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ACTUEL / Production d'habits H&M

Promettre le minimum vital et payer la misère

D ysfonctionnement chez les fournisseurs d’H&M: dans ses usines de production bulgares, le personnel gagne moins d’un dixième du minimum vital. La situation n'est pas plus réjouissante en Turquie, au Cambodge ou en Inde.


Un article original de Infosperber

Une traduction de Diana-Alice Ramsauer


En vendant des habits bon marché, le groupe de mode suédois H&M réussit à faire chaque année des milliards de bénéfice. Le résultat net de l’année dernière a d’ailleurs été de 1,63 milliard d’euros. Ce ne sont pourtant pas les employés engagés dans la production qui en profitent: ils travaillent pour un salaire de misère et doivent faire d’innombrables heures supplémentaires pour survivre.

Une nouvelle étude menée par Public Eye et Clean Clothes (campagne internationale) montre que de nombreux employés travaillant chez les fournisseurs de H&M vivent bien en dessous du seuil de pauvreté, alors que le groupe de mode leur avait promis un salaire au minimum vital pour 2018. Dans les entreprises qui ont fait l’objet de l’étude, les employé-es ne gagnent pas assez (et de loin pas!) pour payer leur nourriture, leurs vêtements, leur logement, leurs médicaments et l’éducation de toute leur famille.

En comparaison, les travailleurs et travailleuses des fournisseurs au Cambodge gagent moins de la moitié d’un salaire considéré comme vital (ou «de subsistance»). En Inde et en Turquie, il s’agit d’environ un tiers. Et en Bulgarie la situation est tout simplement catastrophique: après une semaine de travail complète, un-e employé-e n’a même pas un dixième de ce dont il/elle aurait besoin pour vivre.


© Public Eye


L’étude s’est faite au travers de sondages auprès des travailleurs et travailleuses actives dans la production en Bulgarie, en Turquie, en Inde et au Cambodge. Tous et toutes les employé-es interrogé-es travaillent dans l’une des sociétés phare d’H&M, que le groupe qualifie lui-même de «Fournisseurs privilégiés et stratégiques» avec un statut «Gold» ou «Platinium» (NDLR: c'est-à-dire des fournisseurs importants)

44 heures supplémentaires par semaine

Cela doit sonner comme une insulte pour les employé-es. En effet, pour gagner le minimum vital, ils/elles doivent alors faire un nombre d’heures supplémentaires impressionnant, comme le raconte une employée d’une usine H&M Gold en Inde. «Nos salaires sont si bas que nous devons faire des heures supplémentaires pour couvrir nos besoins fondamentaux». Dans trois des six usines sondées, les heures supplémentaires dépassent souvent le maximum permis par la loi. «Nous entrons à l’usine à 8h du matin, mais nous ne savons jamais quand nous pourrons en ressortir. Parfois, il est 4h du matin», rapporte une couturière bulgare de l’usine Koush Moda, également fournisseur «Gold» chez H&M.

Malgré le nombre d’heures supplémentaires élevé, plusieurs personnes interrogées en Inde ne perçoivent pas le minimum légal – un salaire de toute manière à peine suffisant pour vivre. Dans l’usine de textile bulgare Koush Moda, les travailleurs et travailleuses faisaient en moyenne 44 heures supplémentaires par semaine au moment où l’étude était menée. Parfois ils/elles travaillaient jusqu’à 24 heures de suite. Sans ces heures en plus, ils/elles gagnent à peine 100 euros par mois – à peu près la moitié du salaire minimum légal. Pourtant, même avec des semaines de 84 heures, ils/elles ne perçoivent qu’un salaire de misère: 259 euros – un revenu mensuel inférieur au seuil de pauvreté en Bulgarie.

La promesse d’H&M d’offrir d’ici à 2018 et dans toutes les usines Gold et Platinium un «salaire digne» pour les quelque 850'000 travailleurs et travailleuses comprenait également le renforcement des syndicats dans les usines, afin qu’ils puissent se battre eux-mêmes pour de meilleurs salaires. Toutefois, comme le montrent les enquêtes actuelles sur place, le travail syndical est toujours bloqué dans certaines usines. En Turquie, en Bulgarie et au Cambodge, les travailleurs et travailleuses répondaient aux questions sur leur travail avec retenue, par peur de se faire licencier ou d’essuyer des représailles.

Pourtant, ce n’est ni aux couturières et couturiers, ni aux syndicats, ni même aux gouvernements des pays fournisseurs de veiller à ce que les entreprises d’habits payent dignement leurs employé-es. En l’occurrence, il est du devoir d’H&M de le faire en tant que client. Clean Clothes Campaign ainsi que Public Eye exigent donc qu’H&M «assume enfin ses responsabilités. Au-delà des effets d’annonce et des beaux slogans publicitaires, la firme doit prendre des mesures concrètes pour garantir le versement d’un salaire vital dans sa chaîne d’approvisionnement». Pour cela, le groupe suédois a besoin d’un plan de mesures contraignantes assorti d’objectifs à échéances précises quant au montant et à l’échelonnage de l’augmentation des salaires.

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

2 Commentaires

@JeanPaul80 10.10.2018 | 13h47

«Le "fairtrade" existe pour le café, les bananes , le cacao et bien d'autres produits, surtout alimentaires. On pourrait exiger une transparence absolue des fabricants d'habits, de baskets, de ballons de foot, garantissant que les salaires payés par les multinationales permettent de vivre correctement et que les ouvrier ne sont pas exploités. En tant que consommateurs, nous pouvons nous assurer de la provenance des articles vendus et de la garantie d'un travail rémunéré convenablement. Nous ne sommes pas obligés d'acheter... »


@Merco 10.10.2018 | 19h23

«merci. il faut sans cesse dénoncer ce genre d’exploitation...! et pour nous les consommateurs nous devons boycotter H&M jusqu’au changement!»


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