keyboard_arrow_left Retour
A VIF / Hommage

Ma rencontre avec Jeanne Moreau

L a comédienne romande Shin Iglesias se souvient comme si c'était hier de sa rencontre surréaliste avec Jeanne Moreau. C'était il y a dix-sept ans. A Lausanne.

Allez-vous me croire? C’était chez Globus à Lausanne. C’était en 2000.

La croiser chez Globus, au rayon alimentation je précise, a rendu cette rencontre un peu surréaliste et terriblement belle. Surréaliste parce que la femme que je regardais marcher dans ce magasin dans un corps plus petit que le mien c’était Jeanne Moreau!

Je suis plutôt discrète je ne voulais pas la déranger, mais d’un autre côté j’avais une folle envie de l’entendre. Je souhaitais enfermer sa voix secrètement dans mon cœur, comme un parfum rare.

Je l’ai, comme dans les films, hihihi, suivie un peu de loin, pour arriver en même temps à la caisse.

Un jeune homme l’accompagnait et c’est lui qui tenait le petit panier métallique avec l’anse rouge. Je me souviens encore aujourd’hui de ce qu’il y avait à l’intérieur du panier. Au début je ne voulais pas regarder, comme si elle n’était pas humaine, et qu’elle se nourrissait de la boisson des Dieux.

Mais c’est peut-être en voyant que nous aimions le même arôme pour les yaourts que j’ai osé.

En plus j’avais l’argument en or pour parler avec elle.

Je savais qu’elle allait mettre en scène Ludmila Mikael dans un texte de Margaret Edson au théâtre de Vidy. J’étais en répétition avec Denis Maillefer dans Bérénice et justement son actrice Ludmila Mikael avait joué aussi Bérénice dans une mise en scène de Klaus Michael Grüber.

Elle m’a dit qu’elle viendrait si elle pouvait, qu’elle en avait entendu parler.

Je vous promets que ça fait de l’effet comme réponse.

Nous nous sommes embrassées. J’ai promis d’aller voir sa pièce. Elle m’a juste pris le poignet, si délicatement, comme si j’avais un bracelet en perles qu’il ne fallait pas casser, que j’ai à peine sentie sa main, pour me souhaiter beaucoup de succès et elle est partie…

Jeanne, tu effleurais tout, absolument tout, mais avec force et passion, beauté et audace.

Un jour dans une interview, Jeanne Moreau en parlant de l’amour a dit (ce sont un peu ses mots, un peu les miens, puisque j'en ai juste le souvenir) :

«Pour aimer, vous savez il faut laisser de l’espace entre deux cœurs… vous devez imaginer que le vent doit passer entre les deux. Pas pour les séparer, mais pour respirer. Vous avez besoin d’air pour aimer, pour aimer toujours plus et toujours plus fort.»

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

© 2019 - Association Bon pour la tête | une création WGR