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CHRONIQUE / Ainsi parlait Zaza

Un café, l’addition, etc.

L a plume qui caresse ou qui pique sans tabou, c’est celle d’Isabelle Falconnier, qui s’intéresse à tout ce qui vous intéresse. La vie, l’amour, la mort, les people, le menu de ce soir.

Vous avez tous connu ce moment. On a besoin de faire pipi. On doit passer un coup de fil tranquille. On a un moment à tuer entre deux trains, ou un rendez-vous entre deux mêmes trains. Alors on entre dans le premier café venu, on s’assied, le serveur ou la serveuse s’approche, et c’est là que les problèmes commencent. Parce que vous n’avez pas soif, en fait, vous n’avez envie de rien en particulier, il n’est pas l’heure de manger, vous voulez juste un endroit où vous poser momentanément, un espace à vous, provisoire, avec un siège et une table pour poser vos affaires, ouvrir un journal, votre ordinateur. Un petit bout de maison.

Vous seriez ravis de ne rien commander. Mais voilà, il faut commander quelque chose. C’est le principe. Lorsqu’on a envie de rien, un verre d’eau fait l’affaire partout ailleurs. Mais on ne commande pas un verre d’eau au café. On commande une bouteille d’eau minérale. Or vous le savez bien, la bouteille d’eau minérale coûte une blinde, c’est même l’arnaque numéro un de la carte de tous les cafés-restaurants. Déjà qu’a priori vous ne voulez rien, vous n’allez pas en plus jouer les pigeons. Vous optez pour la solution minimale: un expresso. C’est la boisson la plus petite et la moins chère de la carte. La serveuse, ou le serveur, le sait aussi. C’est pour cela qu’on vous demande si vous ne voulez pas un croissant, ou une pâtisserie avec. Non, vous ne voulez rien d’autre, merci. De fait, vous ne vouliez rien, du coup lorsque le café arrive, vous le touchez à peine, voire pas du tout. Le serveur, ou la serveuse, le remarque. Parfois, moins par gentillesse que pour vous faire comprendre qu’il est vexé que vous ne daigniez pas consommer ce qu’il a préparé pour vous, il vous demande: «Je vous le réchauffe?»

Une fois, j’ai tenté d’expliquer. Que le café était sûrement très bon, mais que je n’en avais pas envie, ni de café ni de rien d’autre, que je voulais juste un endroit où me poser, que le prix de la consommation était de fait le prix de la location d’une place dans son café durant quelques minutes. Le serveur m’a regardé comme une folle. Depuis, j’évite. Je squatte discrètement ma place, j’avale mon petit noir et puis me replonge dans la course folle des planètes et des trains.


Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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