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Societe / Le confinement ne libère pas les femmes

Marie Céhère

4 décembre 2020

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Des millions d’hommes et de femmes, en Europe et ailleurs dans le monde, sont astreints au télétravail et confinés dans leur foyer. Pourtant, même à temps de (télé)travail égal, ce sont encore et toujours les femmes qui portent le fardeau des tâches domestiques et de l’éducation des enfants sur leurs épaules.



Visioconférences ponctuées de cris d’enfants, pile de linge à repasser qui traine dans un coin, poussière qui s’accumule, repas du soir commandés à UberEats... Le tableau est trop familier. En particulier pour les femmes, qui peinent, en cette période, à jongler entre plages de travail à distance, classes à la maison pour les enfants, anxiété, stress et vide affectif.

C’est ce que révèle une enquête menée par l’institut Ipsos pour la fondation Bertelsmann en Allemagne, citée par le quotidien Die Zeit, sur un échantillon de plus d’un millier de répondants. 

69% des femmes et seulement 11% des hommes déclarent effectuer les tâches ménagères et domestiques de manière systématique. Les mesures de confinement et la fermeture des écoles mettent en lumière la même disparité dans le soin et l’éducation des enfants: ce sont 51% des femmes interrogées qui affirment se charger entièrement de l’école à la maison, contre 15% des hommes. 

En ce qui concerne la perception de leur implication dans la gestion domestique, en revanche, les proportions s’inversent. Pour 66% des hommes interrogés, les corvées sont réparties équitablement entre les membres du foyer... 


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Le confinement est l’occasion de faire une fois de plus la lumière sur le «travail non rémunéré» et la «double journée de travail», assumés encore en très grande partie par les femmes. Et ce déséquilibre commence à peser lourd sur les épaules de ces dernières. Dans l’échantillon sondé par Ipsos, 43% des femmes considéraient que concilier tâches professionnelles et travail domestique était beaucoup plus difficile pour elles en période de confinement. Difficile au point que près de la moitié se sentent au bord de l’épuisement physique et psychologique. A contrario, un tiers des hommes se plaignent de cette situation exceptionnelle. 

Depuis plusieurs années, le travail non rémunéré est au cœur d’une série d’études et de rapports produits par l’Organisation Internationale du Travail. Dans le monde, les femmes accomplissent quatre fois plus de travail que les hommes dans le cadre de l’entretien du foyer et des soins apportés aux enfants. Bien sûr, les disparités sont grandes entre les pays, suivant la culture et le niveau de développement. Mais en Allemagne même, selon un rapport du gouvernement fédéral, le volume horaire consacré par les femmes aux travaux domestiques est deux fois plus élevé que celui des hommes.

Parfois, cependant, le déséquilibre n’est pas facilement démontrable en terme de volume horaire, mais il est tout de même ressenti. C’est ce que l’on appelle la «charge mentale1», pas seulement représentée par l’exécution des tâches, qui peuvent être partagées dans le foyer, mais qui réside dans le fait de penser à ces tâches («si je n’y pense pas, personne n’y pensera»...).  

Le présent sondage, qui parvient aux mêmes conclusions que d’autres enquêtes, menées par le passé, est «représentatif de la population germanophone âgée de 16 à 75 ans» selon la fondation Bertelsmann. Et souligne, pour le quotidien allemand, que la séparation genrée des rôles au sein du foyer n’a, en réalité, jamais vraiment disparu.


1 Le principe a été énoncé par Monique Haicault (La Gestion ordinaire de la vie en deux, 1984).

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

1 Commentaire

@Lagom 04.12.2020 | 19h06

«C'est comme les sondages politiques, les électeurs UDC ne le révèlent pas forcément, les hommes contribuant au ménages non plus ! »