exemple, sur le marché des devises et qui a permis d’accumuler des positions risquées sans éveiller les soupçons.  

Si aujourd’hui les courtiers des banques ont opportunément fermé les yeux sur la stratégie hasardeuse de Hwang, c'est sans doute parce que ce dernier leur rapportait très gros en commissions: jusqu'à 100 millions de dollars par an en frais, selon Bloomberg.

«Comment aurions-nous pu savoir que M. Bill Hwang avait encore des milliards de prêts ouverts sur ses actions dans d'autres banques?», a déclaré Monsieur Gottstein en réponse aux questions des médias. En ajoutant: «Nous étudions les leçons à en tirer.»

Quelle déclaration honteuse!

Le Credit Suisse a joué un montant net de 5 milliards de francs avec un seul client, avec une prise de risque total de 20 milliards de dollars, et maintenant, ils disent que dans la banque, on ne peut jamais cesser d'apprendre? Mais où sommes-nous? Chez des apprentis employée de commerce?

La Banque nationale reste silencieuse

Apparemment, tout le monde pense que ça ne vaut pas la peine de mentionner l'affaire. A Berne, le gouvernement est actuellement occupé à ouvrir des terrasses, et la Finma envoie quelques enquêteurs à la Paradeplatz. A suivre. La Banque nationale, elle, reste silencieuse. Le «Lender of Last Resort» (prêteur en dernier ressort), qui est responsable de la stabilité systémique du marché financier suisse, devrait convoquer tous les hauts responsables du groupe bancaire zurichois. Et parler franchement, surtout publiquement. Cela aurait un effet. Après tout, nous parlons de ce qui est probablement le plus grand scandale financier de ces quarante dernières années. Mais rien de tout cela. La BNS n'a pas encore dit un mot.

Le Credit Suisse devient un candidat au rachat

Cours de l'action Credit Suisse depuis le début de l'année 2021 (ligne orange). Performance du cours de l'action UBS (ligne noire) et performance du SMI (ligne bleue). © Swissquote

La grande banque est en train de vaciller. Elle est devenue un candidat au rachat. Selon un banquier suisse de haut rang, les instituts financiers qui pourraient être considérés comme acheteurs examinent actuellement le Credit Suisse. Qu'est-ce qui aurait de la valeur, qu'est-ce qui devrait être rapidement coupé ou mis au pilon? − telles sont les considérations.

Acheter le Credit Suisse ne serait pas un problème pour les grandes banques américaines. Elles gagnent plus en un an que ce que coûte encore la banque à la bourse. Le seul problème est que les géants de Wall Street n'ont pas besoin d’une banque d'investissement comme Credit Suisse. Les Suisses sont plus attrayants pour les institutions financières européennes. Une Société Générale, en France, ou une grande banque espagnole pourrait jeter un œil sur la multinationale en difficulté.

La situation est dramatique, et la Suisse n'en a même pas conscience. «Si un nouvel homme de l'extérieur ne prend pas rapidement les rênes, le Credit Suisse finira soit dans des mains étrangères, soit elle bradera ses derniers atouts», explique le banquier de haut rang précédemment cité. Lequel précise également qu'il lui semble inconcevable que les médias ne se penchent pas sur cette affaire et que les politiciens et la banque centrale restent silencieux. «Une grande banque va à la ruine, et personne ne crie au scandale.»

Election d'un nouveau président

L'action Credit Suisse coûtait un peu plus de 9 francs la semaine dernière. Depuis le début de l'année, elle a perdu près d'un cinquième de sa valeur.

Ce vendredi, les actionnaires éliront le Portugais Antonio Horta-Osorio comme nouveau président, succédant au Suisse Urs Rohner. Horta-Osorio a fait ses armes à la Lloyds britannique, une banque de détail classique. Il connaît peu la banque d'investissement. Une branche d’activité qui reste central au Credit Suisse.

Dans le centre financier de Zurich, le bruit court que les clients retireraient leurs fonds du Credit Suisse. Cela ne serait pas surprenant. Après un double crash − en plus du fonds spéculatif Archegos, Credit Suisse a également prêté de l’argent à la société d’investissement britanniques Greensill, mais celle-ci n’arrivait plus à rembourser et a déclaré la faillite. Une faillite qui pèse actuellement 4,8 milliards de dollars pour la banque Suisse.

Le PDG Thomas Gottstein n'a pas voulu entendre parler d'une réduction radicale des effectifs, comme l'a fait UBS il y a dix ans après une perte commerciale de 2 milliards.

La situation est grave. Gottstein et Mathers, le Directeur administratif et financier du Credit Suisse, ont proposé au conseil d'administration de lever un capital frais de 1,7 milliard de francs suisses, ce qui a été approuvé. La banque cherche désespérément des investisseurs.

Cet exercice intervient une semaine avant l'assemblée générale annuelle. Quel genre d'entreprise est-ce, où la situation change pratiquement tous les jours et où des mesures d'urgence son présentées aux propriétaires à une cadence élevée?

Traduction et adaptation Sarah Dohr

Lire l'article original

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

3 Commentaires

@iluap 30.04.2021 | 14h27

«Si plutôt que de « fliquer » les clients en les mettant dans de jolies petites cases pour leur fourguer n’importe quels produits avariés dont le seul but est de faire gagner les banques, la BNS et les autorités de régulation se penchaient enfin sur le véritable problème qui est la création de « produits » basés sur du vent, du vide, du néant alors peut-être que les banques reviendraient afin à leur métier de base, mais lorsque la déraison est au commande, il n’y a pas grand chose à attendre !»


@Alqua 01.05.2021 | 12h41

«Et tout ça sans même avoir abordé le bilan d'Urs Rohner, qui s'en est mis pleins les poches au passage ou le fait que les petits épargnants perdent désormais de l'argent s'ils ont des comptes épargnes au crédit suisse.
»


@arizan 04.05.2021 | 22h19

«Prêter autant d'argent à des gens qui sont de purs spéculateurs à court terme ! ça veut dire qu'on est prêt à tout perdre......
Que font ces directeurs super grassement payés? effectivement, la déraison est aux commandes.»


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