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ACTUEL / Europe

Un Allemand à la tête de l’UE? Une folie.

C ’est décidé: le PPE (parti populaire européen), la formation faîtière de la droite a choisi comme candidat à la présidence de la Commission européenne, pour succéder au titubant Jean-Claude Juncker, un Allemand, Manfred Weber. Avec l’appui de Orban, le Hongrois, des républicains français et de la cohorte des nationalistes. S’il arrive à ses fins, ce sera un drame pour la construction européenne. L’Allemagne, déjà si forte économiquement et politiquement à travers sa présence dans les rouages de Bruxelles, apparaîtrait comme la grande maîtresse du jeu. Nombre de pays ne peuvent accepter cela. Pour toutes sortes de raisons. Telle est la dernière grosse faute politique d’Angela Merkel qui a poussé ce pion.

Manfred Weber? Un député européen de 46 ans, membre de la CSU bavaroise, qui n’a jamais conduit un exécutif, qui ne parle pas un mot de français, qui ne s’est jamais distingué au parlement européen, sinon par ses contorsions opportunistes sur divers sujets. Le roi du grand écart entre les «illibéraux» à la hongroise et les «modérés» des droites éparpillées. Il a certes signé la motion demandant des sanctions contre la Hongrie pour violation des principes de l’union, comme la liberté de presse et la séparation des pouvoirs. Mais il n’a cessé de tendre des perches au leader de Budapest. Celui-ci a plaidé vivement en sa faveur lors du congrès du PPE de Helsinki qui vient de se terminer. Il sait qu’il pourra manipuler ce pantin à sa faveur.

Il y avait pourtant, face à l’Allemand, un candidat de grande qualité, le Finlandais Alexander Stubb, 50 ans, vice-président de la Banque européenne d’investissements. Un polyglotte avec une grande expérience internationale. A la fois ferme sur les principes et pragmatique, comme le sont les Finlandais riches d’une expérience historique tourmentée. Il a été battu à 8 contre dix. Venant d’un petit pays respectable en tous points, il aurait pu se faire entendre et respecter de plus. Mais voilà, il a été jugé trop libéral, trop tolérant, trop ouvert. Autre espoir: le Français Michel Barnier, commissaire en charge de négocier le Brexit, n’est pas candidat mais pourrait le devenir. Un homme intelligent, posé, plus expérimenté que les deux autres postulants. Il parle des défis et des dangers de l’Europe mieux qu’aucun autre de ses collègues de la commission. Mais les Allemands forceront-ils le passage?

Pour les relations de l’Union européenne avec le sud du continent, avec son flanc est, polonais notamment, avec les Balkans, l’arrivée de Weber à la tête de la Commission de Bruxelles serait catastrophique. Comment les Allemands, d’ordinaire si sensibles au danger d’un affichage trop fort en Europe ont-ils pu tomber dans un tel piège? Est-ce à dire, alors même qu’ils sont dans la panade politique intérieure, qu’ils se sentent les maîtres du jeu européen sur tous les plans? Si oui, alors l’UE, déjà en crise existentielle, ne pourra que se défaire un peu plus. 


Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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