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Actuel / Casse-tête

L’assurance maladie suisse: un cas unique en Europe

L e système suisse est devenu un casse-tête. Pourquoi ne pas voir que TOUS les pays d’Europe appliquent, chacun à leur façon, des principes communs, plus favorables aux salariés: l’employeur participe au financement, les cotisations sont déterminées par le revenu, l’assuré peut étendre la couverture aux membres non assurés de sa famille. Utopie chez nous? Quoi qu’on en pense, au moins faut-il ouvrir les yeux sur les voisins.

Tout résident en Suisse est obligé de s’assurer. Fort bien. Mais à quel prix? Celui-ci est calculé par tête. Sans égard au niveau de salaire. La caissière de grand magasin paie, pour l’assurance de base, la même cotisation que le milliardaire. Moyenne des primes en 2017: 250.- PAN SUR LA TÊTE!  450.- par tête. Augmentation de 159% ces vingt dernières années. A Cully, Paula, femme de ménage, son mari électricien et leurs deux enfants aux études (16 et 18 ans) reçoivent une facture mensuelle de 1800.- plus 120.- de complémentaires. Un poste énorme du budget. Quant à l’employeur, il verse sa part à l’AVS-AI-accidents, au deuxième pilier, mais pas un sou pour participer au risque de la maladie et de la maternité.

Cela ferait hurler tous les Européens, Suisses à part. Sans compter que tous s’étonneraient de voir que nos coûteuses caisses ne paient rien pour les frais dentaires et de lunettes. Sauf supplément. Enfin, selon des modalités diverses et des limites, partout il est possible d’étendre la couverture d’un assuré à sa femme (ou inversement), si elle/il n’est pas salarié/e et à ses enfants à charge.

Solutions bricolées

Qui a inventé le système? Bismarck en 1883! L’Allemagne lui est restée fidèle. Plusieurs pays en ont repris les fondements: la France (dès 1945), l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, puis, plus récemment, l’Irlande et les pays dits de l’est européen. La Grande-Bretagne, elle, a choisi une autre voie, dès 1941: le British National Health Service est financé entièrement par l’Etat, parfois par des cotisations minimes. Le Danemark, la Suède et l’Islande ont repris la méthode.

Partout, il est vrai, devant l’explosion des coûts, les Etats encouragent les assurances complémentaires privées, de loin inférieures cependant aux tarifs helvétiques. Mais avez-vous vu les hôpitaux surchargés dans ces pays? Les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous chez le médecin? Les Suisses ont tendance à voir tout ce qui ne marche pas ou mal au-delà de leurs frontières jugées paradisiaques. Avec raison souvent.

Mais est-on bien sûr que les habitants de Stuttgart, Paris ou Milan sont moins bien soignés que chez nous? Quoi qu’il en soit, notre système pose, faut-il le rappeler, d’immenses problèmes. Le monde politique y est empêtré. Il bricole des solutions pour que la machine ne laisse pas trop de gens à l’écart des soins. Subsides aux assurés modestes (grosso modo un tiers des Vaudois et des Genevois en profite!), projets multiples d’améliorations partielles, en faveur des familles, du côté des frais dentaires. Mais les améliorations à but social passent mal la rampe, en particulier en Suisse alémanique, malgré les cris d’alarme de plusieurs gouvernements cantonaux. La course aux «bons risques», l’escalade des campagnes publicitaires, la barre des franchises qui dissuade certains de se faire soigner à temps… Rien n’aboutit pour corriger la machine. Le puissant lobby des assureurs au Parlement freine efficacement les initiatives du Département de l’intérieur où l’on est bien conscient des problèmes posés à la population.

Repartir à zéro

Dès lors pourquoi ne pas imaginer de repartir à zéro, que ce soit à l’échelle du canton ou de la Confédération? Le parti socialiste avait bien tenté, en 1974, une initiative qui prévoyait le système des cotisations salariales: ce fut l’échec. Il est frappant qu’aujourd’hui le sujet n’est jamais été évoqué, ni à gauche ni à fortiori à droite. D’autres déboires dans les tentatives de réformes, mêmes modestes, ont échaudé tout le champ politique. Alors risquer une proposition aussi ébouriffante, personne n’y songe. Comme si le débat politique n’avait pas aussi pour but de lancer des idées jugées folles dans l’immédiat, peut-être réalisées un jour.

Il a fallu des années et des années pour convaincre les Suisses de la nécessité de l’AVS. Il nous faudra bien, un jour, repenser la totalité du système brinquebalant et accablant pour les revenus modestes et moyens.



Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

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