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ACTUEL / POLITIQUE

Une nouvelle force référendaire a surgi en Suisse

I ls sont fiers de leurs réussites. Début janvier, les militants de l’association «Les Amies et Amis (ou Ami.e.s) de la Constitution» ont déposé 90'000 signatures à Berne pour le referendum «contre la loi Covid-19». En outre, ils ont contribué avec plus de 55'000 signatures au référendum sur la loi «anti-terroriste». Retour sur une aventure qui a débuté il y a 300 jours, peu après que le Conseil fédéral eut déclaré l’urgence sanitaire. En moins d’une année il est donc apparu une force référendaire non négligeable.

Werner Boxler est assis à sa table du salon et relit les 2'500 signes. C’est la longueur du texte qui va être imprimé dans le fameux livret rouge de la Confédération et envoyé aux ménages lors des votations. Le texte pour le référendum «contre la loi Covid-19» doit être déposé le 25 janvier à midi, soit treize jours après la déposition des signatures à Berne. Le délai est très court, le temps presse, mais il reste calme et concentré. Ce n’est pas sans fierté qu’il raconte les débuts de ce mouvement civique qui à ce jour semble être ignoré par les médias.

Retour sur la genèse d'un mouvement civique qui a abouti à la collecte de dizaines de milliers de signatures. © DR

Le coup d'envoi

Werner Boxler, dans la soixantaine, St-Gallois d’origine, s’est installé à Lausanne il y a plus de trente ans. Il est éducateur, pédagogue, coach et père de 4 enfants adultes. Il co-anime un cercle d’hommes à Lausanne ainsi que des ateliers et des stages de développement personnel.

En mai 2020, les rassemblements à plus de cinq personnes sont toujours interdits en Suisse. Werner Boxler et une poignée de personnes n’ont jamais accepté qu’on interdise d’exprimer des opinons. Ils se trouvaient alors à la place de la Riponne, devant le Tribunal fédéral ou pas loin de la Coupole fédérale, pour protester contre des mesures sanitaires liberticides. Ils ne sont pas des négationnistes du virus. Ils souhaitent que la politique sanitaire puisse être remise en question ou questionnée.

Werner Boxler, Lausannois d'adoption, est à l'origine de la création des Ami.e.s de la Constitution. © DR

Un mois après, fin juin 2020, le Conseil fédéral publiait son projet de prolongation des ordonnances dans le cadre d’une loi fédérale urgente. Pas de conférence de presse, pas de caméras, juste un simple avis sur le site de la Chancellerie fédérale en début d'après-midi le vendredi 26 juin. Les parlementaires sont déjà en vacances d’été à ce moment-là et les médias, qui ne manquaient généralement jamais un épisode du feuilleton Corona, n’y prêtent pas attention. Sans faire sensation, le Conseil fédéral a demandé alors au Parlement de déclarer urgente cette «loi Covid-19» avec prolongation jusqu’à la fin 2022. Cette modification permet toutes sortes de décisions immédiates, l’attribution d’aides publiques, mais aussi sur des points plus sensibles comme la simplification d'approbation de médicaments faiblement testés. Ce texte vise aussi à «légitimer des mesures précédemment adoptées par le Conseil fédéral par le biais d'une décision parlementaire».

Les choses se précipitent. Boxler et ses amis sont en effervescence. Il participe à la rédaction de lettres au Conseil fédéral dans le cadre de la consultation raccourcie à trois semaines. Plus de 1000 lettres y seront envoyées et feront reculer le CF une première fois sur 2 points (la durée de la loi ainsi que les vaccins).

Constitution d'une association et premières mesures

Fin juillet, un petit groupe de particuliers crée l’association «Ami.e.s de la Constitution» (en allemand «Freunde der Verfassung») et décide de mobiliser une force politique à l'automne pour que le Parlement rejette cette loi jugée inutile ou reconsidère du moins son urgence. Il est rappelé le fait historique que tout gouvernement cherche à conserver les pouvoirs extraordinaires qu'il a acquis en temps de crise. Une fois suspendus, les droits fondamentaux ne peuvent être recouvrés qu'à grands frais. Rappelons-nous qu’en Suisse, après la guerre, il a fallu plusieurs initiatives populaires pour que le Conseil fédéral ne rende ses pouvoirs d'urgence au Parlement et au souverain, en 1952. Et à l'époque, les conseillers fédéraux étaient tout aussi sympathiques et compétents qu'aujourd'hui.


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Avec des milliers de lettres envoyées aux parlementaires, les Amis de la Constitution espéraient influencer le vote sur cette loi d'urgence Covid-19. Bien que la prolongation de la loi ait été discutée au Parlement et adaptée avec des modifications mineures, elle fut acceptée. Avec un succès cependant pour les voix critiques: le délai accordé pour maintenir l’état d’urgence a été de ramené de fin 2022 à fin 2021.

Lancement du référendum contre la loi Covid-19

Boxler, co-président de l’association «Les Ami.e.s de la Constitution», estime que cette loi Covid-19 n’est pas nécessaire car la plupart des décisions concernées, notamment au chapitre des aides financières, pourraient être prises par des décrets fédéraux, même sans ces pouvoirs spéciaux. En outre, le Conseil fédéral pourrait à nouveau prendre des arrêtés d'urgence. Le référendum est donc lancé début octobre.

L'idée des Ami.e.s de la constitution est devenue un phénomène politique en quelques mois seulement. L'association est financée par des dons. Des centaines de personnes issues de la société civile se sont engagées. Ces personnes, en général entre 30 et 75 ans, ne sont pas vraiment politisées et leur profil est difficile à cerner.

Les Ami.e.s de la constitution sont devenus un phénomène politique en quelques mois seulement. Ici lors d'une conférence de presse. © DR

Ce mouvement, qui a affronté le mauvais temps, la période des fêtes, les mesures sanitaires imposées par le gouvernement, a même rencontré des problèmes avec la police cantonale bernoise. Selon une déclaration du mouvement, des policiers «très agressifs» ont voulu interdire aux membres du mouvement à Berne de collecter des signatures et les ont menacés d'accusations et d'amendes. Une plainte est toujours en cours.

Malgré tous les obstacles, le pari est réussi. Le 12 janvier, 90'000 signatures ont été déposées en faveur du référendum contre la loi Covid-19. Il sera soumis le 13 juin au peuple.  

L'indépendance politique fait la force

Politiquement, les Ami.e.s de la Constitution sont indépendant.e.s et cela semble plaire. Ils comptent aujourd’hui environ 3'000 membres. Quand ils ont appris le retard dans la collecte des signatures contre la loi «anti-terroriste», lancé par les jeunes Verts, les jeunes socialistes, les verts-libéraux et le Parti Pirate, et que la campagne allait échouer, ils ont pris l’initiative d’apporter leur concours. En moins d’un mois, ils ont récolté 55.000 signatures pour contrecarrer la loi fédérale sur la lutte contre le terrorisme. Du jamais vu. 

Ce qui est perturbant, c’est de constater que le mouvement paraît boycotté par les médias, surtout ici en Suisse romande. Très peu d’articles approfondissent la volonté, l’histoire et les réussites de ce mouvement. Même le TJ de la RTS, qui avait invité Boxler pour une interview de deux minutes, a annulé la veille du rendez-vous, expliquant que ce sujet ne serait plus actuel. Il est pour le moins problématique qu'une télévision subventionnée par l'État, qui a comme tâche d'informer objectivement la population, ne soit pas disposée à montrer ce nouveau dynamisme politique.

Cela ne freine guère Boxler et les Ami.e.s de la Constitution. Peu leur importe, ils ont de grands projets pour l'avenir. «Vous allez encore entendre parler de nous».

Nous sommes curieux.

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