Opinion / La Libération selon Donald Trump
Dans un monde où la globalisation semble perdre de son influence, les nations se replient sur elles-mêmes, préférant un protectionnisme croissant. Des barrières commerciales se dressent, non seulement à l'initiative des Etats-Unis de Trump, mais aussi d'autres pays comme le Mexique, l'Europe ou la Chine. Ce phénomène n'est plus temporaire, mais se structure et façonne la nouvelle économie mondiale.
Dans notre environnement hostile, c’est désormais du chacun pour soi. Le lubrifiant des économies – c’est-à-dire la globalisation – rend l’âme. Tandis qu’avant-hier encore, elles se concertaient pour rédiger des lois et des règlements qu’elles s’engageaient à respecter, les nations fracturent à présent les consensus et les alliances passés. A coup de subsides et de «tarifs», elles se bousculent pour promouvoir leurs propres industries et saper celles de leurs voisins et ex-partenaires. Le protectionnisme n’est plus une réponse temporaire à une crise, il devient un élément structurel de la nouvelle économie mondiale.
La Chine dans le viseur mondial
Il ne faut surtout pas jeter la pierre à Trump, car les barrières au commerce se mettaient en place bien avant son retour en 2025 à la Maison Blanche, principalement contre la Chine accusée d’inonder le monde avec ses véhicules électriques, son acier et autres produits finis à bon marché. En Corée du Sud et au Vietnam, dès février dernier, sous la pression de leurs entreprises nationales broyées par la compétition chinoise. En Indonésie, pour augmenter ses taxes sur tous les produits chinois emballés dans du nylon. A l’autre bout de la planète, au Mexique, qui ouvre des enquêtes antidumping sur les produits chimiques et plastiques en provenance de Chine. Au Canada, qui impose en octobre 2024 des surtaxes de 100 % sur les véhicules électriques chinois, et de 25 % sur les produits d’acier et d’aluminium en provenance de ce pays. En octobre 2024 encore, dans cette Union européenne autrefois grande prêtresse du libre-échange, qui instaure des taxes pouvant atteindre 35,3 % sur les véhicules électriques importés de Chine. En Russie, ce partenaire très spécial de la Chine, qui légifère pour taxer les véhicules chinois constituant désormais la moitié des nouvelles ventes, contre 10% en 2022.
Une vague sans précédent
Global Trade Alert, observateur du commerce international basé en Suisse, calcule que 4650 restrictions à l’importation sont en vigueur en mars 2025 parmi les économies du G 20, soit 10 fois plus qu’en 2008. Nous avons donc affaire à une tendance lourde, qui s’était même imposée sous la Présidence Biden. En effet, Global Trade Alert indique que les restrictions à l’importation touchent aujourd’hui 90% des 5200 catégories de biens classifiées aux Etats-Unis, par rapport à 50% de ces marchandises qui faisaient l’objet de taxes au début du premier mandat de Trump. La Tax Foundation Think tank aux USA alerte sur le niveau des droits de douane à l’importation aux Etats-Unis qui reviennent au niveau de 1946.
Cela dit, l’avènement du second mandat de Trump annonce une prolifération en bonne et due forme de ces droits, taxes et tarifs. Une vague sans précédent de redirection des échanges se met en place à travers le globe. Les proches du Président américain tentent de ralentir ses ardeurs car il regrette publiquement de s’être laissé modérer lors de son premier mandat. Donald Trump envisage un droit universel qui s’appliquerait à la totalité des marchandises en provenance de tous les pays et compte faire de ces «tarifs» l’emblème de sa seconde Présidence. Quoiqu’il en soit, nous sommes à l’orée d’une escalade fondatrice, d’une «Libération», pour reprendre les termes de Donald Trump.
Une erreur d’appréciation
Par ailleurs, l’objectif de ce tsunami protectionniste est que ces «tarifs» remplissent les coffres de la Trésorerie et ramènent les emplois perdus. Seule une baisse drastique du déficit de la balance commerciale est susceptible, selon l’exécutif US, de réindustrialiser le pays et d’y traiter mieux ses cols bleus. Postulat erroné qui accorde une importance disproportionnée aux emplois industriels, alors que c’est le secteur des services qui est aujourd’hui devenu le grand pourvoyeur de travail.
Pour parvenir à ses fins, cette administration intervient directement et massivement pour réorienter l’économie. Cocasse, et hautement contradictoire, pour Donald Trump comme pour l’ensemble de son électorat qui plaident pour un rétrécissement des pouvoirs de l’Etat. Or, ne voilà-t-il pas que l’État redevient tout-puissant, qu’il est censé rendre aux Américains leur «liberté» et leur souveraineté économique?
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