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ACTUEL / Maudet

La jouissance des justes

A quel défilé pathétique avons-nous eu droit ! C’était à qui aurait la mine la plus grave devant les caméras. Les justes, les purs veulent tous dire combien le scandale les meurtrit. La catastrophe dans la République. Genève outragée! On est tenté de paraphraser de Gaulle à la libération. Bob Woodward a flingué Nixon en 1974 avec le Watergate, il vient de publier un livre accablant sur Trump. Son arrivée au bout du lac pour enquêter sur l’affaire Maudet ne saurait tarder.

Et si l’on cherchait un peu ce qui se cache derrière tous ces visages indignés? Tout le monde est d’accord, le conseiller d’Etat a fait une «connerie», comme dit Charles Poncet, en acceptant de se faire inviter avec toute une smala sans se poser de questions. Et pire encore, en se prenant les pieds dans le tapis de ses explications mensongères. De là à le démolir… il y a un pas qui devait aussi faire réfléchir ses accusateurs impitoyables.

Tous les pays soignent leurs relations publiques. Ils sont ravis de recevoir des hôtes étrangers influents. La Suisse fait de même. Elle invite, par exemple, des cadres du parti communiste chinois à des séminaires sur le développement durable. La Russie bien sûr. Elle «facilite» les voyages d’élus romands. Et pourquoi pas? Faut-il vraiment que nos politiciens passent toutes leurs vacances au chalet? Ils seraient certes avisés de payer leur billet d’avion. Mais sur le principe, il n’y pas de quoi fouetter un chat. Peut-être même une raison de se réjouir: des dirigeants locaux à la curiosité voyageuse ont sûrement un meilleur contact avec les réalités d’aujourd’hui.

Revenons aux indignés. Il y en a qui se frotte les mains. Le procureur Olivier Jornod a pris soin, ce qu’il ne fait pas d’habitude, de détailler ses accusations dans le communiqué qui a mis le feu aux poudres, prenant les devants sur l’enquête. Si le tumulte ainsi provoqué aboutit à la démission de son affreux supérieur hiérarchique, il pourra se présenter à sa succession, ou plus tard avec une aura de grand justicier, son rêve gouvernemental n’étant pas un secret. D’autres personnages influents ont aussi des amis qui les invitent à de joyeuses agapes et leur donnent à l’occasion un petit coup de main dans les méandres de l’administration. Dans tous les camps. Afficher solennellement sa probité en telles circonstances, c’est bon pour l’image politique.

Une dame se réjouit aussi. La présidente du parti de Maudet, Madame Petra Gössi. Elle est montée sur ses grands chevaux. Et pour cause. Plus de risques de voir le Genevois prétendre au Conseil fédéral alors qu’elle y pense sérieusement. Et une bonne occasion de se poser en garante de la moralité publique. Elle aurait pu le faire en appuyant ceux qui réclament une législation sur la transparence du financement des partis. Ou en s’interrogeant sur les cadeaux que reçoivent les membres du lobby des assurances maladie au Parlement, sur ces petites enveloppes à quelques milliers de francs accordées en «défraiement» aux gentils députés qui assistent aux séances «d’information» des dites entreprises. Mais non, là, pas question!

En démocratie, l’éthique est indispensable à la politique. Mais le regard un brin critique sur les moralistes tonitruants s’impose aussi. 





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