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CHRONIQUE / Migraine

Séditieuse vengeance, bataille de chiffonniers et un encouragement au doute

L 'héroïne d'un superbe roman noir passe du statut de victime à celui de bourreau, éliminant de manière sanglante les hommes qui abusent d'elle sexuellement. Bien que portant costumes et cravates, certains camarades du Parti libéral-radical genevois se battent comme de vulgaires chiffonniers. Aujourd’hui, il faut avoir un avis sur tout, affirmer, asséner des vérités; et si, parfois, on admettait ne pas savoir?

«Elle doit leur faire comprendre qu’elle tranchera la main qui lui fera mal. Elle brûlera leur maison, elle démolira leur voiture, elle mettra fin à leur existence. Elle leur frottera le visage dans leurs excréments et repartira d’une démarche joyeuse.» Dirty Week-end, d’Helen Zahavi, a été publié en Angleterre en 1991; Libretto en a republié une version française en 2019. Ce pourrait n'être qu'un bon roman noir mais c’est aussi un manifeste séditieux, racontant l’histoire d’une femme qui, en un week-end, cesse d’être une victime et devient un bourreau. Celui des hommes qui la harcèlent et abusent d’elle sexuellement. C’est un beau livre sur la vengeance, sur la révolte, sur le refus de l’humiliation. A sa sortie, le roman d’Helen Zahavi a fait l’objet d’une demande d’interdiction au Parlement de Londres pour immoralisme. Il faut dire que Bella, l’héroïne, ne se contente pas de balancer son porc, elle le saigne. C’est jubilatoire.           

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Dans Le Matin Dimanche, Christian Lüscher, conseiller national PLR genevois, dézingue sans retenue son camarade de parti Pierre Maudet: «C’est l’ensemble de son œuvre qui me choque», dit-il du ministre genevois voué aux gémonies depuis un embarrassant voyage à Abu Dhabi. Après avoir demandé l’automne passé à Pierre Maudet de démissionner - «Pour l'amour du PLR, Pierre, s'il te plaît, démissionne du parti», Christian Lüscher y va aujourd’hui au lance-flammes pour obtenir l’exclusion de ce même Pierre du parti. Pourquoi tant de haine? Sans doute cela a-t-il à voir avec de triviales questions d’ambition politique. Vu de l’extérieur, on a l’impression d’assister à un combat de coq dans un bouge mexicain, à une bataille de chiffonniers politiques. «Qui soutien encore Pierre Maudet?», demande le journaliste à Christian Lüscher, lequel répond: «Sa famille, je l’espère sincèrement». C’est ce qu’on appelle un coup bas. Sur un ring de boxe, c’est interdit. Chez les chiffonniers, non.         

(Pierre Maudet a été exclu du PLR genevois lundi matin)   

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Invité par David Pujadas sur LCI le 2 juillet, le philosophe des sciences Etienne Klein a évoqué un sondage paru dans le quotidien Le Parisien au mois d’avril. A la question «D’après vous, le protocole à base de chloroquine est-il un traitement efficace contre le coronavirus?», 59% des sondés ont répondu «oui» et 20% «non». «Autrement dit, 79% des Français (sondés, ndlr.) connaissaient la réponse à une question dont personne ne connaissait la réponse», relève Etienne Klein, qui interroge: «Que se passe-t-il? Qu’est-ce qui nous empêche de dire "je ne sais pas"?» J’aime cette question. Elle me turlupine.

Comme la migraine.

 

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