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ACTUEL / Média

«Migros Magazine», acteur du débat politique «malgré lui»

L a première semaine de novembre, «Migros Magazine» publiait une longue interview sur quatre pages de la conseillère nationale UDC Magdalena Martullo-Blocher, dont les neufs premières questions concernaient l’initiative contre les juges étrangers. A quelques jours de cette votation cruciale et au vu de cette publication, nous avons voulu savoir quel était l’engagement de la Migros dans ce débat politique.

«Il y a sporadiquement des thèmes sur lesquels la Migros s’engage (comme par exemple récemment celui du “Fair Food”), dans ce cas, uniquement dans un cadre clairement séparé du rédactionnel. Mais sur tous les autres thèmes, toutes les opinions sont présentées de manière équilibrée.» Voici la réponse donnée par mail par le porte-parole de la Migros, Tristan Cerf. Plus loin, il ajoute: «La rédaction du Magazine Migros (représentée dans les trois langues officielles) est composée de journalistes qui travaillent en toute indépendance et respectent les règles de déontologie du métier. (…) Migros Magazine est un média pluraliste qui n’a pas pour mission de défendre une ligne politique.»

Résumons donc, la Migros n’est officiellement ni pour ni contre l’initiative de l’UDC et elle n’influence pas la rédaction du magazine, ni dans un sens ni dans l’autre. Alors pourquoi, à la veille d’une votation, la rédaction d’un journal qui n’est «pas politique» a-t-elle jugé équilibré de donner une telle «tribune» à cette initiative en publiant une interview de quatre pages complètes de la conseillère nationale grisonne? Sachant que:

1) les réponses de la vice-présidente de l’UDC donnent une voix de plus à l’argumentation de l’UDC, même si les questions sont relativement piquantes,

2) que l’article (dans son ensemble) donne une image plutôt sympathique de Magdalena Martullo-Blocher, favorisant donc son discours politique

3) que – contrairement à la version francophone – le magazine en allemand intégrait l’interview dans un dossier complet de huit pages, permettant une pluralité des opinions?

Pas d’impact politique?

Selon le porte-parole de Migros, l’interview de Mme Martullo-Blocher «traite de la question de l’autodétermination entre autres sujets – en revanche, le 18 octobre, une interview croisée entre Benoît Genecand et Céline Amaudruz était consacrée plus exclusivement à la votation sur l’autodétermination.» L’équité semblerait donc sauve.

Pour Steve Gaspoz, directeur de la rédaction de Migros Magazine, l’idée de cet article n’était pas de revenir sur l’initiative. «Lorsque l’une ou l’autre version du magazine réalise une interview d’une personnalité en vue, alors l’autre la reprend généralement.»

Alors, est-ce si simple et peut-on imaginer qu’une telle publication n’aurait aucun impact politique? «Le rôle de notre magazine n’est pas de forger des idées, et je ne pense pas que notre média ait une véritable influence à ce niveau. Nous nous astreignons à une information la plus neutre possible», argumente Steve Gaspoz.

Alors que les résultats de votation s’annoncent serrés, chaque publication a pourtant un poids. Surtout lorsque l’on touche un lectorat de plus de 600'000 personnes en Suisse romande (et environ 3 millions dans toute la Suisse) comme le fait Migros Magazine. Espérons que, le 25 novembre, personne n’aura à se mordre les doigts en apprenant le verdict populaire.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

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