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ACTUEL / Politique

«Virage écologique» au PLR… vraiment?

N os grands médias en ont parlé et reparlé, jusqu’à saturation. C’était l’événement de ces derniers mois dans le domaine de la politique partisane en Suisse: le «virage écologique» du Parti libéral-radical. Or, à regarder les choses d’un peu plus près, il apparaît que ce virage n’en est pas vraiment un. Petite rétrospective historique.

C’est la grande (im)posture de l’époque: la surprise. Paradoxalement, si le partage rapide de l’information et l’accès illimité aux contenus en tout genre ont créé une génération d’ados blasés, nombreux sont les individus à jouer les grands surpris à des occasions diverses et variées. Il fait si bon adopter la figure de la vierge effarouchée qu’il ne se passe pas un jour sans qu’un hurluberlu – souvent de bonne volonté – ne se dise surpris, voire indigné ou même choqué. S’il y a bien quelque chose de choquant, c’est cette indignation permanente d’une génération qui n’a pourtant pas connu la guerre.

Aussi les médias de grand chemin n’échappent-ils pas à la règle: tel propos de Donald Trump est «scandaleux» ou, sous forme d’euphémisme faussement descriptif, «fait scandale»; telle chanteuse «a créé la surprise» avec son nouvel album; tel événement est «inédit». Si bien que, même si nous trouvons une information tout à fait banale, la manière dont elle nous est présentée par un journal ou une radio peut à la longue nous inculquer un jugement sincère d’étonnement: «c’est fou, quand même», nous exclamons-nous alors.

Le virage imaginaire

La surprise et l’indignation n’ont pas manqué de se manifester lors de ce que la presse suisse allait bientôt nommer en une métaphore mouvementée le «virage écologique» du Parti libéral-radical. La surprise, d’abord. Attention, scoop: les libéraux helvétiques ont enfin saisi la mesure du changement climatique et ont ainsi changé radicalement la ligne de leur parti, se prononçant par exemple pour une taxe sur le carbone. Qui l’eût cru? Gloire à Greta et aux marches pour le climat de leur avoir ouvert les yeux, pouvait-on lire, entre les lignes ou explicitement.

L’indignation, ensuite. Comment cette formation politique peut-elle oser, juste avant les élections nationales, se mettre au vert alors que son idéologie prône exactement le contraire, à savoir la croissance économique, la liberté individuelle, la responsabilité plutôt que la contrainte? L’écolo-capitalisme n’est-il pas un paradoxe, attesté par le faible succès du Parti vert’libéral? Question intéressante si elle s’était posée en ces termes, sans chichi. Or, on assista plutôt à un procès en hypocrisie, sans que la question d’un écologisme libéral soit posée.

Rien ne s’est arrangé quand la présidente du PLR, Petra Gössi, a affirmé au 19h30 du 16 juin dernier que la dimension écologique s’était toujours trouvée dans l’ADN de son parti. Opportunisme, quand tu nous tiens, ricanaient ceux-là même qui avaient contribué à faire croire à la réalité du «virage écologique» des libéraux-radicaux. Or, la réalité est la suivante: ces petites inflexions sur certains sujets, dont l’écologie, ne datent pas d’hier. Et suivre les préoccupations des citoyens en vue des élections est tout ce qu’il y a plus de naturel.

Petite rétrospective

En 2015, voici par exemple ce que le Parti libéral-radical valaisan proposait dans son programme pour les élections fédérales1: «L’investissement dans une installation de production d’énergie renouvelable doit être encouragé par des incitations fiscales. Les procédures de mise à l’enquête publique et les tracasseries administratives doivent être simplifiées. L’achat de véhicules peu polluants doit aussi être avantageux fiscalement.» Ce dernier élément avait également été proposé par le PLR dans les contrées neuchâteloises: le tarif dégressif pour les véhicules peu polluants avait d’ailleurs été mis en place2. Les autres exemples ne manquent pas, et ce, dans tout le pays. Tout cela est bien loin de ce qu’on pouvait lire sur les banderoles anti-droite des manifestants.

Et pour cause, à l’échelon national, on peut constater que les programmes du PLR contiennent des propositions en matière écologique depuis des décennies. Un graphique publié par le Tagesanzeiger montre que les questions écologiques atteignaient même un pic de 19,7% en 1971, soit un sujet abordé sur cinq. Un deuxième graphique montre que la même année, sur la somme de tous les partis du pays, les questions écologiques correspondaient en moyenne seulement à 9,55% du contenu des programmes. Et même 6,1% du côté des socialistes, comme le montre un troisième graphique. De quoi remettre en question certaines idées reçues.

Depuis 1971, la présence des thèmes écologiques dans les programmes baisse cependant pour le PLR, alors qu’elle monte dans la somme des partis, pour atteindre en 2007 les quelque 20% auxquels les libéraux-radicaux arrivaient en 1971. «Notre tort a été de ne pas suffisamment communiquer à ce sujet, c’est ce que nous sommes en train de rectifier aujourd’hui», estime Fanny Noghero, responsable communication et projets stratégiques pour la Suisse latine, au cours d’un bref entretien téléphonique. La politique électorale étant presque exclusivement de la communication, tout cela paraît après tout fort logique. A voir en automne si cette opération s’avèrera bénéfique ou, au contraire, contre-productive pour les élections fédérales.

Car si la préoccupation écologique n’est pas nouvelle au PLR, c’est autre chose que de parler des votes du groupe libéral-radical au parlement. C’est là que, selon nos différences de sensibilité politique, nous pouvons juger si les libéraux-radicaux optent pour de bonnes mesures concernant l’écologie. De même, la recherche d’un compromis peut être questionnée. Surtout, «le parti de l’économie» que le PLR se gausse d’incarner a contribué à rendre discrète la réflexion écologique pourtant présente en son sein. On a comme l’impression que les partis gouvernementaux se sont peu à peu réparti les thèmes plutôt que d’amener des idées propres sur l’ensemble des sujets. La mort de l’universalité, en somme, au profit du marketing politique.


1Source : secrétariat du PLR FDP VS, flyer des élections fédérales de 2015

2https://www.ne.ch/autorites/GC/objets/Documents/ProjetsLoisDecrets/2009/09188.pdf et https://www.ne.ch/autorites/DDTE/agenda21/Pages/Principales-mesures.aspx

Jonas Follonier

Etudiant, journaliste et musicien, Jonas Follonier est le rédacteur en chef de la revue mensuelle «Le Regard Libre», ...

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