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ACTUEL / On persécute bien les croyants

Cris de Chine

L e parti annonce en ce début avril deux grandes nouvelles: la publication d’un livre blanc sur la «liberté de croyance religieuse» et la signature «imminente» (ou pas) d’un accord historique avec le Vatican concernant la nomination – sous contrôle du PCCC – des évêques. Aucune allusion en revanche aux bibles qui depuis deux semaines sont retirées des rayons, aux églises non-officielles que les sbires de Xi ferment, détruisent sans relâche ni aux chrétiens et musulmans (notamment) qu’ils persécutent chaque jour davantage.

Il ne fait pas bon croire en un autre Dieu que Xi Jinping en Chine. Depuis quelques mois, tout symbole chrétien, qu’il s’agisse d’icônes, de crucifix ou de crèches, sont tout bonnement interdits. Notamment dans la province du Jiangxi (sud-est), dénonçait il y a peu le South China Morning Post. Plus de 600 signes religieux domestiques y ont en effet été retirés pour laisser place à… 453 portraits de l’empereur Xi 1er. Un secrétaire général qui en cinq ans a réussi non seulement à mettre une chape de plomb sur l’Empire du Milieu mais aussi à devenir, comme Mao avant lui, leader à vie. Voilà pour le mois dernier.

Aujourd’hui, c’est au tour d’un livre blanc sur les religions d’être publié à grand fracas. Dépêches en rafale sur Xinhua et les autres supports de propagande. Non pas sous la rubrique «société», pensez donc, l’info est bien «politique». Dans «Politiques et pratiques chinoises en matière de protection de la liberté de croyance religieuse», on apprend dans le désordre que:

  1. «Le respect et la protection de la liberté de croyance religieuse constituent une politique fondamentale du Parti communiste et du gouvernement chinois vis-à-vis des affaires religieuses.»
  2. «La liberté de croyance religieuse est protégée par la Constitution»
  3. «Les activités religieuses pratiquées par les étrangers sont protégées en Chine selon la loi»
  4. «La Chine s’en tient au principe d’indépendance et d’autonomie dans les affaires religieuses»
  5. «La Chine traite de manière appropriée les relations entre la religion et d’autres secteurs»
  6. «Le système d’éducation religieuse s’est perfectionné en Chine»
  7. «La Chine a imprimé 80 millions d'exemplaires de la bible pour les églises chinoises, en chinois, en 11 écritures d'ethnies minoritaires et en braille»

Bibles

Ces 80 millions de bibles made in China – comprenez validées par le régime – ne peuvent être vendues qu’au sein des églises chinoises officiellement enregistrées.

Toutes les autres Ecritures sont désormais illégales sur les terres de Xi où l’on recense officiellement quelque 200 millions de croyants dont 70 millions de Chrétiens (catholiques, protestants ou évangéliques). Soit davantage de chrétiens que de membres du PCCC... D'autres avancent le chiffre d'une douzaine de millions de catholiques, clandestins ou officiels, 100 millions de protestants dont 65 millions d'Evangéliques.

Que la progression de ces derniers soit fulgurante au point que la Chine pourrait devenir, d’ici à 2030, le pays qui compte le plus de Chrétiens au monde (224 millions), ne change rien à ce Xe décret: depuis Vendredi saint (tiens!), depuis la publication du livre blanc, les bibles «圣经» n'ayant pas passé le contrôle du parti ont disparu de tous les points de vente en ligne, notamment sur les sites Jingdong, Taobao, ou même Amazon.

Eglises

Les bibles ne sont pas les seules à disparaître. Des églises subissent le même sort: des dizaines d'entre elles, des centaines plus probablement, sont fermées aux quatre coins du pays, quand elles ne sont pas détruites. Derniers exemples.

  • Fin février, les autorités de la province de Guangdong (sud) ont fermé «Shekou One Country», une grande église protestante de Shenzhen comptant quelque 3000 fidèles, des Européens, Américains, Australiens, Philippins et des ouvriers migrants chinois.

  • A Lanzhou, dans la province du Gansu (centre), quatre églises ont été fermées ces derniers semaines.

  • A Zhifang, province du Shandong (est), l'unique église catholique de la ville a été rasée au lendemain de Noël.

  • Dans la province du Henan (centre-est), l'annonce, fin février, de la démolition de tous les bâtiments religieux non approuvés par le gouvernement, a fini d'inquiéter les catholiques de la région quant à une xième répression de leur liberté religieuse.

  • Dans la province de Shangxi (nord), la «Golden Lampstand Church», méga-église évangélique d'une congrégation de... 50 000 fidèles, a été détruite à l'explosif à Linfen en janvier dernier.

    Dynamitage de la méga-église évanglique de Linfen le 11 janvier dernier.

  • Enfin, plusieurs provinces ou régions ont interdit l'accès des églises aux enfants. Prêtres et pasteurs ont été sommés de placarder des pancartes d'interdiction aux moins de 18 ans à l'entrée des lieux de culte.

Croix

Les églises qui ont échappé jusqu'ici à leur fermeture ou aux bulldozers ne sont pas épargnées pour autant: on ne compte plus les croix arrachées des clochers ou des dômes des édifices religieux encore debouts. Depuis quatre ans, les règlements provinciaux exigent que les croix ne parent plus les sommets des églises mais soient placées contre leurs façades – «à un dixième de leur hauteur, pas plus». Et puis, fini les croix rouges: «Leur couleur devra se confondre avec celle de l'édifice».

Cette politique s'inscrit dans le cadre de la campagne «Trois rectifications pour une démolition». Les observateurs évoquent plusieurs milliers de croix retirées, 1200 rien que dans «une seule province» – le Henan? ou plus vraisemblablement le Zhejiang (sud-est), surnommé «la Jérusalem chinoise» en raison de la concentration de chrétiens, notamment dans la ville-préfecture de Wenzhou).

Plus question de laisser se dresser des croix sur les clochers ou les dômes des églises. © DR / Bon pour la tête

«Eglises de maison»

Elles vivent dans la clandestinité depuis plus de 50 ans. Nées après la proclamation par Mao Zedong de la République populaire de Chine le 1er octobre 1949 et contraintes à la clandestinité durant la Révolution culturelle, les «Eglises de maison» ou «Eglises souterraines» n'ont cessé depuis lors de se multiplier. La décision de Deng Xiaoping, en 1978, de reconnaître officiellement le taoïsme, l’islam, le catholicisme, le protestantisme, et le bouddhisme, n'a en rien freiné leur développement.

Les «Eglises de maison» se compteraient aujourd'hui en millions et réuniraient quelque 60 millions de fidèles clandestins. Des familles, des amis qui font culte en toute illégalité dans leurs appartements, dans des parcs, et autres lieux tenus secrets. Impossible de connaître le nombre d'arrestations et le nombre d'«églises de maison» fermées ou détruites ces dernières années par les autorités chinoises. Mais des cas sont rapportés à Pékin, dans le Hubei (centre-est), au Xinjiang (nord-ouest). Et tout particulièrement dans le Henan (centre), à commencer par sa métropole, Nanyang (11 millions d'habitants).

Ici, depuis le mois dernier, les chrétiens participant à des rassemblements religieux dans les maisons sont non seulement menacés voire amendés de 4500 francs s'ils persistent dans cette voie, mais en plus sont contraints de rejoindre une des cinq églises officielles, indique ChinaAid. Des menaces tout sauf en l'air: fin 2016 déjà, toujours dans le Henan, à 200 kilomètres de là, une «église de maison» a été détruite à coup de bulldozers. Le pasteur et sa femme qui tentaient de les arrêter y ont été enterrés vivants.

Ouïghours (musulmans turcophones)

Au Xinjiang, qui subit une sinisation comparable à celle du Tibet, son voisin bouddhiste qui depuis 68 ans subit d'incessantes campagnes de persécutions culturelles et religieuses, la situation des croyants n'est pas plus enviable. Les ouïghours musulmans de cette sublime région que traversait autrefois la Route de la soie sont harcelés quotidiennement. Systématiquement pourchassés par Pékin pour «terrorisme», ils voient également leur foi sous constante surveillance.

Fin de Ramadan à Kashgar, Xinjiang, 2 octobre 2008. © Papiers de Chine

Deux exemples récents: chaque membre de l’ethnie des Ouïghours aurait été contraint de remettre tout objet islamique présent dans sa maison, des exemplaires de Coran, tapis de prières et tout autre symbole religieux. Depuis l'été dernier, le gouvernement chinois leur ordonne aussi de télécharger sur leur smartphone l'application «Jingwang» qui permettrait de détecter automatiquement les vidéos, images, e-books et documents électroniques religieux se trouvant dans les téléphones de ces Chinois musulmans turcophones.

C'était hier? Non, c'est aujourd'hui en Chine. Le grand bond en arrière.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

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