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Chaque pays a le droit et le devoir de se défendre. Le pacifisme intégral n’est plus de mise. Mais jusqu’à quel point s’armer? Avec quels moyens? Face à quelles menaces? Là, ça se corse. La guerre en Ukraine a provoqué une frénésie d’achats d’armements dans les pays européens, Suisse comprise. Est-ce bien raisonnable au vu de l’état lamentable de l’armée russe?



Car c’est bien la Russie qui, sur ce plan, faisait peur à l’Europe. Or après huit mois de conflit, il apparaît que ce grand pays n’est plus la menace qui nous faisait fantasmer hier. D’abord, rappel des chiffres. Le Kremlin consacre environ 67 milliards de dollars à son budget militaire, pour une cinquantaine rien qu’en France, pour 732 aux Etats-Unis. Mais il y a pire: on découvre que l’armement russe est dépassé, ses chaînes de commandements désuètes, le moral des troupes pitoyable. De surcroît la société civile est divisée. L’exode des réfractaires est sans précédent dans l’histoire: un million, estime-t-on. Et ce sont les gens les mieux formés qui partent, des milliers d’informaticiens de pointe qui s’établissent en Turquie ou à Dubaï. Un désastre technologique. Patent dans les pannes de communication sur le champ de bataille comme dans la guerre mondiale de l’information. Face à des Ukrainiens, certes puissamment soutenus à cet égard par les Etats-Unis et leurs alliés, mais eux-mêmes très performants dans les nouvelles technologies.

On a appris aussi, à observer les combats, que les avions et les blindés sont très vulnérables. Les drones révèlent leur efficacité. Qui, hors les spécialistes, en parlait ces dernières années à l’heure des débats sur les crédits militaires?

Certes la Russie dispose de fusées intercontinentales redoutables, nucléaires ou pas. Mais peser sur ce bouton-là, c’est décider le suicide collectif. Même les plus excités ne sont pas près d’en user. Certes, elle peut envoyer des centaines de missiles sur le pays-frère agressé et le plonger partiellement dans l’obscurité. Mais une guerre ne se gagne pas ainsi. Sans conquête du terrain, elle est perdue.

Osons-le dire: la menace russe n’existe plus pour les Européens. Or ils engloutissent toujours plus de milliards dans les armes. Pour la plus grande satisfaction de leur tuteur, les Etats-Unis. Cela alors que leurs difficultés économiques s’aggravent de jour en jour. Exemple: l’Espagne. Elle gonfle à tout crin son budget militaire. Au moment où les Russes pataugent pour garder quelques villages dans le Donbass, risquent-ils de débarquer à Madrid? Le Président Macron annonce le renforcement de la défense française «en vue de conflits à haute intensité». Avec qui? Franchement?

Il existe évidemment d’autres menaces. La Chine bien sûr. Elle devient une puissance militaire considérable. Pourquoi? Pour reconquérir un jour Taiwan, pour faire face à la présence militaire américaine dans les mers qui l’entourent. Sûrement pas pour attaquer l’Europe. En cas de velléités hostiles dans cette direction, elle a toutes sortes de moyens, commerciaux et technologiques, pour exercer de perverses pressions.

Alors qui? L’Afrique, le Maghreb? La menace, ici, est d’un tout autre ordre. Migratoire évidemment. Mais on ne repousse pas les migrants avec des FA-35 et des blindés high-tech. Quelques bateaux suffisent et les Européens en disposent. Le Moyen-Orient? Les tensions et les ambitions qui s’y manifestent sont un vrai sujet de préoccupation, pour nous aussi. Mais pas au plan militaire. Plutôt au chapitre des réfugiés encore, et à celui du terrorisme, que l’on affronte avec l’intelligence, les forces policières, pas avec les armes lourdes.

L’injonction incessante des Américains affirmant que l’augmentation de la part des budgets dévolue aux armements renforce la sécurité de nos pays est une farce. A fins commerciales.

Le plus étonnant, c’est que ces considérations, fondées ou pas, ne font l’objet d’aucun débat. Parce que dans le manichéisme ambiant, la logique se dérobe. Les émotions et les partis-pris interdisent tout recul. On est pro-OTAN et on l’écoute comme parole d’évangile. Ou l’on est pro-Russes et l’on n’admet pas que ceux-ci perdent pied. Non pas du fait des sanctions d’ailleurs qui, on l’a vu dans une analyse du New York Times, les enrichissent plutôt, mais parce que leurs dirigeants se sont fourvoyés dans une offensive insensée.

Les Européens ont commis une lourde faute. Ils n’ont pas prêté suffisamment d’attention à la guerre civile en Ukraine ces huit dernières années, pas assez insisté sur l’application des accords de Minsk 1 et 2 qu’ils avaient concoctés avec les intéressés. Ils en font une autre aujourd’hui. Ils prolongent la guerre, tardent à remettre les belligérants autour de la table. Et plus grave encore: ils ne songent pas à ce que sera la Russie demain, après-demain, après la guerre, après Poutine, ni à ce que sera notre voisinage. Car la géographie, elle, ne changera pas. A ces interrogations, l’achat frénétique de quincaillerie militaire est une réponse absurde. Et ruineuse. Pour nous en tout cas. 

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

7 Commentaires

@Pr.Silvestre 18.11.2022 | 01h49

«« Car la géographie, elle, ne changera pas » ?
Les 15-20% de territoires ukrainiens occupés par les russes ne représentent donc rien à vos yeux ?
Quid des millions d’Ukrainiens occupés, déplacés, assassinnés ?
.
Concernant la Russie et son intelligentsia majoritairement composée de gens peu recommandables, j’ai de sérieux doutes…
À cet égard, certains européens me semblent aussi naïfs que les alliés aux pouvoirs dans la fin des années 30, vis à vis de Hitler et sa clique…

Comme dirait un assureur, « une assurance n’est jamais aussi avantageuse que lorsqu’on se fait indemniser suite à un sinistre »
Je gage que si les occidentaux avaient eu les burnes d’inclure l’Ukraine dans leur(s) organisation(s), l’invasion de février 2022 n’aurait jamais eu lieu, pas plus que celle de 2014

Concernant le prix des moyens militaires, si les européens étaient plus malins, ils s’associeraient pour développer des armements en commun au lieu de se faire une concurrence effrénée…
En même temps, si - en tant que dirigeant allemand - vous voulez vendre des millions de voitures de luxe aux américains, il faut envisager de leur acheter quelques F35…

Il m’apparaît donc indispensable d’être le mieux armé et le mieux entraîné possible pour pouvoir faire face à l’impensable»


@miwy 18.11.2022 | 08h18

«Sympa d'évoquer l'Europe, du haut d'un avis bien carré: "Osons le dire (sic): la menace russe n’existe plus pour les Européens. Or ils engloutissent toujours plus de milliards dans les armes. Pour la plus grande satisfaction de leur tuteur, les Etats-Unis" Et où en est l'indignation indispensable à une aberration bien plus proche de chez nous, ? "Le budget de l'armée suisse doit être musclé rapidement. Le Conseil national a accepté lundi par 111 voix contre 79 une motion visant à l'augmenter progressivement dès l'an prochain. Objectif: passer de 5 à 7 milliards de francs d'ici à 2030."»


@Bogner Shiva 212 18.11.2022 | 13h27

«Perso ce qui m'inquiète le plus c'est la réactivation de la paranoïa de nos dirigeants à casquettes pilotés par une femme qui n'a rien à leur envier ... D'ici qu'elle siège en treillis ! Accessoirement actionnaires d'Arma Suisse et autres industries d'armements !
Paranoïa... enfin une situation qui leur permet de sortir de leur léthargie, et justifier leur discutable utilité en l'état .Et surtout ces personnes planent complétement, nous sommes complétement enclavés dans l'OTAN, donc si un conflit majeur éclate, les pays qui nous entourent vont être une protection des plus dissuasive et efficace. De plus je doute fortement que des escadrilles d'avions Russes arrivent à passer cette protection et viennent bombarder les banques de leurs dirigeants et autres tireurs de ficelles ! Et si l'irréparable se produit, qu'un Géneral en chef ayant abusé de la vodka ou un dictateur fâché parce que son coiffeur attitré s'est tiré dans le Sud appuie sur le gros bouton rouge, même Mme Amerhd fâchée toute rouge ne dissuadera pas des ICBM de ruiner tous nos efforts en vue de freiner le dérapage climatique et préserver les stations valaisannes de sports d'hiver.
Mais le plus hilarant, si je peux me permettre de rire jaune, c'est l'achat de chasseurs furtifs US pour protéger notre espace aérien...pour rappel c'est env. 6 minutes de vol dans un sens et 4 dans l'autre pour ces zincs. Bon le précédent de la violation de l'espace aérien d'un pays ami par un pilote du dimanche pourrait justifier cet achat...si un Robin ou un Cessna bombardier s'aventure au dessus d'une brasserie artisanale Jurassienne .
Ne parlons pas, quoique, de l'achat de batteries/missiles de protection aérienne...des fois que le Liechenstein aurait des vues sur la recette du Rivella, pire de l'Emmental ! Ne pas oublier que les crédits alloués à ces achats propres à procurer des émois orgasmiques aux nostalgiques du Pacte de Varsovie et autres agitée-es du canon, sont susceptibles d'étre rabotés si pas utilisés, pour contrer cette impensable extrémité, c'est facile, on dépasse systématiquement joyeusement le budget pour le plus grand bonheur des actionnaires siègeants au Parlement !
A quand des portes-avions sur nos lacs ? Des sous-marins SNA ?
De plus avec un recul, on peut légitimement se demander qui à touché et combien dans les différentes instances liées à l'Armée quand à l'achat de ces C35 et des batteries de missiles destinés à rouiller dans leurs tubes... Et surtout même en n'étant pas un spécialiste des arcanes du lobyying ( mot à consonnance politiquement correcte remplaçant corruption ) on peut constater que les agitée-es de la casquette ne se sont pas tiré une balle dans le pied en achetant ces avions US mais une Rafale...oui c'est voulu !
Qui et combien ??? Questions sans aucune réponses probables au vu des sommes engagées.
C'est un avion de type furtif...super quand on sait qu'il est furtif quand un avion ELINT (avion avec un gros système radar et guerre électronique, contre-mesures etc ) est en vol pour leur permettre d'acquérir des informations de tirs et autres sans utiliser leurs propres systémes radar...On a ça nous ? Ou bien un achat futur absolument IN.DIS.PEN.SABLE ? bref tout est réuni pour alimenter les caisses de l'Armée et les dividendes des différents actionnaires d'ARMA Suisse......»


@simone 18.11.2022 | 16h44

«Il y a deux institutions qui doivent être excellentes et si possible inutiles: l'assurance maladie et l'armée.
Mais il est clair aussi que l'armée n'est utile que s'il y a beaucoup de patriotisme. Et le patriotisme se développe en cas de défense contre une attaque, mais pas pour une conquête incompréhensible.
Suzette Sandoz»


@willoft 18.11.2022 | 20h15

«Globalment d'accord avec ce point de vue.
Mais comment un média qui dénie systématiquement ledérèglement climatique pourrait-il avoir un futur?»


@markefrem 18.11.2022 | 21h25

«Raisonnement bisounours typique !!! Même en état de décomposition avancée, le pouvoir de nuisance russe est intact !»


@Revolawtion 25.11.2022 | 09h41

«Tout ceci est parfaitement vrai : c'est absurde. Déjà passager clandestin de la défense européenne et de lOTAN, avec une armée dépassée et dont les soldats ne sauraient plus se battre - parce que nous ne sommes sociétalement ni des Russes, ni des Ukrainiens - la Suisse devrait faire le choix du Costa Rica que personne ne va envahir non plus. Et consacrer son budget militaire à la seule guerre à mener : la transition écologique. Pendant que l'armée aura reçu et dépensé 80 milliards en dix ans - pour rien - la Suisse ne lui en consacrera que 10... »


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