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CHRONIQUE / RAS-LE-BOL

Paradis pour les uns...

3 millions. C'est le nombre de nuitées passées en Thaïlande par les quelque 210'000 touristes suisses qui s'y sont rendu en 2017.

On leur pardonnera bien sûr ne ne pas connaître le nom du nouveau roi Maha Vajiralongkorn Bodindradebayavarankun, plus connu sous le nom de Rama X ou de ne pas savoir que ce pays compte 70 millions d'habitants et qu'il est grand comme 12 fois la Suisse.

Après tout, les visiteurs Suisses – on estime que près de 70% d'entre eux sont des hommes – ne viennent pas en Thaïlande pour parfaire leur connaissance du bouddhisme Theravâda, mais pour profiter des plages, de la nourriture, d'une hôtellerie aux prix avantageux et de magnifiques massages à moins de 10 francs l'heure.

A ce propos... j'aimerais vous présenter Nok. Elle vient de fêter ses 39 ans. Elle est masseuse et, comme nombre de ses collègues, elle vient de Issan, la province pauvre du nord-est du pays. Histoire classique en Thaïlande, elle a eu un enfant à 20 ans, le papa s'est barré dès qu'il a su qu'elle était enceinte. Elle vit avec sa fille de 19 ans à Bangkok, dans une minuscule chambrette, équipée d'un réchaud. Sans salle de bains privative. Son loyer: l'équivalent de 100 francs par mois.

Nok travaille dans un salon «propre en ordre». Entendez: on y pratique des massages sans sexe, sans «happy ending» comme on dit ici. Elle commence à 10h du matin et termine à 2h, six jours par semaine.  Elle touche 1/3 de ce que paie le client, soit environ 3 francs par heure de massage. Pendant la haute saison, tout baigne: sur ses 16 heures de présence, elle arrive à faire 6-7 massages par jour et travaillant 6 jours par semaine, elle atteint un revenu mensuel de 550 francs, pourboires inclus. Ce qui lui permet d'envoyer de l'argent à ses parents, âgés, et sans AVS ni 2e pilier, termes inconnus au Royaume.

En basse saison, c'est moins drôle: son revenu est divisé par trois. Mais pas ses heures de présence. Pas de clients = pas de revenu. Et la semaine de vacances qu'elle prend une fois l'an pour aller visiter sa famille, c'est évidemment une semaine sans revenus.

Je ne cherche pas à vous tirer des larmes. Sachez toutefois, chers touristes, qu'elles sont des centaines de milliers comme elles.  Elles sont aussi des dizaines de milliers à s'adonner à la prostitution – ni par choix, ni par plaisir – et c'est ce qui explique pourquoi la Thaïlande est une destination chouchou de nombreux vieux Allemands obèses, des Anglais et Australiens bedonnants, des Suisses à la recherche d'exotisme sexuel, etc. C'est jeune, c'est sympa, c'est pas cher et vogue la galère...

Alors oui, les îles sont enchanteresses, les plages magnifiques, la nourriture un régal et (pour nous, Occidentaux) les prix bas. Mais la médaille à son revers dans ce pays où l'extrême richesse côtoie une pauvreté tout aussi extrême. Qu'en pensent les Suisses qui ont épousé une femme thaïe et vivent dans ce pays? Ils sont assez nombreux. J'en ai rencontré certains et ce sera le sujet d'un petit reportage dans Bon pour la tête.

Michael Wyler

Heureux retraité, Michael Wyler est un «ex». Ex avocat, ex directeur de feu le Groupe Swissair en Chine et ex dircom....

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