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ACTUEL / Argent

Le bitcoin ne sera bientôt plus une monnaie spéculative

L a technologie sous-jacente aux cryptomonnaies s'améliore. Au point que même les banques centrales, pourtant très réticentes, sont amenées à réfléchir sérieusement à son adoption.

L'incroyable envol du bitcoin à la fin de l'année dernière, suivi, au début de cette année, par sa chute tout aussi spectaculaire, a ouvert une autoroute, que dis-je, une rampe de lancement supersonique à tous les détracteurs de cette cryptomonnaie et de ses innombrables petites sœurs: c'est de la spéculation pure, cela ne vaut rien, c'est juste un truc pour que le citoyen honnête se fasse plumer en jouant au geek financier, frissons garantis!

Trop facile, trop simple. En économie, en bourse tout particulièrement, il y a une voie dont il convient de se méfier: c'est l'autoroute. Tout le monde s'y dirige, garantissant une issue: ne rien gagner du tout à la sortie sinon avoir le sentiment peu rémunérateur d'avoir eu le sentiment d'avoir raison avec tout le monde. En bourse et en finance, il faut savoir faire des pas de côté.

Révolution en cours

Et s'il en est un qu'il faut envisager avec le plus grand sérieux, c'est celui des cryptomonnaies, dont le bitcoin n'est que la face la plus visible. Parce que ces monnaies, bien que gagées sur aucun actif réel, sont le signal d'une révolution technologique en cours, que chacun peut voir venir, mais dont les conclusions sont encore difficiles à évaluer : la révolution numérique dans les transactions, notamment financières. Et cet outil, chacun en a lu une fois au moins le nom barbare: la blockchain.

Inventée avec le Bitcoin alors que la crise financière faisait rage, elle permet de stocker des valeurs numériques et de les transmettre sans recours à un intermédiaire bancaire mais à une myriade de serveurs, dits aussi «mineurs». Certes, la blockchain du bitcoin est encore lourde d'utilisation et coûteuse en énergie, mais d'autres formes plus légères, plus abouties sont en passe de la remplacer, comme celle de l'éthereum, une cryptomonnaie née sur les rives du lac de Zoug.

Réticences et blocages

La suppression de l'intermédiaire bancaire ne plaît évidemment pas à ces dernières, qui ne montrent guère d'enthousiasme à développer des solutions. Et elle ne plaît naturellement pas non plus aux banques centrales, à commencer par la BNS, peu pressées à revoir leur rôle de grandes ordonnatrices des rythmes économiques. Et pourtant toutes y réfléchissent. Et sérieusement.

UBS était l'une des premières grandes banques mondiales à dire qu'elle travaillait sur la blockchain. La plupart des autres ont suivi. Au niveau des banques centrales, un effort identique est entrepris. La Riksbank suédoise a même entamé une réflexion de fond, qui a abouti à un premier rapport l'automne dernier, sur les conséquences de l'utilisation de la technologie crypto pour sa politique monétaire. La Suisse, enfin, n'échappera pas à cet effort: des interpellations aux Chambres demandent l'ouverture de ce chantier et le Conseil fédéral se montre ouvert. Reste à voir ce qu'en diront les plénums, et ce qui ressortira du rapport demandé. Mais la question posée est très claire: faut-il créer un «e-franc»?

Le retour de «monnaie pleine»

Les conséquences seraient innombrables, et ne se limiteraient pas, contrairement à ce que prétend Thomas Jordan, le président de la BNS, au remplacement des paiements par internet par autre chose de moins maîtrisé. Elles aboutiraient, entre autres, à permettre à la BNS, ou toute autre banque centrale, à distribuer de l'argent directement à chaque agent économique, à chaque citoyen, sans passer par une banque commerciale. En somme, de faire crédit sans passer par un intermédiaire bancaire. Une manière d'appliquer l'initiative « monnaie pleine » qui vient d'être sèchement rejetée par le peuple.

La BNS et les autres banques centrales savent fort bien que, en dépit de leurs réticences, rien n'arrêtera l'essor de la blockchain et donc la révolution en cours. Elles vont donc devoir numériser leurs monnaies, tôt ou tard. Lorsque ce stade de développement sera atteint, il ne sera plus question de qualifier les cryptomonnaies de simples joujoux spéculatifs, parce ces monnaies-là seront celles que nous emploierons tous les jours.

Yves Genier

Journaliste économique depuis le milieu des années 1990, historien de formation, Yves Genier est particulièrement int...

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