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ACTUEL / Politique

Quand l'Ukraine dissimule sa participation à l'Holocauste

N etanyahu s'est rendu en Ukraine, où président et premier ministre sont également juifs. Pour ces derniers, les nazis sont les seuls responsables de l'Holocauste.

Article signé Christian Müller, publié sur Infosperber le 22 août 2019


Quiconque observe l'Ukraine le sait: son histoire est en cours de réécriture. Les Ukrainiens n'ont toujours été que des «victimes», et les nationalistes, même ceux qui ont beaucoup de sang sur les mains, sont aujourd'hui célébrés comme des héros dans la lutte contre la Russie.

La visite du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, à Kiev, quatre semaines avant les élections en Israël, était particulièrement intéressante. Elle a commencé par un «faux pas» (c'est le moins qu'on puisse dire): des jeunes Ukrainiens en costume traditionnel ont reçu Benjamin Netanyahu et son épouse Sara à leur descente de l'avion, au pied de l'escalier mobile, avec le plus ancien symbole de l'hospitalité: le pain et le sel. Netanyahu a rompu un morceau de pain et l'a mis dans sa bouche, puis en a rompu un deuxième pour le donner à sa femme. Celle-ci a regardé brièvement le morceau et l'a jeté. Un délit qui va à l'encontre de toutes les bonnes coutumes de l'hospitalité et de la diplomatie. Mais nous préférons ne pas nous y attarder maintenant. (Netanyahu a essayé plus tard, dans un discours, de résoudre le problème avec humour: C'est toujours bon quand quelque chose comme ça arrive, car ainsi on parlera de sa visite à Kiev. Sans ce «scandale», personne ne s'y serait intéressé.)

Sur le fond

Lorsque Netanyahu se rend quelque part où des Juifs ont été assassinés pendant la Seconde Guerre mondiale, c'est son devoir diplomatique de visiter les mémoriaux de l'Holocauste. C'est également le cas à Kiev, où plus de 30'000 Juifs ont été assassinés en septembre 1941 dans les gorges de Babyn Jar, l'un des pires massacres de la Deuxième Guerre. Et bien sûr, il n'a pas été fait mention du fait que les Ukrainiens y travaillaient aussi avec les nazis. La formulation la plus souvent employée est «les nazis et leurs collaborateurs». Zelensky s'est pourtant abstenu d'ajouter «et leurs collaborateurs» dans son discours. Comme s'il n'y avait pas eu d'Ukrainiens qui ont aidé au meurtre des Juifs.

Olena Teliha, antisémite notoire, est aujourd'hui honorée

Un exemple: Olena Teliha était une poète douée, directrice de l'Association des écrivains ukrainiens, rédactrice en chef d'un magazine littéraire et éditrice du journal Ukrayins'ke Slovo. Et, par-dessus tout, elle était une fervente nationaliste et une antisémite notoire. En 1939, elle avait rejoint l'organisation OUN, qui avait participé au meurtre de milliers de Juifs pendant et après la Seconde Guerre mondiale.

Peu après le massacre de Babyn Jar en septembre 1941, Olena Teliha soulignait dans son journal qu'il y avait encore des Juifs vivant à Kiev qui avaient obtenu de faux papiers pour une grosse somme et vivaient une vie cachée sous un faux nom. Elle appelait le peuple ukrainien à dénoncer dès que possible ces personnes, qui n'avaient aucun droit d'exister en Ukraine ou ailleurs, et à veiller à ce que la terre, les villages et les beaux paysages soient «nettoyés des partisans, des Juifs et des commissaires rouges».

Olena Teliha: «L'Ukraine doit être débarrassée des Juifs le plus rapidement possible»(Extrait de Ukrayins'ke Slovo)

Que fait l'Ukraine avec des gens comme Stepan Bandera, qui a travaillé en étroite collaboration avec les sbires nazis et a été un membre important de l'OUN (voir le commentaire sur Infosperber), ou avec Olena Teliha? Aujourd'hui, ils sont vénérés comme des héros nationaux. Des monuments sont érigés en leur honneur et les rues sont rebaptisées à leur nom. C'est également le cas à Kiev, où deux rues importantes ont été renommées Stepan Bandera et Olena Teliha. 

Carte de Kiev: Deux des rues principales de la capitale ukrainienne portent les noms de Stepan Bandera et Olena Teliha.

La haine juive n'est pas seulement tolérée dans l'Ukraine d'aujourd'hui, les bouchers et les antisémites les plus en vue sont même publiquement glorifiés. Pour rendre hommage à Olena Teliha, la Banque nationale d'Ukraine a même émis sa pièce commémorative en 2003:

 

Le fait qu'Olena Teliha ait également été abattue par la Gestapo quelques mois après le massacre de Babyn Jar, parce qu'Hitler ne voulait pas qu'un État ukrainien indépendant émerge, convient naturellement très bien aux historiens actuels: L'Ukraine n'est qu'une victime, pas un agresseur. Même Olena Teliha, considérée comme une «nationaliste romantique», n'était qu'une victime des nazis.

Une question de voix et d'argent

Mais tout cela n'a bien sûr pas été un problème lors de la réunion Netanyahu/Zelensky. Dans un discours, Zelensky a demandé à Israël de reconnaître la famine Holodomor 1932/33 comme génocide commis par les Soviétiques. Mais il s'agissait avant tout d'une chose: les affaires. Un accord de libre-échange existant devait être prolongé et la coopération économique de l'Ukraine avec Israël intensifiée. Lors des prochaines élections, Nétanyahu a besoin des votes des Ukrainiens qui ont émigré en Israël, et Zelensky doit garder au chaud les espoirs en un avenir meilleur placés en lui. La reprise économique du pays est encore loin. 

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