keyboard_arrow_left Retour
ACTUEL / REPORTAGE

Au pays des gueules noires

L e photographe Roland Sauter a sillonné à vélo les routes de la Sarre, autrefois bassin sidérurgique florissant, aujourd'hui à l'abandon. Ses habitants tentent de faire revivre le patrimoine industriel et architectural de la région.

L’Allemagne est le paradis du cycliste.
L’urbanisme est pensé pour les vélos, les routes leur font une place respectable. Le vélo est omniprésent dans les villes, la campagne est couverte de pistes cyclables, les trains conçus pour transporter d’innombrables vélos dans presque chaque wagon.

© Roland Sauter

La région que je découvre, la Sarre, fut un haut-lieu de la sidérurgie.

Aujourd’hui, presque toutes les usines sont fermées, les gueules noires à la retraite.

Le passé est dans la grisaille, l’avenir n’est pas haut en couleurs.

Les hauts-fourneaux de Völkingen

© Roland Sauter

Dans la sidérurgie allemande, Völkingen était le joyau de la couronne.

© Roland Sauter

Concentré de savoir-faire et d’innovations technologiques, Völkingen ne survit pas à la crise de la sidérurgie, et ferme ses portes en 1986.

© Roland Sauter

En 1994, l’UNESCO inscrit l’usine de Völklingen au «Patrimoine Culturel Mondial».

© Roland Sauter

© Roland Sauter

Sidérurgie coquine

Ces tuyaux de plus de trois mètres de diamètre recueillent les gaz toxiques au sommet des hauts fourneaux. En allemand, la jonction de deux tuyaux s’appelle “Hosenrohr”.

© Roland Sauter

Les couleurs de l’acier

Dans ces anciennes usines sidérurgiques, l’acier a été peu à peu attaqué par les gaz et la chaleur — il en résulte des structures qui ravissent l’œil du photographe.

© Roland Sauter

© Roland Sauter

© Roland Sauter

© Roland Sauter

L'architecture industrielle

© Roland Sauter

Aux temps glorieux de la sidérurgie, l’argent coulait à flots et permettait même aux bâtiments industriels d’avoir de fort belles façades.

Les «Hochbunker»

Les villes de la région — Saarbrücken, Sarrelouis, Trèves, Aix-la-Chapelle — recèlent d’innombrables trésors architecturaux, notamment romains.

Trèves était au IIIème siècle l’une des quatre plus grandes villes du monde, les Romains en avaient fait une forteresse.

Aix-la-Chapelle était au IXème siècle la nouvelle Rome, et sa cathédrale, construite quatre siècles avant celle de Lausanne, est stupéfiante de beauté.

Mais il y a aussi des architectures récentes qui me fascinent: les «Hochbunker». Boris Becker les a photographiés à la fin des années 1980. Ce sont des abris anti-aériens, construits au milieu des villes, parfois camouflés, prenant la forme d’anciens châteaux-forts.

© Roland Sauter

Voici l’un de ces «Hochbunker» que j’ai découvert au coeur de Trèves. Construit en 1942, il mesure 38 mètres de hauteur. Son toit pointu devait dévier une éventuelle bombe. Ses murs extrêmement épais ont empêché toute autre utilisation du bâtiment, resté vide depuis 1945.

Une économie à l’arrêt

© Roland Sauter

L’arrêt de la plupart des hauts-fourneaux a ruiné l’économie de la région. Völkingen employait 17’000 personnes — aujourd’hui, peut-être une centaine. La pandémie, elle aussi, a laissé de lourdes traces, que laissent deviner les panneaux d’affichage inutilisés depuis des mois.

© Roland Sauter

Les magasins ferment les uns après les autres, même ceux qui ont cent ans d’ancienneté.

© Roland Sauter

Un autre paysage

Les lignes élancées des éoliennes ont remplacé les structures massives des hauts-fourneaux; leurs fumées toxiques ont fait place aux colonnes de vapeurs des centrales nucléaires.

© Roland Sauter

© Roland Sauter

Agriculture des grandes surfaces

Une agriculture intensive qui laisse pourtant, çà et là, quelques bosquets.

Märklin Märchenland — ah que le passé était beau...

Lillendorf était autrefois une grande gare, avec sept voies, comme me le raconte un cheminot retraité. Il s’est battu, avec quelques camarades, pour réunir un peu d’argent et rénover le bâtiment de la gare, devenu attraction touristique. Karl est en train de remettre en fonction un sémaphore d’autrefois.

© Roland Sauter

Routes forestières

Les pistes cyclables sont légions en Allemagne — mais les cyclistes aussi. J’ai quitté ces lieux bruyants et encombrés qui évitent montées
et descentes, préférant les chemins forestiers, l’effort, le silence et la beauté de la nature.

L'auteur et sa monture. © Roland Sauter


Découvrez le travail et les autres reportages (Caucase, Russie, Iran, Japon, Sénégal,...) de Roland Sauter sur son site internet.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

© 2020 - Association Bon pour la tête | une création WGR