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ACTUEL / Industries pharmaceutiques

Des médicaments «suisses» qui viennent de Chine... et qui peuvent être cancérigènes

P olémique en Allemagne. Le ministre de la santé est accusé de tarder à interdire un médicament contre l’hypertension, le Valsartan, importé de Chine, et dont certains composants peuvent être cancérigènes. Et en Suisse? Silence radio. Mais l’organe de surveillance Swissmedic a pourtant rappelé, le 12 juillet, de nombreuses préparations suspectes. A des fins «d’analyses toxicologiques». On apprend ainsi que des marques très suisses importent en fait les substances actives de Chine et d’Inde, à bas prix, pour les vendre chez nous au prix fort.


Bon pour la tête, avec infosperber et NZZ am Sonntag


Le composant en question, acheté auprès de la firme chinoise «Zhejiang Huahai Pharmaceutical», serait pollué par une substance du groupe des nitrosamines, Nitrosodimethylamin, dont il est établi qu’elle peut entraîner un cancer. Mais Swissmedic rassure aussitôt: les patients qui prennent ce médicament ne doivent pas y renoncer car le risque ainsi subi serait bien plus grand que celui d’un empoisonnement. Et il existe des produits semblables qui ne présentent pas un tel risque. En attendant, un mois après, on ignore encore ce que révèlent les analyses toxicologiques des laboratoires fédéraux. La pollution daterait de 2012, lorsque le fabricant chinois a modifié sa «recette». C’est un organisme de surveillance espagnol qui a révélé le problème qui était passé inaperçu des institutions européennes et suisses.

Vous avez dit Swiss made?

L’affaire est d’autant plus sérieuse que 16% de la population suisse se soigne contre une pression sanguine excessive. On estime que 40% des médicaments de cette catégorie, toutes marques confondues, ont des composants chinois.

Qui plus est, nombre de médecins ne s’en doutent pas: des médicaments apparemment Swiss made sont en fait partiellement ou complètement préparés en Chine ou en Inde. L’autorité qui les agrée explique qu’elle n’est pas habilitée à contrôler leur origine mais seulement leur degré de sécurité. On sait donc d’où viennent nos fruits et légumes, mais pas nos pilules!

Il y a pourtant eu des accidents. Le pire a été enregistré aux Etats-Unis, en 2007 et 2008, lorsqu’un lot de Heparin, utilisé comme un liquéfiant du sang, importé également de Chine, a provoqué la mort de plus d’une centaine de patients. En 2012, la «European Compliance Academy» a établi que de nombreux produits importés d’Asie n’étaient pas conformes aux règles internationales.

«Pour moi, déclare un médecin généraliste vaudois, c’est un miracle qu’on arrive à maintenir un certain standard de qualité dans ce mic-mac.»

Le traçage des médicaments est d’autant plus difficile à établir que plusieurs marques apparemment suisses, notamment des génériques, sont en fait imbriquées dans des réseaux internationaux. Par exemple, pour s’en tenir aux noms figurants sur la liste «suspecte» (voir plus bas), Mepha appartient à Teva (Israël). Helvepharm est associé à Teva (République tchèque) et Sanofi (France). Spirig est une filiale de Stada (Allemagne).

«Pour moi, déclare un médecin généraliste vaudois, c’est un miracle qu’on arrive à maintenir un certain standard de qualité dans ce mic-mac.»


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