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ACTUEL / INTROSPECTION

La Suisse était prête à tout… mais pas à ça!

C ’était une image de marque: la Suisse, en cas de guerre, a tout prévu. Des abris anti-atomiques collectifs, l’obligation légale d’en avoir un dans sa maison s’il en manque ou alors de payer une taxe spéciale. Et puis notre armée, que diable ! Avec des tanks, avec des avions de combat non seulement pour la police du ciel - ce qui est nécessaire - mais aussi préparés pour des combats aériens contre les puissants envahisseurs. Avec les milliards à la clé. Mais face au danger du virus, quelles lacunes… Malgré les avertissements de ces dernières décennies, plusieurs vagues d’épidémies tueuses ont couru la planète. Comment a-t-on pu croire qu’elles respecteraient à jamais notre neutralité?

Certains s’en sont inquiétés mais n’ont pas été entendus. En décembre 2018, l’ex-chef de l’Office fédéral de la santé, Thomas Zeltner, dressait ce constat: les réserves de lits hospitaliers étaient loin de ce que préconise le plan national contre les pandémies, les cantons n’avaient pas ou incomplètement atteint les objectifs. Et les fameux masques? Cette précaution élémentaire et peu coûteuse a aussi été négligée. Et l’on se rassure aujourd’hui en apprenant qu’un avion arrivera de Chine à Genève pour nous apporter le matériel nécessaire.

Ce n’est pas tout. Il est aussi apparu que l’office dirigé par le très soucieux Monsieur Koch a des problèmes de communication avec les hôpitaux, les médecins, les autorités cantonales. Ses employés pataugent dans des masses de fax (!), de courriers électroniques, sans aucun système informatique pertinent. Un jeune informaticien bernois a réussi «en un après-midi» à créer un logiciel plus performant.

L’heure n’est pas aux reproches rétrospectifs. Mais il n’est pas interdit de s’interroger sur les raisons culturelles profondes de cette situation. L’excellent journaliste Daniel Binswanger mène la réflexion sur le site Republik. «Il se pourrait qu’une séquence historique de 200 ans arrive à son terme. Qu’est-ce que la Suisse au plus profond d’elle-même? Qu’a été la base, apparemment inébranlable, de notre identité ces deux derniers siècles? Nous sommes le pays qui est épargné. Nous sommes l’île que les grandes catastrophes effleurent peut-être mais n’envahissent jamais (…) Le virus remet tout cela en question.» Et Binswanger de citer l’historienne Silvia Berger Ziauddin: «Les abris anti-atomiques sont devenus une part de notre identité.»

Certes nos aïeux ont pu voir les limites de notre sécurité: la grippe espagnole a fait 25’000 morts en Suisse. Mais cette tragédie n’a pas changé les certitudes. Nous sommes un pays sûr. Nous avons nos abris! Un peu négligés certes, pas tous munis, comme souhaité, d’une réserve de 2 litres d’eau par jour et par personne et des vivres pour deux semaines. Quand nous y mettons les pieds aujourd’hui, en évitant de partager l’ascenseur avec les voisins, ils nous apparaissent soudain bien dérisoires. Quand les FA-18 vombrissent au-dessus de nos têtes, ces temps-ci, la tentation est grande de leur adresser un pied de nez sarcastique.

Que faudra-t-il encore pour cesser de nous croire plus préservés que nos voisins, plus prévoyants, bref plus malins que les autres? Et maintenant, un tour à la cave en images (photographies de Stephan Engler, dans son abri). 

Entrée de l’abri anti atomique qui est utilisé comme cave avec sa porte de sécurité. © Stephan Engler

Le système de fermeture pour l’arrivée d’air. © Stephan Engler

Quelques lits stockés ici depuis de longues années. © Stephan Engler


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VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

5 Commentaires

@Eggi 01.04.2020 | 11h52

«C'est curieux, mais cette arrogance helvétique ressentie et décrite par Monsieur Pilet m'est complètement étrangère! Peut-être parce que je suis un Suisse de l'étranger, dans le pays du village gaulois invincible?...»


@Bogner Shiva 212 01.04.2020 | 13h21

«Comme c'est étrange… Nous avons un système politique de "beau temps" avec les personnes qui vont avec ! Rien d'autre ! La vision à long terme de ce système politique se résume à 1.- les prochaines élections. 2.- gardez son siège à tout prix ! 3.- veillez à ne pas fâcher les instances privées que l'on représente, il en va de leurs menus(?) émoluments...plusieurs centaines de milliers de francs pour certains parlementeurs. 4.- très accessoirement veiller à ce que ce peuple de moutons broutent le peu que l'on leur laisse…
J'ai fait un rêve….et si c'était le moment de donner un grand coup de balai dans ce système corrompu ? Attendre la fin de ce binz pour demander des comptes sérieux à tous ces individues(us) , tous partis confondus sur leur job en ces temps de crise ? Pour certaines (ns) leur silence et leur inaction. Pour d'autres...leurs actions sous terraines destinées à consolider encore plus leurs pouvoir et très accessoirement se goinfrer un peu plus dans la gamelle financière de l'Etat ??? NOUS ALLONS LEUR DEMANDER DES COMPTES A CES INDIVIDUS CENSES NOUS REPRESENTER...JE PENSE AUX PETITS INDEPENDANTS LA DONT JE FAIS PARTIE….ET CA VA SAIGNER !!!»


@willoft 01.04.2020 | 16h46

«La perfection (même suisse) n'existe pas.

Le drame va être lourd, dans tous les sens et presque tous secteurs, et le monde, réduit aux riches que cette crise va encore enrichir, repartira comme avant, la tête dans le guidon pour rattraper le temps perdu et les manques à gagner.

Et ce qu'on aura gagné en diminution de pollution sera rattrapé en un temps record.
Le monde est fait de nature humaine, le seul animal à détruire son milieu ambiant, demandez-le aux animaux.
»


@Clodal 01.04.2020 | 18h52

«on espère seulement que le peuple se souviendra de cette faiblesse au moment de renouveler les gadgets que sont les avions de chasse de notre brillante armée…
armée qui pour une fois se rend utile...»


@Marianne W. 02.04.2020 | 01h31

«Merci, Jacques Pilet, pour ce bon article. Oui, ça commence vraiment à bien faire, la certitude d'être le meilleur peuple - nous tentons d'ailleurs de persuader les autres du bien-fondé de notre système confédéral, comme si celui-ci avait été choisi et non imposé par les aléas de l'histoire.. Oui, nous avons été assez ridicules pour avoir approuvé le fameux "réduit national", le grand rassemblement en bateau de tout notre état-major - une simple bombe aurait suffi à le réduire à néant - , et nos fabuleux abris anti-atomiques, qui ont fait le beurre de bien des entreprises de construction...
Courte vue, protection complètement absurde, voilà ce que nous offre notre pays ! Et comble de tout, nous apprenons, à la faveur - si l'on peut dire - de cette crise, nous n'avons pas de stocks de masques, alors que la loi sur les épidémies stipule pourtant qu'il doit toujours être à jour !!
Notre pays, lui non plus, n'est pas à jour. On privatise, on délocalise à tour de bras, sans se soucier de l'avenir ni des temps de crises. L'environnement ? Vous n'y pensez pas, c'est pour les calendes grecques. Notre économie d'abord.
Les inégalités s'accroissent ? Peu nous chaut. On verra bien.
Ou on ne verra plus.»


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