keyboard_arrow_left Retour
AILLEURS / Frontière

La question des frontaliers... vue par les Français

«On appelle cette région du Jura suisse "la Petite Sibérie". L’hiver, les températures y dégringolent jusqu’à - 40°. Le climat économique est, quant à lui, beaucoup plus clément.» Voici les premières lignes de l’article du magazine français «Alternatives économiques» décrivant le travail – notamment au Locle et à la Chaux-de Fonds – comme un Eldorado précaire pour les frontaliers.

Quelque 350'000 résidents français travaillent dans un pays limitrophe. La première destination de travail est la Suisse, avec 175'000 frontaliers. Sans surprise, ceux-là atterrissent principalement à Genève, Bâle et à Neuchâtel. Ce dernier canton «est le seul en Suisse à avoir adopté un SMIC. [Il a été] fixé à 3580 euros brut, le salaire minimum le plus élevé au monde», précise l’article avant de relativiser ce chiffre. En effet, le temps de travail est plus élevé qu’en France, il y a moins de vacances, l’assurance maladie est à la charge du salarié, les coûts de transports et autres frais sont plus conséquents, etc. L'article va jusqu'à évoquer la «précarité». Un Eldorado donc, mais qui cache des conditions de travail «souvent plus difficiles qu’en France, et surtout un marché du travail hyper flexible.»

Un petit pactole pour les caisses de chômage suisses

Très critiqué, le travail frontalier est pourtant parfois bien bénéfique à la Confédération suisse. Et pas forcément pour les raisons qui nous viennent en premier à l’esprit. En effet, les frontaliers français travaillant en Suisse cotisent à la caisse chômage comme n’importe quel employé suisse. Cependant en cas de licenciement, c’est leur pays de résidence qui paye le chômage – en l’occurrence la France.

Même si la Suisse rétrocède une partie des gains cotisés à l’assurance chômage par les frontaliers, il n’en reste pas moins que l’Etat français est perdant en la matière. En 2015, l’assurance chômage suisse a reversé à l’Unédic (association chargée par délégation de service public de la gestion de l’assurance chômage en France) 120 millions d’euros sur les 200 millions cotisés par les travailleurs français. «Autrement dit, la Suisse enregistre une plus-value sur les contributions encaissées, grâce à la libéralisation du travail frontalier,» ajoute l’auteur de l’article.

Une révision de la réglementation a été proposée par la Commission européenne en décembre 2016. Proposition qui a fait beaucoup débat en début d’année passée puisque cela aurait obligé la Suisse à payer des indemnités de chômage aux frontaliers. Aujourd’hui, selon le magazine Alternatives économiques, le durcissement de cette directive est l’un des chevaux de bataille d’Emmanuel Macron au niveau européen. Cela dit, le sujet de la libre-circulation des personnes entre la Suisse et les différents pays européens étant plus que jamais sensible, un accord allant dans ce sens ne semble pas être prêt à voir le jour.


L’article en français de Alternatives économiques: «La Suisse, un eldorado précaire»

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Luc Debraine, Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Florence Perret, Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

© 2018 - Association Bon pour la tête | une création WGR