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A VIF / Légende

Christophe à Beausobre: le beau bizarre en roue libre

S ensible, talentueux et surtout hors format. Ce mercredi 6 novembre, Christophe a foulé les planches du Théâtre de Beausobre, à Morges, pour nous offrir un spectacle en solo. Chantant ses plus grands «succès fous», l’artiste français aux lunettes bleues a réinterprété des mots qui n’ont plus tout à fait la même couleur. Naviguant entre son piano à queue, ses guitares électriques, ses synthés et autres machines, Christophe, accompagné d’un verre de whisky, a donné à son concert une saveur expérimentale.

L’homme est fou, complètement décalé. Avec ce concert à Morges, mercredi dernier, c’est désormais certain pour les personnes qui ne l’avaient jamais vu en concert. D’abord, l’allure: dandy éternel, Christophe n’a pas lâché ses bottes à talons, ses lunettes rondes bleutées, sa moustache finement taillée et sa chevelure longue et blonde. Ensuite, la démarche: de grands pas lourds et fiers, comme sur des ressorts – on dirait un enfant qui joue aux chevaliers. Si touchant pour qui connaît le personnage et sa sensibilité. Mais un brin surprenant pour le premier venu. Et c’est là une grande qualité: avec Christophe, on est en dehors des formatages.

Une recherche musicale

Cela se confirme quand il se met à chanter, après s’être assis devant son piano à queue. Sa voix est autant aigue qu’hachée, elle donne une idée de celle que doivent avoir les anges noirs de la nuit. Ce qui n’est pas surprenant: Christophe dort le jour. Le soir venu, il se lève, aux alentours de 18h00. L’homme qui chante devant nous, sur scène, en est donc à sa matinée. Son petit-déjeuner est fluide: un bon vieux Jack Daniel's. Pas de filtre. Son prompteur, il l’assume. Il s’en vante même. Ce qui compte pour lui, pour nous, ce n’est que sa manière de réinterpréter ses chansons. Car chaque unique concert équivaut pour cet artiste à la création d’une œuvre.

«Je suis en perpétuelle recherche musicale», ma confié le chanteur après son concert pour un entretien à paraître en décembre dans le mensuel Le Regard Libre et ici-même. Ce qui explique que son récital avait plutôt l’air d’une répétition. Christophe nous l’a d’ailleurs dit entre deux chansons: «Je ne répète pas chez moi. Dans mon appartement, il y a un grand piano: je n’y touche jamais. Pareil pour la guitare. Je m’exerce devant vous, en fait.» Cela fait des années et des années que, lorsqu’il s’agit de composer, l’artiste ne jure que par ses synthétiseurs, ses machines de programmation «et tout ce qu’offre comme possibilités l’époque actuelle.»

Cela s’entend d’ailleurs sur l’album de duos sorti cette année. Le «beau bizarre» reprend ses plus grands titres accompagné d’artistes aussi variés que Raphaël, Arno ou Juliette Armanet. Le premier volume est sorti en mai 2019, le second devrait être disponible en novembre. Une redécouverte totale de ses nombreuses ballades amoureuses et autres morceaux virtuoses sous fond de musique expérimentale se situant entre l’électro et le soft-rock. Une atmosphère qui guidait aussi les sublimes Vestiges du chaos (2016), son dernier album de chansons originales. Un prochain opus devrait sortir en 2020 ou un peu plus tard. «Je suis sur des nouveaux trucs qui, comment dire, ne sont pas trop dégueu’.»

Concert ou one-man show?

Comment rester indifférent à cet homme plein d’autodérision et qui traîne ses défauts comme autant de qualités? Mercredi dernier, à Beausobre, beaucoup dans le public ont dû être désarçonnés. Pas seulement devant des morceaux de leur jeunesse – Petite fille du soleil, La dolce vita, Je l’ai pas touchée – totalement revus dans leur mélodie et bien sûr dans leur orchestration. Le surréalisme s’est invité jusque dans la durée du concert: 2h45, alors que le site internet annonçait 1h30. «J’avais oublié mon portable ici, donc je n’avais pas l’heure sur scène», m’a-t-il dit tout de suite dans sa loge. Cette longe soirée, Christophe l’a remplie d’anecdotes, notamment sur son enfance qui lui a inspiré sa chanson Les marionnettes.

De quoi ennuyer certains, surtout quand il se met à refaire la même blague qu’il avait servie une heure plus tôt: «Un chanteur ne doit pas tourner son dos au public, mais il peut jouer en do.» Totalement hors format, vous disais-je. Et pas question de terminer cet article sans mentionner sa chaise à sons. Il s’agit d’une chaise de piano amovible et attachée à un micro, ce qui lui permet de se déplacer comme bon lui semble en restant assis. De danser, aussi. Assis. En marmonnant des paroles sur un tapis sonore urbain. Un vrai sketch! Consolidé par un jeu de lumières sensationnel, ce spectacle what the fuck s’est terminé à la manière d’un film. Sur un générique de fin lancé par l’interprète des Mots bleus, qui s’en est allé retrouver sa nuit.

Jonas Follonier

Etudiant, journaliste et musicien, Jonas Follonier est le rédacteur en chef de la revue mensuelle «Le Regard Libre», ...

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