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EDITO / Défense

La valse des espions

L es espions ont toujours apprécié la Suisse. En temps de guerre, en temps de paix, en temps de tensions. La conseillère fédérale Amherd vient de sonner l’alarme. En pointant d’abord les Russes et un peu les Chinois. En aurait-elle oublié?

En compagnie du chef des services de renseignements, la vaillante Valaisanne a dénoncé plus clairement que jamais les activités des espions russes. Elle a rappelé ce que l’on savait: ils se sont beaucoup intéressés à l’Agence mondiale anti-dopage et au laboratoire de Spiez sur les armes chimiques. Fort bien. Et les autres, que font-ils?

Les Chinois? Ils font «seulement» de l’espionnage économique, selon le chef du SRC en tentant de minimiser ce chapitre. Comme si l’économie n’était pas liée aux enjeux géostratégiques. La Sonntagszeitung révèle un cas. L’entreprise Besi Switzerland, filiale d’un groupe hightech néerlandais spécialisé dans les clips informatiques, a été victime d’une attaque en règle. Approché par les Chinois depuis Singapour, un technicien de cette boîte a été payé pour transmettre des documents sensibles. Plus de 700. Pour 35'000 francs! Bonne affaire. L’oiseau s’est envolé.

Rien n’indique que les services anti-espionnage n’examinent les dangers de l’arrivée de Huawei sur les réseaux de télécommunication en Suisse. On sait que cette entreprise, directement liée au parti communiste chinois, est ou sera ainsi en mesure d’écouter toutes nos conversations. Petit problème, non?

Il n’est jamais question non plus de l’impact des grandes oreilles américaines sur notre sécurité. Les moyens dont disposent les Etats-Unis, directement ou indirectement, pour savoir ce que nous mijotons sont considérables. Leurs services espionnent systématiquement nos entreprises pour savoir si elles continuent discrètement de commercer avec l’Iran placé sous strict embargo par Trump. Quelques pays européens, avec l’aide de certaines entreprises financières suisses, tentent dans la plus discrétion d’élaborer un système qui permettrait d’échapper à la dictature du dollar dans les échanges avec les victimes de boycotts unilatéraux. Il faut être bien naïf pour penser que les diplomates américains ne font pas tout pour déjouer ce qu’ils considèrent comme une manœuvre hostile. Il y a fort à parier aussi qu’ils sont disons très attentifs au processus de sélection du futur avion de combat. Pour favoriser le Super Hornet made in USA, ils seront tentés d’éplucher chaque mot des personnes impliquées dans la décision.

Il serait absurde de tomber dans la paranoïa de l’espionnage. Mais rien n’interdit d’ouvrir les yeux… de tous côtés. Avec, si possible, un champ de vision politique large.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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