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LU AILLEURS / Pédophilie

Existe-t-il des informations qu'il ne faut pas traiter?

P resque 40 ans de silence en Grande-Bretagne, 18 mois d’investigation, quelque 1000 victimes, 12 témoignages: la récente enquête du «Sunday Mirror» révèle un scandale incroyable.

Telford, une ville de 170'000 habitants du centre de l’Angleterre, est touchée par ce qui semble être un des plus grands scandales d’abus sexuels (révélé) en Grande-Bretagne: depuis 1980, près de 1000 jeunes filles (âgées d’à peine 11 ans pour certaines) ont été violées, vendues, violentées et tuées parfois, victimes d’un réseau de pédophilie indo-pakistanais d’une ampleur qui peine encore à être évaluée avec précision.

Certaines de ces jeunes filles, interrogées par The Sunday Mirror, ont subi des viols collectifs, d’autres ont été droguées. Certaines n’ont pu témoigner: elles ont été tuées en guise d’avertissement.

Ces révélations du journal The Sunday Mirror, surviennent huit ans après l’ouverture de trois enquêtes distinctes: deux n’ayant pas donné de résultat, et une – The Operation Chalice – menée par la police pendant deux ans et identifiant une centaine de victimes abusées entre 2007 et 2009 dans cette ville. Cette investigation policière avait également révélé que le nombre d'auteurs potentiels s'élevait probablement à 200, dont neuf ont arrêtés avant que l’enquête n’en reste là.

Outre les témoignages des 12 victimes, les révélations du Sunday Mirror sont stupéfiantes:

•    A la fin des années 1990, ces abus sont connus, notamment de certains travailleurs sociaux en contact avec les victimes. La police a pourtant attendu 10 ans avant de lancer une enquête (Opération Chalice).

•    Durant leurs auditions, les jeunes filles abusées et violées étaient davantage reçues, comme des «prostituées» ou des «criminelles» (selon la mère d’une des victimes), et non comme des victimes.

•    Les autorités n’ont pas gardé les détails des agresseurs de communautés indo-pakistanaises (en anglais «asian»), par peur d’être considérées comme «racistes».

•    Lucy Allan, membre du parlement de Telford, a dû faire une demande d’enquête à plusieurs reprises, s’entendant dire par la police et les représentants de Telford que de telles mesures n’étaient pas nécessaires.

•    La police a tenté de dissuader une des victimes à maintenir sa demande de recherche de preuves, après qu’elle leur ait dit être en contact avec The Sunday Mirror.

La voie est libre

Ces révélations surgissent après que des affaires similaires qui ont eu lieu dans les villes de Rochdale (scandale révélé en 2012) et Rotherham (révélé en 2010). Là déjà, un nombre massif d’abus sexuels, organisés en réseaux et qui, malgré le nombre de témoignages, furent entourés d’un certain silence.

Ce silence, explique-t-on dans la revue de presse du 19 mars sur France Inter, plane également du côté de la presse francophone où cette affaire a été assez peu relayée. Après les révélations du Sunday Mirror, il faut attendre cinq jours pour qu’une dépêche de l’AFP soit publiée puis relayée par Le Dauphiné, L'Alsace et Le Progrès.

Et puis Valeurs Actuelles dans son article de noter que les seuls à avoir «régulièrement relayé et traduit les différentes informations concernant ces enquêtes ou révélations» est le site FdeSouche. Français de souche, un hebdomadaire d’extrême droite.

Pourquoi cette affaire peine à se faire entendre dans les médias francophones? Pourquoi passer sous silence ces faits accablants visiblement perpétrés par un gang indo-pakistanais? Par peur d’être, comme certains policiers en charge de l’enquête, accusés de racisme ou comme le suggère Geoffroy Lejeune, directeur de rédaction chez Valeurs Actuelles, pour ne pas «choquer les populations d’origine immigrée»?

A l’évidence, c’est fermer les yeux sur des informations qui méritent pourtant d’être transmises et c'est laisser toute la liberté aux médias, tels que FdeSouche, de s’emparer, seuls, de ces sujets. C’est également renforcer la conviction de certains que les médias de ce type sont les derniers qui offrent encore une information complète et impartiale. Il suffit de lire, pour s’en rendre compte, quelques réactions à ce sujet:

 


Article original en anglais dans The Sunday Mirror: «Britain's "worst ever" child grooming scandal exposed: Hundreds of young girls raped, beaten, sold for sex and some even killed»

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