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Actuel / Relations Sociales

50 nuances du Coronavirus ou tout ce que vous avez voulu savoir sur le sexe à l’ère de la pandémie sans jamais oser le demander

L e réel avec ses risques et ses contraintes, ses sécrétions corporelles et ses violences conjugales ne nous tente plus. Victime la moins pleurée du Coronavirus, il nous oblige néanmoins à réinventer nos relations sociales et sentimentales avant le passage vers le tout virtuel.

Un ami délicieux, le philosophe Luc-Olivier d’Algange a opportunément rappelé à ma mémoire les poètes de la revue Le Grand Jeu, Roger Gilbert Lecomte et René Daumal, lesquels par quelque artifice d’imagination, se donnaient des rendez-vous dans les rues de Paris sans quitter leur lit. Confinés chacun de son côté, moi avec le Covid-19, mon ami cher avec un problème oculaire, nous avons décidé d’appliquer leur méthode pour nous retrouver dans un café agrémenté d’une belle terrasse avec vue sur les Invalides. S’il s’agit là d’une version sublimée à l’extrême du virtuel, les premières semaines d’un confinement quasi planétaire semblent s’accorder sur un point: le réel est mort et enterré. C’est peut-être même la victime la moins pleurée du Coronavirus.

Constat exagéré? Jetons plutôt un coup d’œil sur les faits: les infirmières et les médecins à bras le corps avec une catastrophe sanitaire sans précédent se font acclamer chaque soir par les Français sur leurs balcons. Ces mêmes professionnels dévoués et vénérés, trouvent sur les portes de leurs appartements les injonctions à déménager déposées par leurs voisins. De loin, la pandémie nous a réunis dans l’effroi et dans la volonté de sauver le maximum de vies. De fait, la vie avec les risques qu’elle comporte de contamination, de souffrances, de violences, de déceptions, et de mort pour finir, n’a jamais été aussi dépréciée et rejetée. Certes nous voudrions toujours vivre, travailler, nous aimer et nous envoyer en l’air, mais de grâce! que cela ne menace pas notre sécurité, notre intégrité corporelle, ou notre bien-être tout simplement.

A circonstances extrêmes, solution radicale: il ne nous reste qu’à déménager collectivement dans un monde parallèle! La vie y est plus douce et l’air moins pollué. Pour ce faire, pas besoin non plus d’une verve poétique très inspirée. Mark Zuckerberg et les mystérieux propriétaires de la plateforme Pornhube qui diffuse des vidéos pornographiques en streaming, ont eu la délicatesse d’anticiper les désarrois de tous les terre-à-terre, sinon des corps-à-corps, soudain contraints de composer avec l’imaginaire. Les amitiés, les amours, la séduction, les relations et les rapports, s’incarnent désormais à distance, dans un cadre imposé mais gratuit depuis peu. Il suffit de cocher la case de majorité d’âge requise. Il n’y a pas à hésiter!

Le nombre de divorces dû au confinement explose avec la même force révolutionnaire que la fréquentation des sites pornographiques et des réseaux sociaux. Le visionnage de films porno est en hausse mondiale de 11%, en France cette augmentation dépasse 38%, en Espagne 60%. En parallèle, l’accroissement des violences conjugales de 30% en une semaine à peine, crée un malaise. Le couple, qu’il soit envisagé durable ou éphémère, pour la vie ou pour une heure, gagne à demeurer conceptuel. Ainsi, à l’heure du changement de paradigme, l’erreur la plus courante consiste à fantasmer sur le confinement avec un partenaire, qu’il soit de préférence autre que le légitime est un autre sujet.

«Etes-vous confinée seule?» est devenu une nouvelle approche en vogue des lovelaces virtuels, dont il convient de saluer la rapidité d’adaptation, mais condamner sans réserve l’espoir, même faible, d’engager une liaison qui connaîtrait un prolongement dans de vrais draps sentant bon l’assouplissant. Il n’en est pas autrement en ce qui concerne les desseins des plus audacieux parmi nous: achats compulsifs de fouets, cravaches, menottes en moumoute rose et autres bandeaux en satin, relèvent des passions de jadis. L’avenir appartient aux prévoyants qui investissent dans des gadgets érotiques interconnectés. Les traditionnalistes ne devraient toutefois pas désespérer. Comme le suggèrent les animateurs du site libertin Wyylde: «on touche, mais avec les yeux».

Les conséquences du Coronavirus sur nos pratiques sexuelles méritent une analyse à part. Mais les prémices ne trompent pas : évitant le partage des postillons, la levrette serait devenue, à ce qu’il paraît, la position favorite des Français. Les adeptes des sports extrêmes signalent quant à eux, qu’il serait de mauvais goût de continuer à cracher sur son partenaire, tout comme de commander un costume d’infirmière pour stimuler un jeu érotique.

Pas certain dans ces conditions que 50 nuances de Gray se maintienne au sommet des ventes. Des ajustements s’imposent, la législation devrait les suivre. Nos pensées vont à Benjamin Griveaux, malheureux candidat à la mairie de Paris, compromis par un scandale de sextapes qui l’ont montré aux yeux du monde en train de se masturber devant la caméra de son téléphone portable. A l’heure actuelle il semblerait juste de considérer cet homme comme un avant-gardiste incompris, en avance de quelques semaines sur son époque. Et pour nous épargner une déferlante d’affaires du même acabit, la chute du gouvernement- qui sait, il y a urgence à voter des lois allant clairement dans le sens de la défense des pratiques sexuelles responsables.

Que les romantiques et les raffinés se sentent toutefois rassurés: si on ne s’embrasse plus, rien ne nous empêche de l’imaginer avec une passion toute neuve. Pour le reste, suivons l’indication des amants éconduits d’autrefois qui, à l’instar de mon ami proche, pouvaient dire dans un soupir mélancolique de la femme qu’ils n’avaient pas réussi à séduire: «Je la fréquente d’une régulière imagination».

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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