Média indocile – nouvelle formule

Culture

Culture / L’invention du fait d'actualité en peinture


PARTAGER

Le 13 juillet 1793, Jean-Paul Marat est assassiné dans son bain par Charlotte Corday. La scène est immortalisée par le tableau de Jacques-Louis David, peintre célèbre qui partage son temps entre son atelier du Louvre et la Convention où il siège en tant que député montagnard. Son amitié avec Robespierre va briser sa famille et l'entraîner dans une aventure politique qui risquera de lui coûter la vie...



La création de ce tableau, devenu une icône de la Révolution, est indissociable de ce drame et Alain Le Ninèze en conte l’histoire dans un livre paraissant ce mois-ci aux Ateliers Henry Dougier.

Le 13 juillet 1793, Charlotte Corday, une républicaine modérée, est venue voir Marat en lui présentant une lettre disant: j’ai besoin de votre protection. On lui ouvre la porte, elle plante un poignard dans le cœur du Montagnard. Dans Paris, l’émotion est considérable. 

Le plus étonnant, c’est que la veille de l’assassinat, le 12 juillet au soir, David était venu rendre visite à Marat pour prendre des nouvelles de sa santé. Son médecin, contre sa maladie de peau, son eczéma, n’avait trouvé pour seul remède que des bains d’eau soufrée et comme il souffrait tout le temps, Marat vivait dans sa baignoire et y travaillait en permanence pour son journal L’ami du peuple.

Le tableau

La Convention demande à David d’organiser les funérailles et de peindre un tableau glorifiant le martyr. Celui-ci sera réalisé en trois mois et aussitôt exposé dans la salle où siégeait la Convention.

Grande diagonale de lumière, le tableau est une huile sur toile de 165 sur 128 centimètres. Se détachant d’un fond brun-vert, Marat est représenté agonisant, la tête enveloppée d’un turban blanc. D’une main pendante, il tient une plume, de l’autre, sur une planche recouverte d’un tissu vert, une feuille manuscrite: «Du 13 juillet 1793. Marie Anne Charlotte Corday au citoyen Marat. Il suffit que je sois bien malheureuse pour avoir droit à votre bienveillance». Son corps est appuyé contre la baignoire que recouvre un drap blanc souillé de sang, à ses pieds se trouve un couteau à manche blanc. A droite est placé un billot de bois sur lequel sont posés un encrier, une deuxième plume, un assignat et une autre feuille de papier manuscrite avec le texte «Vous donnerez cet assignat à cette mère de 5 enfants dont le mari est mort pour la défense de la patrie.» Au bas du billot, l’œuvre est signée: «A Marat, David. — L'an deux.»

«Marat assassiné», Jacques-Louis David, 1793.

La première peinture de fait divers

Par un décret du juillet 1794, la Convention ordonne que de nombreuses copies du tableau soient distribuées. Un graveur en exécute une reproduction sur une plaque de cuivre pour en tirer des estampes qui sont imprimées à un millier d’exemplaires et diffusées dans toute la France. 

A l’époque, les peintres peignaient des sujets inspirés de l’Antiquité ou de la Bible, et David lui-même jusque-là était un peintre de l’Antiquité romaine. Là, sous la pression de l’actualité, il représente un événement contemporain. C’est le début du journalisme, du reportage! Cela donnera Le Radeau de la Méduse, une toile de Géricault qui aura un retentissement considérable. Et aussi Delacroix avec La Liberté guidant le peuple, à la suite de l’insurrection de 1830, des Trois Glorieuses.

David et Robespierre

Le 8 juin 1794, au jardin des Tuileries, sur un bassin trône une pyramide de bois, Robespierre vêtu d’un habit bleu ciel et ceint d’une écharpe tricolore, met le feu aux images de l’Athéisme et de l’Egoïsme qui, une fois brûlées, laissent apparaître la Sagesse. Cette cérémonie qui devait être son apothéose fut le prélude de sa chute.

Après, David a failli être lui aussi guillotiné. Au moment du 9 Thermidor quand Robespierre a été arrêté et guillotiné, quand les révolutionnaire se sont entredévorés, David a été sommé de se défendre. Finalement, il est incarcéré et, enfermé, il peint le seul paysage de sa vie, l’allée arborée du parc qu’il aperçoit de sa fenêtre au palais du Luxembourg.

David et Napoléon

Après, c’est le Directoire et à cette époque, David rencontre lors d’une fête un jeune général de 27 ans, Bonaparte qui revient couvert de gloire des campagnes d’Italie. Comme ça marche entre eux, David l’invite à venir poser pour lui au Louvre pour pouvoir faire son portrait. Bonaparte accepte et vient au Louvre, où il pose durant trois heures. Le temps pour David de faire un magnifique portrait. Le reste du tableau n’a jamais été peint. Sous le Consulat, toujours fasciné, David réalise d’autres toiles dont celle représentant Bonaparte franchissant les Alpes. Le 18 brumaire, Bonaparte devenu l’Empereur Napoléon, propose à David d’être le peintre officiel du régime. David peint un gigantesque tableau de 10 mètres sur 6, Le Sacre de Napoléon.

«Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard», quatrième version, Jacques-Louis David, 1803.

Le Louvre

Bref, l’année où se passe cette histoire, en 1793, événement sensationnel et important entre tous, le Louvre cesse d’être une demeure royale pour devenir, grâce aux Conventionnels, le Museum Central de la République.


«Un martyr de la Révolution selon David», Alain Le Ninèze, Atelier Henry Dougier, 136 pages.

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

0 Commentaire

À lire aussi