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Chroniques / Courage, Monsieur Basset

Anna Lietti

5 octobre 2020

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Que faire quand, au nom de l'anti-sexisme, des ados revendiquent le droit d'adopter un code vestimentaire hypersexualisé qui fleure le cliché machiste à plein nez? Toute ma sympathique au directeur du cycle de Pinchat, au centre de la polémique du «T-shirt de la honte».



Certains métiers me paraissent si effrayants que je suis pleine de reconnaissance envers ceux qui s’y collent. Chauffeur poids lourds. Reine d’Angleterre. Directeur d’école secondaire.

En cette rentrée 2020, toute ma sympathie va à celui du cycle d’orientation de Pinchat à Genève. Alain Basset, l’homme au centre de la polémique sur le «T-shirt de la honte». Accusé d’alimenter la culture du viol en forçant les adolescentes à couvrir nombrils et épaules nus d’une sorte de T-tchador assorti d’une inscription stigmatisante: «J’ai une tenue adéquate». Humiliation. Violence insoutenable.

Alain Basset a donc tout faux. Zéro de conduite. La question est: comment aurait-il pu faire juste? La loi scolaire exige des élèves qu’ils arborent une tenue «correcte et adaptée au cadre scolaire». Concrètement, a expliqué le directeur de Pinchat à la Tribune de Genève, garçons et filles défient la règle sur des registres différenciés. Leur truc à eux, ce sont les T-shirts «problématiques», arborant insultes ou pubs pour l’alcool. Leur truc à elles, les shorts, les dos nus et les crop tops, ces hauts courts qui dévoilent le ventre.

Le T-shirt XXL est entré à Pinchat, à la demande de parents et élèves, comme alternative au renvoi à la maison des ados en infraction. Et comme ledit T-shirt ne revenait jamais à l’école, on y a imprimé le nom du cycle. Puis, des élèves ont eu la riche idée d’y ajouter l’inscription «tenue adéquate», si horripilante... Trop d’écoute, est-ce la seule vraie faute du directeur?

Son drame, le voici: comme tous ceux qui croient s’habiller comme bon leur semble, les ados suivent les modes. En 2020, la tendance dans les cours d’école est à un look «bad boy» pour les garçons et «bimbo» pour les filles. En français: voyous et poupées. Il s’agit d’un code vestimentaire hypersexualisé, à mille lieues du déshabillé nature et unisexe des babas vieillissants (voir ma chronique du 7 septembre). Cette hypersexualisation, et les clichés machistes auxquels elle renvoie, ont de quoi troubler toute personne de bonne foi, pourvu, bien sûr, qu’elle n’ait pas treize ans et le nez dans le guidon de l’exploration d’un corps en mutation ainsi que de son effet sur les autres.

C’est une mode, on ne va pas en faire un plat. Mais quand une bimbo de cour d’école vous explique les yeux dans les yeux que c’est uniquement le regard des hommes qui sexualise son corps et qu’elle n’a rien à voir là-dedans, vous faites quoi? Si vous êtes un directeur responsable, vous n’entrez pas dans ce débat glissant et vous vous en tenez au respect des codes.

Courage, Monsieur Basset.

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

10 Commentaires

@mleine 05.10.2020 | 08h16

«Merci de nous avoir relaté l'historique de ce T-Shirt et fait part de vos réflexions face à une polémique qui me rend mal à l'aise.
Et en effet, bon courage, Monsieur Basset.»


@Ralph 05.10.2020 | 13h42

«La soi-disant liberté de s’habiller comme les jeunes le souhaitent. Alors qu’il sont, comme bien d’autres, les jouets du marketing ! Les jeunes peut-être (à voir) plus que les autres, car jeunes et à la fois très conformistes et contestataires !»


@Rolando 05.10.2020 | 17h19

«Enfin un journal (Bon pour la Tête) qui ose aller à contre courant des avis "politiquement corrects" qui clament que les jeunes s'habillent n'importe comment.
Elles seraient traumatisées, ces jeunes filles, victimes des vilains adultes !
Des clous, oui. Tenez bon , M. Basset ! »


@MCR 08.10.2020 | 20h59

«Bravo pour ce texte magnifique. Il faudrait proposer à ces demoiselles de lire les très informatifs chapitres sur la séduction du "Singe Nu" (Naked Ape) de Desmond Morris, qui analyse - en suivant les canons de l'éthologie - les comportements masculins et féminin sous l'angle reproductif... L'on y apprend, si je me souviens bien, que le nombril à l'air a pour objectif essentiel de convaincre le partenaire du fait que la demoiselle n'est pas encore enceinte, et donc représente une cible reproductive intéressante. Ce que ces jeunes filles nieraient évidemment avec la dernière énergie. Leur vêtement est leur bon plaisir, et ne véhicule aucun message... »


@ʕʘ̅͜ʘ̅ʔ 11.10.2020 | 14h08

«Voici l'éloge de la docilité par un média qui se veut indocile ...
Comment peut-on soutenir une démarche qui n'est rien d'autre qu'une mise au pilori ou une marque du bannissement ? Je trouve ceci totalement affligeant ce manque de créativité et de pédagogie. Ce n'est pas non plus les élèves que j'ai entendus argumenter que cela perturbe les professeurs masculins; j'hallucine, j'ai dû regarder ma montre pour vérifier que je n'étais pas remonté dans le temps ! Bin non on régresse c'est tout. Je trouve ceci assez dégradant pour la très probable quasi-totalité des enseignants que ne se sente pas perturbé par le nombril d'une adolescente et son look "Bimbo" et si on veut rester dans l'hétérosexualité bien pensante pareille pour une enseignante enivrée par le look "Bad Boy" d'un adolescent viril. Vraiment, a-t-il tout faux ? Moi je dis oui, zéro de pédagogie. »


@automne 11.10.2020 | 17h15

«Bravo! Et merci pour ce commentaire! Je suis tellement d'accord avec vous. Cette hypersexualisation des ados est lamentable et le discours des féministes encore pire car elles parlent de cette question vestimentaires comme si cela ne concernait que les filles, ce qui est clairement faux, ensuite elles parlent de femmes et de violences. Or, il est question de filles et de concentration. Revenons à l'uniforme (pas besoin qu'il soit militaire ni aussi stricte que dans des écoles anglaises), mais une même tenue pour tout le monde, garçon et fille. ça mettrait tout le monde sur le même niveau social et n'exciterait pas les égos de ces ados.
»


@guy.mettan 11.10.2020 | 19h03

«Très bien vu. Bravo Anna »


@Lore 11.10.2020 | 19h56

«Le débat sur le code vestimentaire est nécessaire. Les enseignants et leurs directions sont pour la plupart soucieux d’accompagner les élèves dans cette étape de questionnements fructueux et nécessaires au moment de l’adolescence. Ils doivent en même temps enseigner leurs matières, donner envie aux jeunes de s’investir dans le plaisir de la connaissance alors que ceux-ci/celles-ci sont souvent préoccupés/ées par le plaisir (et l’angoisse) de plaire, de comprendre leurs corps et leurs émotions corporelles et sentimentales.
Le mieux qui puisse arriver aux jeunes est de faire une rencontre heureuse avec un/une partenaire avec la/lequel/le ils/elles peuvent dialoguer et découvrir le plaisir des connaissances et des sens et débattre du code vestimentaire dans une relation amoureuse ou amicale respectueuse.
Le problème c’est souvent l’effet de groupe et pour cela il est important de créer le débat au sein des écoles avec toutes les personnes concernées, adultes et adolescents. Nous avons toujours des choses intéressantes à apprendre les uns des autres, ayons confiance dans la valeur du débat au sein des écoles et payons les enseignants pour ce travail supplémentaire.
Le t-shirt a été une tentative inadéquate de trouver une solution radicale peut-être; un véritable débat au sein des écoles pourrait être une manière de se vêtir d’un savoir respectueux du vivre-ensemble au sein de l’école.
»


@Gio 12.10.2020 | 06h10

«Encore un article bien mené Madame Lietti; j’aime votre plume toujours guidée par le bon sens. Nos ados agissent en ados, ils ont tous les droits et aucun devoir. Apporter son soutien à l’adulte-éducateur ne coule pas de source. Bravo!»


@stef 25.10.2020 | 20h50

«Très bien dit, bravo »