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VIGOUSSE / VOIX DE FAITS

On juge les juges

L ’Etat de Neuchâtel a envoyé un questionnaire de satisfaction aux personnes ayant eu affaire à la justice. C’est tendre le barreau pour se faire battre.

Jean-Luc Wenger


«Que pensez-vous de la courtoisie des magistrats? De leurs compétences professionnelles?» Voilà le genre de questions auxquelles pouvaient répondre les «justiciables» du canton de Neuchâtel jusqu’au 15 décembre. Certes, tout citoyen est un «justiciable», mais ce questionnaire a été soumis «à un échantillonnage de personnes ayant eu affaire à la justice neuchâteloise», comme l’indiquait un communiqué du 20 novembre dernier. Au nom de la Commission administrative des autorités judiciaires (Caaj), Stéphane Forestier, secrétaire général, confirme que des personnes emprisonnées ont reçu le questionnaire. Leur degré de satisfaction pourrait varier en fonction de leur peine. Mais comme la récolte d’avis se fait anonymement…

Auteure du sondage, la Caaj estime que la qualité des « services » de la justice peut être évaluée. A peu près aussi sûrement que les prestations hôtelières sur le site TripAdvisor, probablement. «L’enquête permettra d’apporter une réponse documentée à cette question. L’exercice ayant déjà été mené dans d’autres cantons, il semble bien que la qualité des prestations fournies par la justice puisse être appréciée», avance Stéphane Forestier. «Encore une enquête de satisfaction débile», soupire un avocat de la place. Pour lui, ce sondage est aussi fiable que ceux de 20 minutes auprès de ses lecteurs. Car peut-on vraiment juger de la qualité des «services» de la justice comme du goût d’un burger végane? Déterminer si la greffière ou le greffier est aimable ou non, est-ce du ressort de quelqu’un ayant eu affaire à la justice?

«La justice ne devrait pas se prêter à ce jeu», regrette un autre avocat. «S’il y a déni de justice, il y a toujours la possibilité d’un recours. Si le juge ne vous convient pas, vous pouvez toujours le récuser.» Pour lui, dans un canton qui sabre allégrement dans les prestations sociales, on peut se demander si cet outil était bien nécessaire: «Un détenu considéré comme un client, c’est presque indécent.» Stéphane Forestier rétorque que l’Etat a besoin de comprendre comment le rendu de la justice neuchâteloise est perçu. Dans le but de «permettre d’améliorer les prestations fournies aux professionnels et aux justiciables.»

Dans la vague des questionnaires de satisfaction, il manquait l’évaluation de la justice. On espère que les résultats seront publics, avec un site qui classe les juges les plus sympas.


Cet article a été publié dans le numéro 430 de Vigousse, paru le 13 décembre. 

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