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LU AILLEURS / Idées reçues

La Suisse, pays d’émigration

S elon les chiffres de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich, l’émigration en Suisse est en nette hausse, y compris chez les nationaux. Un phénomène certes structurel, mais aussi culturel, qui appelle certains ajustements en matière de politique migratoire.

La Suisse est une terre d’émigration. La tradition de l’engagement militaire et diplomatique auprès de divers Etats (la France, la Pologne, l’empire austro-hongrois, la république de Venise…), les maigres perspectives offertes par un pays dont la prospérité est récente, ont poussé, tout au long de l’Histoire, les Suisses hors de leurs frontières. Ils portent des noms devenus mondialement célèbres: Louis Chevrolet (né à La-Chaux-de-Fonds en 1878), Le Corbusier, Felix Vallotton (Lausanne, 1865)... Mais aujourd’hui, on tend à oublier que l’émigré, ce n’est pas toujours l’autre. C’est pourtant ce que rappelle un rapport du KOF, le Centre de recherches conjoncturelles rattaché à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich, paru début novembre. 

En 2018, l’immigration nette, soit le nombre d’émigrants soustrait au nombre d’immigrants, est à son plus bas niveau depuis 12 ans: moins de 40 000 nouveaux résidents. La raison n’en est pas la restriction de l’immigration, en dépit des efforts de l’UDC en ce sens (le Conseil national recommande de rejeter l'initiative «pour une immigration modérée», qui vise à résilier la libre circulation des personnes), mais l’émigration, à son plus haut niveau depuis les années 1970.

En tout, 1,5% des résidents permanents en Suisse, 130 000 personnes, l’équivalent de la population de Berne, sont partis au cours de l’année écoulée. Plus de la moitié de ces émigrés est originaire de l’Union Européenne, et a quitté la Suisse pour d’autres pays de l’UE. Mais aussi, c’est l’information soulignée par le KOF, un quart de nationaux. 32 000 Suisses se sont expatriés, 24 000 sont rentrés au pays, un chiffre qui n’avait pas été observé depuis presque 30 ans. 

L’Allemagne, le Portugal, la France, l’Italie et l’Espagne sont les principales destinations des émigrés, ce qui laisse penser que la Suisse est au coeur des circuits de mobilité européens, dont le principe est progressivement adopté par les Suisses eux-mêmes.  

Les motifs de ces migrations sont les études ou l’emploi pour les plus jeunes, le retour à leur pays d’origine après plusieurs années passées comme réfugiés en Suisse, pour les ressortissants serbes notamment, et, pour les Suisses de plus de 60 ans, la volonté de se retirer dans un pays ensoleillé où la vie quotidienne est moins chère, comme la Thaïlande ou le Brésil.

Dans un contexte de vieillissement global de la population, la hausse de l’émigration aura, prédit le KOF, des conséquences néfastes sur la croissance économique. Il faudra compenser le manque à gagner en main-d’oeuvre par une politique d’immigration, en particulier lorsque la totalité de la génération des baby-boomers aura atteint l’âge de la retraite. En toute logique, conclut le Centre de recherches conjoncturelles, une hausse provoquée de l’offre sur le marché du travail diminuera l’attrait de l’émigration auprès des actifs.


Lire le compte-rendu du KOF ici. Pour de plus amples informations, l'intégralité de l'étude (en allemand) ici


A lire aussi, dans notre dossier spécial migrations:

Le mystère des passeurs ukrainiens - Anna Lietti.

Le désarroi des migrants africains au Mexique, par Doménica Canchano Warthon.

Le témoignage de Claudia Abbt, en direct du Niger...

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

1 Commentaire

@SylT 22.11.2019 | 11h51

«Est-ce qu'il n'y aurait pas quelque chose de légèrement contradictoire entre le fait de se lamenter sur le vieillissement global de la population (qui pèse tellement sur la croissance économique... selon le leitmotiv bien connu) et se lamenter aussi sur les mêmes populations vieillissantes lorsqu'elles décident d'émigrer pour se retirer dans un pays ensoleillé où la vie quotidienne est moins chère. Logiquement "l'économie" devrait se réjouir d'avoir grâce à l'émigration des plus de 60 ans, moins de charges financières, non :-) Ou est-ce qu'on nous roulerait dans la farine plutôt, et si oui, en préparation de quoi ?»


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