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CHRONIQUE / Ainsi parlait Zaza

Fessée au fitness

L a plume qui caresse ou qui pique sans tabou, c’est celle d’Isabelle Falconnier, qui s’intéresse à tout ce qui vous intéresse. La vie, l’amour, la mort, les people, le menu de ce soir.

Une des mes bonnes résolutions de janvier ayant tenu jusqu’à nos temps estivaux, je me retrouve régulièrement dans une salle de sport aux parois recouvertes d’écrans de télévision. Sur ces écrans défilent non-stop des filles sublimes en maillots de bain ou sous-vêtements sexy, la télécommande étant manifestement restée figée sur les défilés de la marque de lingerie fine Victoria’s Secret et les campagnes publicitaires des fabricants de bikinis. Du coup, je transpire et sue sur mon tapis de course forcée de regarder des déesses blondes aux seins triomphants batifoler sur des plages de rêve ou émerger de cascades paradisiaques.

Ce n’est pas désagréable. C’est bien pire: c’est énervant, rageant, exaspérant.

Deux théories s’affrontent lorsqu’on veut encourager un élève à mieux travailler à l’école: soit on se fâche en grondant l’enfant, le sermonnant en convoquant l’exemple du premier de classe, voire le terrorisant et le vouant aux pires gémonies, lui signifiant sa nullité en le traitant de tous les noms, éventuellement en lui fichant deux claques et le punissant sans état d’âme. Soit, au contraire, on l’encourage en relativisant son échec, on le rassure en évoquant le dernier de classe qu’il n’est pas tout-à-fait, on valorise les compétences dont il a fait preuve en lui expliquant qu’il est déjà génial et qu’il suffit de peu pour l’être davantage. Les parents qui ont lu Dolto appliquent la deuxième théorie. Tous les autres tentent alternativement l’une et l’autre.

La même question devrait se poser aux fitness et autres lieux de remise en forme: vaut-il mieux punir ou encourager pour atteindre le but voulu? Vaut-il mieux montrer l’image de ce que l’on veut atteindre, ou de ce que l’on veut fuir? Faut-il du coup montrer des top-models ou des thons? Des femmes belles et désirables ou des femmes moches et obèses auxquelles on ne désire pas ressembler?

Clairement, le fitness que je visite, comme 100% des fitness du monde, a opté pour la première solution. A tort! Aucune des femmes transpirant sur leur tapis de course ne pense réellement qu’à force de sueur, elle ressemblera à un des Anges de Victoria’s Secret. Du coup, ce lavage de cerveau par écrans télévisuels obligatoire n’est pas désagréable: il est énervant, rageant, exaspérant.

Moi, je veux voir du thon, de la grosse femme obèse aux cheveux gras, de la cellulite en plaque, des bourrelets en pagaille, des boudins insortables quand je pédale en suant. J’ai besoin d’être rassurée, encouragée, valorisée. Evidemment, et c’est tout le problème, je fais partie de la clientèle féminine de l’établissement. Concernant l’autre partie de la clientèle, je ne vous fais pas un dessin.


Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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