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ACTUEL / CHINE

Comment le géant Huawei s’infiltre au cœur de nos systèmes de communication. En Suisse aussi.

H uawei, pour le commun des mortels, c’est une marque de portables. En fait, cette société créée en 1987 à Shenzen par un ex-militaire, Ren Zengfei, est la première entreprise de télécommunications mondiale, le plus souvent en association avec des entités locales dans les pays où elle s’étend. Spécialisée dans les systèmes à haute sécurité. Son slogan officiel dit tout: «Building a Fully Connected Intelligent World».

Cette toute-puissance inquiète fort les Américains. Sur leur demande, les autorités canadiennes ont arrêté la vice-présidente du groupe, la fille du fondateur, Meng Wanzou. Officiellement pour violation de l’embargo vers l’Iran. En fait, les services de la Défense ont lancé une campagne mondiale anti-Huawei, accusée d’avoir «pompé» des montagnes de données dans les serveurs publics. L’Australie s’est jointe au mouvement. Elle révèle que nombre de ses responsables politiques et administratifs ont été invités tous frais payés en Chine par la firme désormais sulfureuse. Celle-ci ne sera pas autorisée à participer au réseau 5G australien.

Et voilà que les Britanniques se fâchent aussi. A la veille de Noël, le gouvernement a exigé que la société chargée des télécommunications sensibles, notamment celles de la police, élimine de leurs systèmes tous les éléments fournis par Huawei. Certains experts jugent en effet que ceux-ci pourraient être de discrets outils d’espionnage. Il faut dire que ce mastodonte apparemment privé est proche des services de renseignements; l’histoire personnelle de ses dirigeants en atteste à maints égards.

En Suisse aussi, Huawei a mis ses pieds bien au-delà des magasins de portables. L’opérateur Sunrise s’appuie sur ses compétences. Et en fait profiter une société peu connue du public: Blunet. Une entreprise qui propose de sécuriser les communications fixes et mobiles. En réalité, derrière cette marque rassurante apparaît l’alliance de trois poids lourds de l’économie suisse: Axpo (distribution d’énergie, chiffre d’affaires de plus de 6 milliards), WZ System, le spécialiste argovien des communications sensibles (police, ambulances, pompiers, etc.) et enfin Sunrise. C’est dire que les avant-gardes de la technologie sécuritaire imaginée en Chine trouvent là un terrain plus que favorable.

Il n’existe bien sûr aucune preuve que Huawei ait profité de sa position pour en abuser. Mais toutes les conditions sont réunies pour que cela se produise.

La guerre des services secrets se cache derrière une autre, ouverte celle-ci: pour la conquête d’immenses marchés. Tous les gouvernements, toutes les administrations ont – plus ou moins – pris conscience de la fragilité de leurs communications. Les hackers les ont si souvent ridiculisés. Partout des crédits considérables sont débloqués pour s’en défendre. Selon le site spécialisé inside-it.ch, le système de communications vocales sécurisées Polycom pourrait en coûter 3,5 milliards de francs aux collectivités publiques suisses ces prochaines années. Les Chinois, d’une façon ou d’une autre, comptent bien avoir leur part du gâteau. Et si, en plus, ils peuvent ainsi satisfaire leur curiosité sur nos petites affaires, pourquoi s’en priveraient-ils?


Dans l'un de ses numéros, l'émission Cash Investigation s'intéressait déjà à Huawei, également soupçonné de faire travailler des enfants:


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