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ACTUEL / Economie

Maillon faible de l’Europe: l’Allemagne!

Q uiconque s’intéresse un tant soit peu à la santé économique des bouts du puzzle européen a au moins une certitude: l’Allemagne, c’est du lourd, c’est du solide. Comptes publics florissants, belle bagnoles qui se vendent dans le monde entier… On connaît la chanson. Et si ce n’était qu’illusion? Un économiste genevois jette un gros pavé dans la mare.

Samy Chaar. © Lombard Odier

Les économistes sont rarement anticonformistes. Et encore moins lorsqu’ils travaillent pour les banquiers. Et pourtant, c’est le chef économiste de la banque Lombard Odier, Samy Chaar, qui porte un jugement provocant sur l’état de l’Allemagne. Dans une interview accordée au site suisse alémanique Watson.

Il y va fort: «Je me fais plus de souci pour l’Allemagne que pour l’Italie.» Pourquoi? Parce que selon lui, ce pays doit sa richesse à la mondialisation, or celle-ci se restreint. Il doit en grande partie son succès à l’industrie automobile. Or celle-ci est fragile. Ses techniques changent, d’autres acteurs montent en force. Et surtout, le jour où Trump augmentera les taxes à l’importation, cela fera très mal.

Le fond du problème? Les Allemands sont convaincus qu’il faut accumuler des réserves financières. Ils sont réticents à miser véritablement sur le renforcement de l’UE, à lui donner un budget commun. Or, c’est par l’investissement, l’effort partagé, que l’économie peut sortir de la stagnation où elle se trouve. A commencer en Allemagne même, où l’on a laissé vieillir les infrastructures. Où le secteur des services a pris du retard par rapport à d’autres. Où le marché intérieur est à la traîne. Quant aux technologies de pointe, elles prennent de l’avance en Asie, aux Etats-Unis, sûrement pas en Allemagne. La légendaire performance germanique a une part de réalité bien sûr, mais aussi une part d’ombre. Que l’on songe au nouvel aéroport de Berlin, en chantier depuis treize ans, retardé sans cesse par une avalanche de pannes invraisemblables. Que l’on songe à l’état pitoyable de l’armée dont la plupart des avions ne peuvent plus voler… Même celui de la chancelière tombe fréquemment en panne!

Pour Samy Chaar, l’Allemagne doit se réformer sur plusieurs plans. En finir avec sa vision rigide de la gestion publique. Car, insiste-t-il, on a besoin d’une Allemagne forte en Europe.

Il n’est pas le seul à le penser. Les partenaires européens, français notamment, demandent aux Allemands d’en finir avec leur dogmatisme budgétaire et de soutenir davantage la solidarité communautaire. Peu à peu, les dirigeants allemands les plus avisés ouvrent les yeux sur le piège de leur obstination prétendument vertueuse.

Et si le tournant n’est pas pris? «Alors, dit Chaar, nous avons un gros problème. On peut supporter une Italie faible, elle l’est depuis trente ans. Mais seulement si l’Allemagne est forte… Pour moi, aujourd’hui, l’Allemagne est le maillon le plus faible de la chaîne européenne.»

Un tel discours ferait hurler chez nos voisins allemands. Mais l’inquiétude monte. Même chez les dirigeants de la Banque centrale européenne à Francfort, où l’on commence d’admettre que les vieux crédos sont dépassés. La croissance prévue pour 2019 est révisée à la baisse, elle ne sera que de 0,8%. Et les sondages indiquent une forte baisse de confiance dans l’avenir chez les entrepreneurs.  Cela au moment où le cap politique de la République fédérale est plus flou que jamais, dans un interrègne incertain. Au moment où la rigidité arrogante de la droite allemande complique diablement la désignation des futurs responsables de l’UE.

Cela dit, les Allemands ont maintes fois démontré de grandes capacités de sursaut. Espérons. Parce que leur santé se répercute non seulement sur les membres de l’UE mais, dans une large mesure, sur la Suisse aussi.

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