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CHRONIQUE / RAS-LE-BOL

Pissez avant d'embarquer!

P ayer pour ce qui était gratuit? C'est à la mode. Certes les restos ne vous font pas encore payer pour vous réserver une table près de la fenêtre ou sur la terrasse et votre dentiste ne vous taxe pas encore si vous avez besoin d'aller aux toilettes pendant les longues attentes, mais pour combien de temps encore?

Tous rêvent d'imiter le monstre culot des compagnies aériennes, qui ont découvert depuis peu qu'elles pouvaient vous vendre plein de trucs naguère gratuits et que cela leur rapportait gros. Très gros même: près de 30 milliards, oui milliards, avec neuf zéros, rien que cette année.

Ainsi, par exemple, en 2017, EasyJet, qui effectue un millier de vols par jour, encaissera près de 1,5 milliard de francs (22 % de ses revenus) en recettes dites «annexes» en vous faisant payer pour le choix de votre siège (entre 5,95 et 39,95 francs), de l'enregistrement de vos bagages (parfois plus de 50 francs par trajet), de vos skis, pour un changement de vol, de date, de nom, etc., sans parler de la nourriture et des boissons à bord.

Swiss a même poussé le bouchon plus loin, faisant non seulement payer ses sièges en classe économique, mais étant assez gonflé pour exiger de ses clients en classe Affaires jusqu'à 200 francs par trajet pour un siège dit «privacy» (soit un siège individuel). Swiss vous taxe aussi pour bloquer un tarif pendant 24 heures ou pour l'utilisation d'une carte de crédit lors de votre réservation en ligne. Et, évidemment, touche sa petite comm' si vous réservez une chambre d'hôtel ou une voiture de location en même temps que votre vol.

A quand les toilettes payantes à bord? Ne riez pas, certaines compagnies, Ryanair notamment, y songent sérieusement…

Payer pour ce que vous ne voulez pas? C'est aussi à la mode. Vous voulez lire (sic) Le Matin Dimanche? Que cela vous plaise ou pas, il vous faudra également payer pour des «produits» dont vous n'avez peut-être rien à fiche, à savoir Femina, Encore ou Télé Top Matin. C'est sans doute ce que l'on appelle le soutien individuel à la p(a)resse, et notamment au Matin Dimanche, qui en a bien besoin, ayant vu son tirage passer de 180'000 exemplaires en 2011 à 100'000 en 2017 et ayant au passage, perdu une bonne moitié de ses lecteurs.

Payer pour les autres? Cela se fait parfois au nom du principe de la solidarité (AVS par exemple). Mais c''est aussi très «mode» dans le domaine fiscal puisque quelque 93'000 ménages vaudois (24 %) tout autant de genevois (34 %) et 10'000 ménages jurassiens (33 %) sont exonérés d'impôts.

On peut évidemment renoncer à prendre l'avion. Pas pratique pour les vacances et escapades diverses. On peut aussi voyager sans bagages, ne pas réserver de siège, emporter nos propres sandwichs et une bouteille de flotte. On peut aussi renoncer au Matin Dimanche (c'est déjà plus facile). Par contre, impossible pour les célibataires et les couples dits de la «classe moyenne» de ne plus se faire tondre par les impôts.

Z'en avez pas un peu ras-le-bol parfois?

Michael Wyler

Heureux retraité, Michael Wyler est un «ex». Ex avocat, ex directeur de feu le Groupe Swissair en Chine et ex dircom....

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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