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ACTUEL / Espionnage individuel

La Chine inaugure le fichage intégral

O n a beaucoup parlé des trollers russes. On découvre maintenant les agissements de Cambridge Analytika, une entreprise anglo-américaine proche de Trump, spécialisée dans les manipulations politiques à grande échelle grâce à Facebook. Ces ficheurs font figure de petits amateurs en comparaison des services de police chinois. Ceux-ci mettent en place un système de «notation sociale» des citoyens. Les cancres seront interdits de voyage. A l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Une première. Aucun régime totalitaire n’est allé aussi loin dans l’espionnage individuel.

Les médias dominants sont d’une retenue remarquable quand il s’agit de la Chine. De la récente assemblée nationale, simulacre de parlement qui réunit une fois par an 3000 députés, il a été retenu le triomphe du président Xi Jinping a été autorisé à rester au pouvoir aussi longtemps qu’il le souhaite. On a moins parlé de diverses mesures qui achèvent la fusion totale de l’Etat et du parti communiste qui aura par exemple le monopole de la lutte anti-corruption, dont le président use comme outil politique pour éliminer les rivaux. Les observateurs ont aussi relevé que la Chine s’affirme plus que jamais comme une puissance militaire aux grandes ambitions géo-stratégiques.

A chacun sa «note sociale»

En revanche, une autre annonce, le 16 mars, n’a fait aucun bruit. Dès le mois de mai, les Chinois ne pourront plus prendre le train et l’avion si leur «note sociale» est douteuse. Il s’agit d’un vaste système, mis en place dès 2014, qui sera complètement opérationnel et obligatoire en 2020. Tout écart de conduite, abuser de l’alcool, mal garer son vélo, se bagarrer en ville, et a fortiori surfer sur les rares sites critiques encore accessibles (il n’y en a quasiment plus), tout cela est enregistré dans un fichier géant accessibles à diverses autorités, en particulier celles qui contrôlent les déplacements des citoyens. Les fautifs restent sanctionnés «si leurs excuses ne sont pas jugées sincères». 

Dans les années qui suivirent le massacre de la place Tian'anmen (1989), certains espaces de liberté d’expression ont pu se faire jour. Mais depuis l’arrivée de Xi Jinping en 2013, le tour de vis est brutal. Les tentatives de commentaires critiques sur les réseaux sociaux, au lendemain de l’assemblée nationale, ont été effacés en quelques minutes.

Bientôt 600 millions de caméras de surveillance

D’autres dictatures ont pratiqué et pratiquent la répression des opposants et des déviants de tout poil. Mais aujourd’hui en Chine, le fait nouveau, c’est, dans ce but, l’usage des nouvelles technologies. Non seulement elles permettent d’engranger des masses énormes d’informations, mais aussi de surveiller les citoyens partout et en tout temps. Ce pays compte aujourd’hui 176 millions de caméras de surveillance, il en est prévu plus de 600 millions d’ici 2020 (pour 1,4 milliard d’habitants). Les rues, les gares, les aéroports, les lieux publics sont en permanence sous leur regard. Les techniques de reconnaissance des visages progressent rapidement. Les caméras scrutent les passagers des voitures aux feux. Selon le correspondant de la BBC, à Shanghai et Shenzhen, la police mène une expérience: elle capte les visages des piétons qui traversent au rouge… et les projette sur les abris de bus tant que l’amende n’a pas été payée!

L’indignation est vaine. Mais au moins informons-nous. Or pour la Chine, nul «observatoire des droits de l’homme» à l’image de l’officine anti-Assad avec siège en Grande-Bretagne qui prétend informer sur la Syrie. Les données précises sur le système policier chinois sont rares. Il devrait pourtant retenir toute notre attention car les méthodes et les techniques employées pourraient être reprises, à divers degrés, par des régimes autoritaires proches de chez nous. 


Deux émissions pour poursuivre

Reconnaissance faciale: tous filmés, tous identifiés? Envoyé spécial, France 2.

China: «The world's biggest camera surveillance network», BBC News.

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