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Actuel / La France quitte à son tour le Niger, conspuée par une foule qui n’en veut plus


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La France voulait faire du Niger la vitrine de sa nouvelle politique africaine. Emmanuel Macron a résisté deux mois aux injonctions de la junte militaire au pouvoir exigeant le départ des troupes françaises. Avant de jeter piteusement l’éponge dimanche dernier.



Dimanche soir, l’annonce par le président Macron du retrait des troupes françaises du Niger – noyée parmi d’autres relatives à la transition écologique, Lampedusa ou la vie chère – a fait l’effet d’une bombe en Afrique de l’Ouest, au Niger bien sûr, mais aussi au Burkina Faso et au Mali, deux pays qui ont récemment bouté les soldats français hors de leur territoire national.

Au Niger, des milliers de personnes sont aussitôt sorties dans les rues de la capitale Niamey, pour manifester leur joie et crier victoire devant la base française installée à l’aéroport international de Niamey, ainsi qu’aux abords de l’ambassade de France. Cela faisait deux mois que les nouveaux maîtres du Niger exigeaient le départ des quelque 1’500 hommes stationnés dans leur pays, ainsi que celui de l’ambassadeur de France, déclaré persona non grata par la junte au pouvoir depuis le 26 juillet dernier.

Surveillé de près, rationné, privé de contacts, l’ambassadeur Sylvain Itté a finalement pu quitter Niamey ce mercredi 27 septembre, à bord d’un avion militaire qui a d’abord fait escale à N’Djamena au Tchad, avant de regagner Paris. Il faudra en revanche encore plusieurs semaines pour déplacer les hommes stationnés à Niamey et à Ouallam dans l’ouest du Niger, probablement via un pont aérien; ainsi que le matériel militaire qui devrait être acheminé jusqu’au port de Cotonou au Bénin voisin.

L'uranium en filigrane

Côté africain, peu de voix se font entendre depuis lors pour regretter ces départs. Les termes qui reviennent le plus souvent sont ceux de «victoire», de «souveraineté nationale retrouvée», de «France dégage». L’activiste anti-français et pro-russe Kemi Seba est arrivé dès le lendemain à Niamey «pour soutenir le peuple héroïque nigérien contre la CEDEAO et son maître fourbe Emmanuel Macron», peut-on lire sur sa page Facebook. Tandis que mardi, Abdoulaye Seydou, le responsable du M62, une organisation qui plaide pour la fin des relations avec la France, lâchait une autre bombe en demandant au CNSP, le Conseil national pour la sauvegarde de la Patrie qui dirige le pays, de retirer au groupe français Orano (nouveau nom d’Areva depuis 2018) le permis d’exploitation du gisement d’uranium d’Imouraren, dans la région d’Arlit; l’organisation estime en effet que l’exploitation de l’uranium, dont le Niger est le 3ème producteur mondial, ne profite pas assez au peuple nigérien. Une question extrêmement sensible: le Niger est en effet le deuxième fournisseur d’uranium de l’Union européenne en 2022, et représente 15 à 17% des importations françaises d’uranium durant ces dix dernières années – ce qui n’empêche pas ce pays de figurer parmi les pays les plus pauvres de la planète. 

Côté français, les commentaires et les réactions sont sans pitié pour Emmanuel Macron, auquel on reproche sa position de «matamore» seul contre tous, avant de s’écraser piteusement. «Plus qu’un revers, c’est une humiliation qui accélère notre déclassement diplomatique en Afrique. Misère.», écrit sur son compte Twitter/X Karim Ouchikh, homme politique français proche du Rassemblement national. «Après avoir joué les gros bras, fiasco sur toute la ligne de la politique internationale élyséenne», renchérit le journaliste François Labrouillère. La majorité des commentaires évoquent «un nouveau camouflet pour la France», une «capitulation», un «échec cuisant».

Humiliation pour la France

Si Emmanuel Macron a résisté aussi longtemps aux exigences du CNSP et soutenu, seul contre tous, le président déchu Mohamed Bazoum, c’est d’une part pour faire passer le message aux dirigeants africains que Paris ne laisse pas tomber ses «amis»; mais aussi et surtout, parce qu’il avait rêvé faire du Niger la vitrine d’un nouveau type de relations de la France avec ses ex-colonies, plus en retrait, subordonnée à leurs besoins, moins arrogante. C’est dire si l’humiliation est d’autant plus cuisante. Alors que dans le même temps, les Américains, eux, n’ont pas renoncé à poursuivre leurs missions de renseignements à partir du Niger, plus précisément depuis leur base de drones d’Agadez, qui couvre l’ensemble du Sahel jusqu’en Libye. Dans laquelle le Pentagone a investi 100 millions de dollars.

Les militaires français expulsés du Niger seront-ils tous rapatriés en France ou dispersés sur d’autres bases françaises sur le continent, au Tchad, en Côte d’Ivoire ou au Sénégal? Dès l’annonce du président Macron dimanche soir, l’«influenceuse» suisso-camerounaise Nathalie Yamb, laquelle, comme son acolyte Kemi Seba, tire à boulets rouges sur la présence française en Afrique, s’est aussitôt fendue d’un message sur sa page Facebook, dans lequel elle adresse «une mise en garde amicale aux chefs d’Etat africains»: «Ceux qui accepteront de recevoir sur leur sol les bidasses français éjectés du Niger seront les prochains à tomber», assure-t-elle. Une référence claire au fait que le redéploiement au Niger des militaires chassés du Mali et du Burkina Faso a contribué à affaiblir le pouvoir du président Mohamed Bazoum et à exacerber un sentiment anti-français. Reste à savoir si Paris va en tirer la leçon et y renoncer; ou alors reproduire au Tchad voisin, qui accueille l’état-major des forces forces françaises au Sahel, un scénario identique, en y réaffectant de nouvelles unités. Avec en filigrane le risque de précipiter la chute du président tchadien Mahamat Idriss Déby, déjà fragilisé, dernier allié de la France dans la région.

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

1 Commentaire

@XG 29.09.2023 | 06h47

«Quel est le prochain pays qui s'émancipera de la tutelle française? Cameroun, Tchad, Côte d'Ivoire, Sénégal? Les paris sont ouverts. La Françafrique s'écroule comme un château de cartes. Il est plus que temps. »


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