Média indocile – nouvelle formule

# 25 février 2022

semaine n°8

Actuel

La longue marche vers le désastre

Jacques Pilet

Les optimistes dont nous étions ont cru que la diplomatie désamorcerait finalement la crise. Nous nous sommes trompés. Ceux qui avaient prévu ce qui est arrivé ne sont néanmoins pas plus avancés que les premiers vers une solution. Quand une guerre éclate, s’abandonner au déferlement des émotions, des regrets et des colères, est de peu d’utilité. Il s’agit plutôt de mieux comprendre comment on en est arrivé là. Pour entrevoir de lointaines issues après le désastre.

Depuis de nombreuses années, la Russie s’inquiète de voir l’OTAN à sa frontière. Elle est restée attachée par toutes sortes de liens historiques et personnels à l’Ukraine. Deux siècles de ménage commun. Même Soljenitsyne prônait son union avec la mère patrie! Poutine a demandé plusieurs fois que soit négocié un accord de sécurité tenant compte de ce nœud intime du passé. On peut juger ces sensibilités et ces craintes dépassées, injustifiées, mais c’est le ressenti qui détermine les comportements. L’Occident n’est donc pas entré en matière. Dix-sept pays européens sont devenus membres de l’OTAN depuis la chute de l’URSS. L’Ukraine était promise, tôt ou tard, à suivre le même chemin. La montée des tensions devint inexorable. Sans cesse attisées de surcroît par la sécession des «républiques» séparatistes, par un conflit larvé et meurtrier des deux côtés. Et aussi par le malaise d’une partie de la population russophone à qui le gouvernement de Kiev tentait d’imposer l’usage de l’ukrainien dans les écoles. Ces dernières semaines, on a peut-être cru sincèrement au Kremlin que la pression exercée par les manœuvres militaires à la frontière allait amener des concessions par la voie diplomatique, les innombrables entretiens. Mais ni les Européens ni les Américains n’ont voulu exclure une éventuelle, même lointaine adhésion de l’Ukraine à l’organisation atlantique. On peut gloser sur le bien-fondé ou les risques de cette politique mais le fait est que Poutine mis ainsi par sa faute dans l’impasse a dès lors misé sur la guerre, comme il y avait sans doute songé quelques fois auparavant.  Quelle guerre? Il est trop tôt pour le dire. L’expert en stratégie Alexandre Vautravers, rédacteur en chef de la «Revue militaire suisse» estime que l’invasion ne déboucherait pas sur une occupation classique, rue par rue, mais viserait plutôt à casser les infrastructures militaires et administratives du gouvernement. C’est bien avancé: tous les aéroports militaires sont détruits... Lire la suite...


Le dessin de la semaine

« Toujours la guerre... »

Un dessin Valott