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ACTUEL / Paris autrement

Libertinage: du bout des doigts, en toute liberté

A ujourd’hui? Le mot libertinage ne renvoie plus guère qu’au sexe, à la proposition réductrice et lourde d’ «échangisme». Les vrais libertins modernes, aussi fascinés soient-ils par la sexualité, disent pratiquer aussi une approche différente de l’autre: dans la légèreté, dans la liberté certes, mais aussi dans le respect, dans la bienséance, dans le plaisir de la rencontre improvisée. L’écrivaine et bloggeuse Clarissa Rivière raconte pour nous son Paris libertin.

La grande tradition française du libertinage vit-elle encore? Il connut ses belles heures dans la littérature du XVIIe et du XVIIIe siècle. Dans bien des salons, le frisson de la liberté philosophique, si âpre à conquérir, se mêlait à celui des jeux galants.

On peut citer le philosophe et savant Pierre Gassendi, le médecin Gabriel Naudé (1600-1653), l’écrivain François La Mothe Le Vayer (1585-1672), le médecin du roi Guy de la Brosse (1586-1641) et plus tard l’écrivain Savinien de Cyrano de Bergerac. Pourquoi pas Voltaire avec ses Contes érotiques, Diderot avec ses Bijoux indiscrets? Et surtout le mythique roman épistolaire de Choderlos de Laclos (1782), Les liaisons dangereuses.


Le Paris libertin de Clarissa Rivière

Paris, ma ville que j'aime, que je ne me lasse pas de visiter, d’explorer, où j'aime me perdre… Plusieurs univers se côtoient, s'ignorent, se mélangent parfois.  

Paris, c’est d’abord la capitale connue du monde entier, la ville des amoureux, si romantique avec ses quais de Seine, ses monuments anciens, ses immeubles bien alignés, ses quartiers pleins de charme rappelant les villages d’autrefois, ses jardins où il fait bon flâner, ses places grandioses ou intimes... Une ville culturelle avant tout, offrant de grandes expositions, des musées innombrables: le petit et le grand palais, le Louvre que l'on ne présente plus, le Musée d'Orsay, mon musée préféré entre tous… Paris, c’est aussi la capitale de la mode, avec ses boutiques de luxe, ses grands magasins. 

«Un autre type de festivités m'interpelle»

La nuit, Paris s’illumine, l'opéra s'éclaire de mille feux, les théâtres bruissent de tirades, les noctambules investissent leur Paris festif, celui des bars où l'on discute toute la nuit entre habitués, des bars branchés qui débordent de clients jusque sur les trottoirs, des bars à la mode avec leur terrasse ou leur décoration design, où l’on trinque avant d’aller danser... mais je ne suis pas la mieux placée pour en parler, car un autre type de festivités m'interpelle.  

Et bien sûr, quand on évoque Paris, on pense tout de suite aussi au Paris érotique, celui du french cancan, des mœurs légères, aujourd'hui concentré à Pigalle, avec ses sex-shops, ses Live shows... toute une activité tapageuse autour du sexe, une espèce de vitrine clinquante et ringarde. Une autre activité cachée, n'offre aux regards des passants qu'une porte sombre avec une sonnette dorée: le libertinage. 

Je tente donc une visite guidée virtuelle de ce Paris libertin, à travers ses clubs. 

Croiser des corps connus

Impossible de ne pas commencer par le plus connu d'entre eux, le grand club emblématique de Paris, Les Chandelles, lieu glamour à la sélection impitoyable, visant une clientèle haut de gamme. Après avoir déposé nos manteaux au vestiaire, chaussé nos talons vertigineux, on descend dans de très belles caves décorées avec soin, façon boudoir ou maison close de la belle époque, avec une lumière dorée qui nous magnifie et fait briller les strass. On peut y dîner, la table est excellente, danser, avant de traverser le miroir et se retrouver dans un monde où règne la sensualité. Plusieurs pièces sont plongées dans la nuit, nos yeux s’habituent peu à peu à l’obscurité, et nous distinguons des étreintes, des corps nus en action, luisant faiblement...

Nous circulons entre les deux grandes salles séparées par un long couloir, l'une proposant plusieurs recoins à demi cachés; l'autre plus éclairée, exposée aux regards. Il y a aussi une chambre aux miroirs pouvant accueillir deux couples, et quelques voyeurs sur le seuil. L’ambiance est élégante, feutrée, troublée parfois par des soupirs, des gémissements...

A noter que l'après-midi, le club s'ouvre aux couples et aux hommes seuls, pour une ambiance bien plus torride, joyeuse, joueuse. Ne pas manquer en particulier le déjeuner scandaleux proposé tous les jeudis. Seul risque, retrouver par hasard quelques connaissances!

Caresses et accessoires

Le Taken, bien plus récent, talonne Les Chandelles : il est tout aussi beau, et plus détendu. Il se situe au cœur de Paris, sur l'Ile St Louis, et se déploie dans de grandes caves voûtées anciennes. Les lieux sont vastes, joliment décorés, un mélange baroque, moderne et vintage réussi, et mis en valeur par une belle lumière. Nous découvrons d’abord le bar, très accueillant, propice aux discussions, juste avant la piste de danse. On danse beaucoup au Taken, la piste de danse reste très animée à toute heure de la nuit, les derniers tubes tournent en boucle. Je parle en connaissance de cause, quand j’y suis allée la première fois, je n’ai fait que danser toute la nuit, oubliant de jouer les curieuses!

Une porte sur le côté nous conduit dans un dédale de couloirs. Tout de suite, un immense lit à baldaquin nous attire, avec ses voilages et son miroir. Souvent déserté en début de soirée, il sera pris d'assaut un peu plus tard. Plus loin, une chambre aux murs de miroirs propose un abri plus intime, on peut s’enfermer et oublier le reste du monde, on risque juste d’être regardé par la fenêtre! Tout au fond, la lumière se tamise encore, plusieurs banquettes s’offrent aux libertins, ainsi qu’un espace bdsm avec une croix de saint André. Plusieurs paddles et martinets sont accrochés au mur, pour le décorum surtout. Rien de très sérieux ne s'y déroule, on joue un peu avec le feu, on s'attache, on se caresse avec quelques accessoires...  

 «Pas de doute, on n'est pas là pour danser»

Le Mask est également un club incontournable de la capitale. Plus petit, il offre un espace intermédiaire au rez-de-chaussée où l’on peut prendre un verre, se séduire, se plaire, s’aborder… des masques sont mis à disposition pour les plus timides, ou ceux qui veulent se déguiser. J’avoue, lors de ma visite, je les ai tous essayés! Avant de renoncer à en porter un, pas très pratique pour boire une coupe de champagne…

Plus loin, les banquettes s'élargissent et accueillent des échanges de caresses plus poussés. Au sous-sol, les choses sérieuses sont directement lancées: un grand lit, de larges banquettes, le doute n'est plus possible, on est là pour s'aimer! Une minuscule piste de danse, la musique est souvent excellente, mais ici, on n'est pas là pour danser. 

Alors que L'Overside a clairement fait le choix d'une grande piste de danse, les espaces câlins sont isolés, à l'écart, on se croit d’abord dans une boîte classique. Haut lieu du libertinage parisien au début des années 2000, il semble qu'il soit aujourd'hui un peu en perte de vitesse. (Il faudrait que je reprenne mon bâton de pèlerin de journaliste terrain et que je juge sur pièces.) 

Paréo et déco kitsch

On trouve aussi à Paris des clubs «humides», c'est à dire avec un jacuzzi, un hammam, un sauna. Là, point de tenue de soirée exigée puisque dès notre arrivée on se déshabille, comme à la piscine mais sans le maillot de bain, et direction le bar en paréo! Ambiance de vacances garantie au Moon City et à L'Eclipse, avec leur déco kitch et vaguement orientale.

Le Moon aurait quand même besoin d'un rafraîchissement et d’un coup de peinture. Il offre un immense jacuzzi, et, à l'étage, des coins câlins pour tous les goûts: des cabines fermées ou ouvertes de toutes tailles, une grande salle pour des jeux plus collectifs. J’ai testé le brunch du dimanche matin avec deux amies. C’était bon de grignoter des viennoiseries, de bavarder, d’échanger des confidences, tout en profitant du jacuzzi et du reste, sous les œillades de ces messieurs. Certains nous ont même proposé des massages. Merci, une autre fois peut-être! L'Eclipse est plus petit, il n'est réservé qu'aux couples. 

Cris et chuchotis

D'autres clubs fleurissent dans Paris, je voudrais seulement citer Le 2+2, l'un des clubs historiques de Paris; Le château des Lys; Le WE ; Le Rituel Foch, un club sauna plus récent; Cris et Chuchotements, un club bdsm... Il en existe tant d'autres, dont la fréquentation laisse peut-être à désirer, mais un petit tour s'impose pour vérifier!

En dehors des clubs libertins, de plus en plus de soirées sont proposées. Les organisateurs louent des clubs, des salles, apportent leur touche originale, programmation musicale et décors. Ils demandent souvent de respecter un dress code, il y a parfois des shows, des performances… 
Au-delà des espaces libertins habituels, on peut aussi explorer les soirées spéciales, organisées par des privés dans des lieux inattendus. Exemples.
Embrassez qui vous voulez ou les soirées bdsm, en grand nombre. Là, il faut venir vêtu de cuir, de latex ou de vinyl! Par exemple, les événements organisés par Maîtresse K, La nuit Démonia, La Nuit élastique... pour ne citer qu'eux. Les dominatrices y sont chouchoutées par des soumis qui ne pensent qu’à leur faire plaisir! 
Un mot aussi sur les soirées inclassables, ludiques et sensuelles, comme les Soirées Kinky Salon ou Diagonale

Un régal en toute liberté

Pour commencer et vous initier en douceur, je vous recommande sans hésiter Divine Alcôve, un restaurant dédié aux libertins. C’est l’occasion de rencontrer d’autres libertins, de discuter des sujets qui nous intéressent en toute liberté, d’échanger des bonnes adresses… et plus si affinités! La conversation est générale, nous parlons et rions sans craindre de choquer l’entourage. Cerise sur le gâteau, le menu est un régal! La première fois que j’y suis allée, mes voisines de table m’ont entraînée autour de la barre de pole dance, et nous avons dansé sans nous soucier du regard de nos cavaliers. Ils ont même failli être oubliés… 


Quelques liens pour trouver sa tenue

•    La boutique Métamorph’Ose, pour choisir nos tenues libertines et fetish.

•    La boutique Démonia  où nous trouvons tout ce dont nous avons besoin pour les soirées bdsm et fetish

 

Difficile de choisir parmi tous les blogs libertins! Mais puisqu’il faut choisir: 

•    Paris Derrière

•    Eve de Candaulie

•    Vapeurs d’alcôve

•    Miss Dactari


Mesdames, quelques conseils pour votre première fois en club

•    Si vous y allez avec votre conjoint, bien discuter avant de attentes respectives, vos limites, ce que vous vous autorisez, pour éviter de vous faire de la peine inutilement. 
•    Dans l’idéal, il faudrait pouvoir bannir tout sentiment de jalousie. Envisager le club comme une «bulle», un monde clos dédié aux plaisirs. Ce qui s’y déroule ne compte pas, n’aura aucune conséquence sur votre couple.  
•    Vérifier sur le site du club que vous avez choisi le dress code exigé (en général, une robe sexy pour les femmes, pas de baskets ni de jeans pour les hommes). S’assurer aussi qu’il s’agit bien d’une soirée réservée aux couples, car les soirées avec des hommes seuls, ce n’est peut-être pas une bonne idée pour débuter! Dans un second temps, par contre…
•    Aller à votre rythme. La première fois, vous pouvez vous contenter de «regarder». Finalement, vous vous laisserez peut-être prendre par l’ambiance, et vous déraperez qui sait… 
•    Ne faire que ce qui vous plaît, ne vous obliger à rien, seul le plaisir doit vous guider. Même si vous avez accepté une caresse, vous pouvez l’arrêter à tout moment, un libertin s’inclinera avec grâce et respectera votre choix sans demander d’explication. 
•    Ne pas hésiter à repousser les libertins aguerris qui vous abordent un peu trop vite ou trop directement. Ils n’ont peut-être pas détecté une débutante. Dire que c’est votre première fois, ils comprendront, et se souviendront de leur propre expérience!
•    Ne pas s’étonner d’être approchée par une fille, c’est souvent par les filles que les échanges commencent, en douceur. 
•    Laisser de côté votre pudeur naturelle, vos complexes, votre timidité. Dans un club, on se débarrasse du poids des conventions sociales, des mondanités obligatoires, on peut être soi-même, exprimer ses désirs, ses réticences, en toute liberté. 
 
Un seul mot d’ordre: la liberté, une évidence pour les libertins! 


Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Luc Debraine, Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Florence Perret, Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

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