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La chronique d’Isabelle Falconnier

J’veux du soleil!

L a plume qui caresse ou qui pique sans tabou, c’est celle d’Isabelle Falconnier, qui s’intéresse à tout ce qui vous intéresse. La vie, l’amour, la mort, les people, le menu de ce soir.

Un soir, en début de semaine, au lieu d’éteindre le poste de télévision après le téléjournal, je reste à flemmarder sur le canapé durant la sacro-sainte météo. Une fois de plus, c’est une semaine de soleil qui s’annonce. Tout comme la semaine dernière, et celle d’avant. C’est une «belle» semaine qui s’annonce, nous informe ainsi l’adorable Maria Mettral avec un grand sourire. Quelques «menaces» orageuses en fin de semaine, mais à peine, rassurez-vous.

Je résume: cela fait des semaines que nous voyons lors de ce même téléjournal agriculteurs et maraichers se désoler devant leurs champs assoiffés, redoutant chaque jour supplémentaire de sécheresse, mais youpla boum, nous devrions nous réjouir avec la Miss Météo de la télévision romande du soleil qui persiste. 

Cela fait des semaines que nous sommes invités à rester à la maison pour cause de méchant virus, et instamment priés de ne pas nous entasser au bord des lacs et dans les parcs publics, mais nous devrions nous réjouir de ce beau temps qui rend si séduisants les jeux de société et autres activités confinées dans nos appartements.

Longtemps, la météo a intéressé, avec raison, les marins, les paysans et tous ceux pour qui les manifestations de la nature avaient une incidence sur leur activité. Aujourd’hui, pour l’immense majorité d’entre nous, le temps qu’il fait n’a aucun impact sur notre activité professionnelle, réalisée depuis un bureau, une salle de classe, une usine ou un cabinet médical. Et pourtant, la seule chose qui nous importe, c’est qu’il fasse «beau», en parfaits égoïstes urbains déconnectés des réalités de la terre que nous sommes. A écouter les bulletins météos de notre télévision, la population des téléspectateurs n’est qu’une bande d’écervelés obnubilés par ses barbecues sur l’herbe, estimant que la pluie est un défaut de fabrication de la nature et le froid un indice boursier à la baisse. L’annonce, en ce lundi, que la semaine allait être encore une fois ensoleillée était, d’un point de vue rationnel autant que pour les gens réellement concernés par cette information, davantage une mauvaise qu’une bonne nouvelle.

Mais imaginez-vous Maria Mettral ouvrir son rendez-vous du soir la mine sombre, comme à l’annonce d’un attentat ou d’une flambée des morts du Coronarivus? Inimaginable.

C’est que la météo de chaines généralistes comme la RTS a perdu tout intérêt purement météorologique. Elle n’est pas réellement faite pour informer mais pour rassurer, flatter, permettre au mieux au téléspectateur de préparer sagement ses habits du lendemain, vendre de précieuses secondes publicitaires et, donc, distraire. Ce n’est pas pour rien que les concours de Miss sont un vivier exceptionnel pour recruter les présentatrices de la météo et que les chaines maniant humour et ironie comme Canal + ont fait de cette matière un objet ironique décalé servant de tremplin à des futures humoristes et comédiennes.

Salades ou pas, the show must go on!

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

1 Commentaire

@stef 24.05.2020 | 17h24

«Ah, comme il serait bon de revenir à une météo purement “agricole“ et utilitaire, loin de la pression d'une société des loisirs qui s'éloigne de plus en plus des standards d'une compatibilité avec l'écosystème !»


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