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ACTUEL / Suisse

Romands, vous n’existez plus!

Q uelles qualités faut-il pour diriger les CFF? Un chasseur de tête zurichois, Werner Raschle, du bureau Consult & Pepper, l’a expliqué au «Blick» (06.09). Question langues, pour un tel poste, il faut savoir l’allemand et l’anglais. Le français? Pas nécessaire. Enfin quelqu’un qui ose le dire ouvertement alors que tant d’Alémaniques le pensent discrètement. Lors de sa première conférence de presse, le nouveau chef de l’armée a prié les journalistes romands de ne s’adresser à lui qu’en allemand!

Werner Raschle tient un étrange propos. Pourquoi juge-t-il la maîtrise de l’allemand indispensable? «Parce que le CEO doit pouvoir convaincre les représentants du Parlement et communiquer avec la population.» Mais pas besoin du français… Les Romands comptent pour beurre. Et ce «headhunter», biberonné à St.-Gall, New York et Chicago, manifestement peu porté vers les contrées latines, ajoute: «Avec l’obligation du français, 75% des candidats potentiels se trouvent exclus. Les gens top, en-dessous de 40 ans, ne parlent plus couramment le français.»

C’est aussi ce que s’est dit la conseillère fédérale haut-valaisanne Viola Amherd. Non sans courage, elle a désigné au poste de chef de l’armée une personnalité inattendue, plus intéressée par la cyberguerre que par les armes classiques. Fort bien. Le hic? Thomas Süssli, 53 ans, ne parle pas le français. Il ne le comprend même pas puisqu’il demande que l’on ne s’adresse à lui qu’en allemand. Voilà donc un quasi-général qui est incapable de parler d’homme à homme avec un quart de ses soldats. Certes, il promet d’apprendre cette langue en quatre mois. Cet homme brillant s’y mettra, mais qu’il soit permis de sourire. On a entendu si souvent cette pirouette… avec de piteux résultats à la fin.

Et dire qu’en avril 2018, des politiciens UDC pleurnichaient en raison du trop grand nombre de fonctionnaires romands au Département de la défense! 18%, un chiffre record, dû en partie à la présence du chef d’alors, Guy Parmelin. Ce qui lui valut une mise en garde… De qui? De 24 Heures! «Attention à ne pas négliger les Alémaniques!» écrivait Florent Quiquerez dans un réflexe servile familier aux Vaudois.

Que tirer de ces péripéties? Un constat: alors que les rengaines patriotiques et les discours nationalistes montent de partout, les Suisses, en réalité, se comprennent, se parlent, se rencontrent de moins en moins. Ils brandissent ensemble des drapeaux, sur les stades et les champs de fêtes, mais ils ne débattent guère entre eux, leurs médias restent enfermés dans leur approche régionale.

«La Suisse n’existe pas», la formule lancée par l’artiste Ben Vautier qui avait fait scandale en 1992 à l’exposition universelle de Séville garde donc une certaine actualité. Car il est vrai que si les chefs des chemins de fer et de l’armée ne sont même plus en mesure de parler en français aux Romands, c’est la nature-même de cette Confédération qui prend un mauvais coup. Cette Suisse, de facto monolingue, s’appauvrit, se banalise. Qui réagira?


Jacques Pilet a tenu à s'adresser également aux Alémaniques en publiant ce texte, à paraître aujourd'hui (en version papier et online), dans le Blick:

Empörende Verachtung der mehrsprachigen Schweiz
Französisch? Wozu?
Herr Raschle, Sie sind ein Star unter den Headhuntern, Sie wissen, was die führenden Kräfte der Schweizer Institutionen unbedingt können sollen. Danke, dass Sie offen sagen, was viele leise meinen: Die französische Sprache ist unnnötig. Sogar für den zukünftigen Boss der SBB.
Deutsch hingegen, ja klar, unbestritten. «Weil der CEO Parlamentsvertreter überzeugen können muss und mit der Bevölkerung kommuniziert.» Die Bevölkerung? Meinen Sie die deutschsprachige Bevölkerung? Sind die Welschen so unwichtig geworden? Entschuldigung, noch haben sie das Stimmrecht und auch das Recht, den obersten Chef unserer Züge direkt und scharf zu befragen. Oder habe ich etwas verpasst?
Ist das nicht besorgniserregend?
Sie sagen: «Mit Französisch als Bedingung werden rund 75 Prozent der potenziellen Kandidaten ausgeschlossen. Topleute unter 40 Jahren sprechen heute nicht mehr fliessend in Französisch.» Sind unsere Hochschulen so kulturell begrenzt geworden? Ist das nicht besorgniserregend, sogar in der Welt der Wirtschaft? Studieren in New York oder Chicago ist sicher gut. Eine Zeit in der Westschweiz würde aber wirklich nichts bringen? Das wäre doch der kürzeste Weg, um eine andere Denkart zu probieren.
Armee-Kommandos nur auf Deutsch 
Diese Verachtung der mehrsprachigen Schweiz empört die Romands. Der neue Chef der Armee nahm bei seiner ersten Pressekonferenz die Fragen nur auf Deutsch entgegen. Er kann nicht Französisch. Man stelle sich die Lage vor … Der Quasi-General besucht das Feld und kann sich nicht mit den Französisch sprechenden Soldaten – einer von vier – direkt, ohne Dolmetscher unterhalten. Eine Premiere in der Geschichte!
Ok, Herr Süssli hat versprochen, sich in den nächsten vier Monaten zu verbessern. Der hochkompetente und hochbegabte Offizier wird es tun. Ein zweifelndes Lächeln ist aber erlaubt. Wir haben diese Versprechen so oft gehört. Mit erbärmlichen Ergebnissen am Ende.
Verarmt und trivialisiert
Selbstverständlich gilt dieser Wunsch in beide Richtungen. Ohne gute Deutschkenntnisse sind die Romands aus dem Spiel der nationalen Karriere. Die Kandidaten für hohe Jobs haben das schon lange erfahren. Umgekehrt nicht.
Diese einsprachige Schweiz ist nicht meine Schweiz. Sie verrät die schönsten Traditionen dieses Land. Sie verarmt und trivialisert sich selbst.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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