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ACTUEL / 11 septembre 2001

«Les arrangements entre la CIA et les Saoudiens rendent une enquête impossible»

U n nouveau livre confirme que le gouvernement américain et les agences de renseignement américaines protègent les commanditaires des attaques terroristes du 11 septembre 2001. Un article original de «Infosperber».


Un article originale de Infosperber

Une traduction de Diana-Alice Ramsauer


Le nouveau livre The Watchdogs Didn't Bark : The Cia, NSA, and the Crimes of the War on Terror arrive à la même conclusion qu’Infosperber dans son dossier en trois articles datant de juillet 2018 :

«Derrière les attentats terroristes du 11 septembre aux États-Unis se cachait un réseau saoudien. Un réseau qui s’étendait jusqu’aux cercles gouvernementaux saoudiens et jusqu’à la famille royale. Depuis l’attentat, le gouvernement américain s’est rendu complice de ce complot en couvrant les commanditaires de l’attaque et en sabotant une enquête approfondie. Par ailleurs, les États-Unis n’exigent même pas que l’Arabie saoudite punisse les personnes qui ont favorisé les terroristes à l’époque et qui sont en réalité munies de passeports diplomatiques. L’amitié stratégique des USA avec les Saoudiens est évidemment prioritaire.»

L’une des questions centrales à propos des terroristes d’Al-Qaïda aux États-Unis à l’époque est la suivante : pourquoi la CIA n’a-t-elle pas informé le FBI de leur présence et de leurs activités?

Il doit s’agir d’un «échec des services secrets à l’échelle historique», a écrit l’ancien homme de la CIA John Kiriakou dans son livre The Convenient Terrorist —Two Whistleblowers' Stories of Torture, Terror, Secret Wars, and CIA Lies.

Le nouveau livre susmentionné du militant écologiste John Duffy et du réalisateur de documentaires Ray Nowosielski montre dans quelle mesure le gouvernement américain et les services de renseignement américains ont protégé et continuent de protéger les commanditaires saoudiens du 11 septembre. Newsweek a résumé certaines des déclarations importantes.

«C’est incroyable. Nous ne savons toujours pas ce qui s’est réellement passé», explique Ali Soufan, ancien «chasseur de terroristes» au FBI. Il semblerait effectivement qu’il y ait un accord entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite pour garder le silence. «L’unité de la CIA qui se concentrait sur Oussama Ben Laden a étrangement caché des informations sur la présence d’instigateurs d’Al-Qaïda aux Etats-Unis entre 2000 et 2001 : il est assez évident que les attentats du 11 septembre auraient pu être évités».

Les deux auteurs ont décortiqué pour la première fois une interview donnée par Richard Clarke en 2009. Celui-ci était en effet consultant pour Bill Clinton et George W. Bush dans la lutte contre le terrorisme. Dans cette interview, Richard Clarke était clairement fâché que de hauts responsables de la CIA, dont le directeur de la CIA, George Tenet, aient caché des informations sur l’arrivée de futurs pirates de l’air, dont Nawaf al-Hasmi et Khalid al-Mihdhar, ainsi que sur leurs déplacements aux États-Unis.


Khashoggi, qui a probablement été assassiné à Istanbul, en savait-il trop sur les commanditaires saoudiens du 11 septembre 2001?
Pendant de nombreuses années, Jamal Kashoggi a été un confident du prince Turki ibn Faisal, qui a dirigé le Service saoudien du renseignement extérieur al-Muchabarat al-Amma jusqu’en 2001. Dix jours avant le 11 septembre, Turki a soudainement démissionné. Un an après le 11 septembre 2001, Khashoggi a décrit les attentats comme «une attaque contre la tolérance, la coexistence et l’Islam lui-même». Les médias soupçonnent aujourd’hui (mais de manière non prouvée) que le prince héritier Mohammed Ben Salman craignait que Jamal Khashoggi puisse divulguer des informations sur les commanditaires saoudiens du 11 septembre.


Devant le Congrès américain en 2002, George Tenet avait déclaré d’ailleurs sous serment qu’il n’était pas au courant du danger de l’attaque parce que les informations qu’il avait reçues n’étaient pas estampillées «importantes». C’est pourquoi «personne de les avaient lues».

Cette déclaration s’est révélée être un mensonge lorsque, cinq ans plus tard, un résumé de l’enquête de la CIA sur les attentats du 11 septembre est apparu : il y était dit qu’«environ 50 ou 60 personnes [membres de la CIA] avaient lu des rapports traitant des déplacements de ces pirates de l’air aux États-Unis».

C’est ce mensonge qui a incité Richard Clarke, un confident et ami de longue date de George Tenet, à faire la déclaration ci-dessus en 2009.

Dans son livre Your Government Failed You, Richard Clark dénonce également la duplicité de George Tenet : «Pendant longtemps, j’ai cru que c’était des fonctionnaires subalternes de la CIA qui n’avaient pas réalisé la nature explosive des informations concernant Nawaf al-Hasmi et Khalid al-Mihdhar. Mais maintenant, il s’avère que cinquante personnes de la CIA, dont (le directeur) Tenet et d’autres avec qui j’étais en contact régulier, étaient au courant. Dire que je suis dégoûté “n’est que le prénom”. [Saying I'm pissed doesn't begin to describe it]».

Par ailleurs, Richard Clarke et d’autres personnes à l’interne soupçonnent que la CIA ait engagé les deux futurs pirates de l’air Hasmi et Mihdhar comme agents doubles et donc qu’ils ne voulaient pas être dérangés par le FBI. Le FBI les aurait arrêtés tous les deux en Californie.

George Tenet et deux anciens spécialistes du terrorisme ont rejeté les soupçons de l’ancien consultant dans la lutte contre le terrorisme. Selon eux, ils sont «irréfléchis et complètement erronés». Mais les deux auteurs du livre ont trouvé d’autres témoins du FBI qui se positionnent du côté de Clark et de son indignation. «Le FBI n’a délibérément pas été informé par les hauts responsables de la CIA de “l’unité d’Oussama Ben Laden”, a expliqué Dale Watson, un ancien officier antiterroriste du FBI. Pat D’Amuro, également haut responsable antiterroriste au FBI, ne doute pas que les plus hauts responsables de la CIA aient ordonné le silence.

Rapport officiel de la commission d’enquête sur le 11 septembre : “Il n’y avait pas de hauts fonctionnaires saoudiens impliqués.”

Le rapport d’un inspecteur de la CIA a réfuté cette affirmation dans un rapport d’enquête officiel un an plus tard : “Des sympathisants dissidents [terroristes] du gouvernement [saoudien]” auraient pu apporter leur soutien.»

Des documents ultérieurs ont pourtant prouvé que les diplomates du ministère saoudien des Affaires islamiques ont activement aidé les pirates de l’air à s’installer, se déplacer et s’organiser en Californie. «Les services de renseignements saoudiens ont admis qu’ils savaient depuis le début que Nawaf al-Hasmi et Khalid al-Mihdhar étaient membres d’Al-Qaïda», explique Andrew Maloney, avocat des familles des victimes qui ont intenté un procès à New York contre l’Arabie saoudite. Jusqu’à présent, le Royaume a dû présenter quelque 6800 pages de documents.

Andrew Maloney est indigné que le diplomate Fahad al-Thumairy travaille toujours pour le gouvernement saoudien à Riyad. Il possédait déjà à l’époque un passeport diplomatique et travaillait au Consulat saoudien à Los Angeles pour le Ministère saoudien des Affaires islamiques. Il a été l’un des plus actifs à apporter un soutien concret aux terroristes en Californie (voir «Das saudische Komplott hinter dem Anschlag von 9/11», partie 2, sur Infosperber). «Vous imaginez?» demande l’avocat Maloney. Au cours de toutes les enquêtes officielles du 11 septembre, Thumairy n’a pas été interrogé une seule fois et aujourd’hui, il se promène librement.»


Enfin, les auteurs citent Terry Strada. Elle dirige le groupe 9/11 Families and Survivors United for Justice Against Terrorism : «Oui, les Saoudiens financent et soutiennent les personnes qui ont une dent contre les Etats-Unis. Celles notamment qui ont tué 3000 personnes le 11 septembre 2001».


Retrouvez la recherche en trois parties d’Infosperber sur l’intrigue du 11 septembre dans le dossier: «Saudi-Arabien: Mächtiger Terrorstaat»


Remarque

NDLR-Infosperber : En particulier dans les conflits géopolitiques, toutes les parties au conflit tentent de dissimuler leurs propres intentions, de discréditer la partie adverse, d’aiguiller sur de mauvaises directions et d’instrumentaliser les médias. En tant que «média complémentaire», nous supposons que notre lectorat connaît déjà l’information diffusée par les principaux canaux de diffusion. C’est pourquoi Infosperber se concentre sur des faits, des analyses et des liens d’intérêt négligés dans le débat public. Cela peut sembler unilatéral, mais il s’agit d’un complément aux principaux médias.


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