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AILLEURS / Tourisme

«Pour ne pas finir comme
des figurants dans nos propres villes»

L es manifestations d’hostilité au tourisme de masse en Espagne, en Italie et au Portugal laissent pantois les amateurs de voyages vers ces pays. Sont-ils vraiment mal vus? En fait, c’est le problème immobilier qui exacerbe les mécontentements. Aucune solution n’est en vue. La colère risque bien de monter encore. Trois articles donnent la température.

Le site espagnol eldiario.es, plateforme de journalisme indépendant:
«Los ciudadanos españoles como figurantes de un parque temático turístico»

«L’argent étant l’arme de ce combat inégal, les propriétaires de maisons de vacances ainsi que leurs clients seront toujours les plus forts. Les grands naïfs qui veulent se loger à l’année sont condamnés à rester sur la touche (...). C’est dans les Baléares que la situation est la plus extrême. Médecins, policiers et d’autres fonctionnaires – voire même le personnel hôtelier – ne trouvent pas de logement à Ibiza à hauteur de leurs moyens. Les chambres et même les balcons y sont loués à des tarifs absurdes. Faute de candidats, des postes dans le système de santé ou dans la police restent vacants. Ce sont des problèmes pour la société qu’ignorent ceux qui ne font que vanter les mérites du tourisme.»


Le journal croate Vecernji List:
«Turizam je najbolji poslodavac i jedan od najvećih štetočina»

«C’est de plus en plus flagrant: le tourisme de masse moderne est un secteur économique assez agressif qui pollue l’environnement, détruit la nature, augmente l’émission de gaz à effet de serre, mais surtout détruit le mode de vie des habitants des villes et des lieux choisis comme destination par les nomades des temps modernes. Il a déjà suscité des mouvements de protestation, voire de rébellion. Si certains sont pacifiques, comme à Venise, d’autres sont plus agressifs, comme à Barcelone (...). En bref, le tourisme détruit le terreau sur lequel il a poussé. Tôt ou tard, les autochtones s’organiseront et repousseront les intrus. C’est une question de temps.»


L’hebdomadaire portugais Expresso:
«Turismo para que a prosperidade não nos mate»

«Nous ne pouvons pas tolérer que les habitants soient chassés des centres urbains, comme c’est déjà le cas dans de nombreuses grandes villes, qui se sont transformées en véritables hôtels (...). Ni non plus que Lisbonne et Porto perdent ce qui fait leur caractère, et qu’elles se muent en parcs à thème. Pourquoi? Premièrement, pour préserver ce qui confère au tourisme sa durabilité, mais aussi pour que nous ne finissions pas comme figurants dans nos propres villes (...). Nous avons besoin de villes multifonctionnelles, et non pas de "villes cartes postales", dans lesquelles auraient disparu les institutions nécessaires pour la population au motif qu’elles font tâche (...). Nous avons besoin du tourisme pour survivre. Mais si nous ne voulons pas qu'il nuise plus qu’il ne profite aux gens, les politiques doivent enfin commencer à penser sur le long terme.»


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