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2 juillet 2020

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L’étude des zones érogènes vient de faire une grande avancée: il semblerait que les autres en ont aussi. Voilà qui donnerait presque envie d’essayer!




Sebastian Dieguez, Vigousse


C’est les vacances, l’occasion totalement gratuite de parler un peu de sexe. Comment donner du plaisir à son/sa partenaire tout en profitant soi-même un max de la bagatelle ? Bien des magazines se sont risqués à traiter de la question, mais elle n’est pas si facilement répondue que ça. Sur le sujet règnent en effet bon nombre d’idées reçues et de stéréotypes, et ce qu’il faudrait, ce serait une bonne étude scientifique permettant de les confirmer une fois pour toutes. C’est chose faite, grâce à la première carte interpersonnelle et multimodale des zones érogènes!

Une équipe de chercheurs basés en Angleterre a étudié les réponses de plus de 600 personnes sur les parties du corps qui les excitaient le plus. Bon, rien de neuf à ce niveau, les études de ce genre ne manquent pas et ont déjà dévoilé qu’il existait entre une et 124 zones érogènes dans l’espèce humaine (c’est une fourchette hein). Non, l’innovation ici est d’avoir poussé le concept de zone érogène un peu plus loin que le bout de son propre zizi. Parce que c’est excitant aussi de toucher certaines parties du corps des autres gens, non? Et pourquoi se limiter au toucher? N’est-ce pas tout aussi érogène de mater ou d’être maté (après entente et consentement mutuel et tout ça, cela va sans dire)?

L’analyse a donc porté à la fois sur les zones qu’on aime qu’on nous touche et qu’on aime toucher chez autrui, et aussi sur celles qu’on aime regarder chez l’autre et qu’on nous regarde chez nous. Avec ça, on peut poser des questions intéressantes.

Par exemple, y a-t-il une correspondance entre nos zones érogènes et celles de notre partenaire? Et notre carte du corps sexuelle est-elle différente dans les modalités tactile et visuelle? Mais en filigrane, bien entendu, on aura déjà deviné la question centrale dans cette affaire: comment diable font les hommes et les femmes pour s’entendre?

Oui l'étude porte principalement sur les relations hétérosexuelles. La méthode utilisée n’interdit pas de conduire les mêmes analyses sur des échantillons homosexuels, transgenres, asexuels ou autres, mais l’affaire est déjà assez compliquée comme ça avec papa-maman.

Voyons donc les résultats. 

D’abord, une réduction statistique permet d’identifier trois catégories très générales communes à tout le monde: il y a des zones «sexuelles» (les parties génitales, les seins, les mamelons, les fesses); des zones «sensuelles» (la nuque, les lèvres, les mains, les doigts); et des zones «non excitantes» (les coudes, les genoux, le menton). Merci la science, on y voit tout de suite plus clair.

Bon, ça devient plus intéressant quand on va dans les détails. Les hommes trouvent plus excitant de toucher et de regarder les parties du corps « sexuelles » de leur partenaire, plutôt que d’être eux-mêmes touchés et regardés sur ces mêmes parties. Pour les femmes c’est l’inverse, elles préfèrent être reluquées et tripotées, plutôt que de le faire. Et pour tout le monde, toucher reste quand même plus excitant que mater, ce qui fait tout de même du sens d’un point de vue strictement évolutif. Pour les zones «sensuelles», cela dit, les hommes s’en foutent totalement, tandis que les femmes semblent plus intéressées par celles de leur partenaire que par les leurs.

L'analyse la plus intéressante est le calcul d’un «Indice de plaisir mutuel»: en gros, il s’agit de la corrélation entre les régions du corps que vous trouvez excitantes chez le sexe opposé et celles que le sexe opposé trouve excitantes en moyenne. Cette mesure est plus forte chez les hommes que chez les femmes, ce qui signifie que les hommes semblent plus naturellement toucher ce que les femmes aiment qu’on leur touche, tandis que les femmes prêtent davantage attention à ce qui n’intéresse pas tellement les hommes.

Bon, voilà pour les données, faites-en ce que vous voudrez… On pourrait en effet passer des heures à interpréter et critiquer ces résultats, mais il y a des sujets où rien ne vaut l’expérience personnelle. Au travail donc, et que rien n’arrête le progrès scientifique!


Cet article a été originellement publié dans le numéro 455 de Vigousse (26 juin 2020).

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