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A VIF / Echallens

Echallens met en scène ce qu’elle n’est plus

P our la Fête du blé et du pain, le chef-lieu du Gros-de-Vaud se déguise en paysanne, mais ne fait pas vraiment illusion.

Echallens est une petite ville plutôt moche, ayant renoncé à son cachet, à son ancestrale culture paysanne, à son caractère. Au fil des ans, le chef-lieu du Gros-de-Vaud s’est transformé en banlieue lausannoise, fier d’accueillir de plus en plus d’habitants et de plus en plus de voitures. Il s’y construit de grands immeubles et chaque parcelle est rentabilisée par d’habiles promoteurs.

Jusqu’au 26 août, Echallens tente de donner un autre spectacle d’elle-même. La Fête du blé et du pain est une tradition qui voit, tous les dix ans, les habitants de la région – et au-delà – se souvenir d’un passé pas si lointain où l’on y était en pleine campagne, au milieu des champs de blé, et où la vie était rythmée par les travaux agricoles et non pas par les bouchons routiers qui bloquent la circulation aux heures de pointe.

Pour l’occasion, la ville s’est déguisée en paysanne, à grand coup de bottes de paille, d’épis de blé et de copeaux de bois.

L’édition 2018 de la grande fête challensoise, la quatrième, a pour point d’orgue le spectacle «Solstices». Joué tous les soirs en plein air devant des milliers de spectateurs, il met en scène près de 400 figurants, 200 chanteurs, 60 musiciens et quelques comédiens. 

Le pain ou l'or?

Que raconte «Solstices»? Dans un moyenâgeux passé, les habitants d’Echallens ont faim. Tellement faim qu’ils mangent leurs mulets – c’est de là que leur viendrait leur sobriquet officiel de Rondze-Mulets, de rongeurs de mulets. Ils subissent la tyrannie d’un méchant seigneur, sont désespérés. Trois courageux personnages – deux femmes et un homme – partent à la recherche d’un trésor qui va résoudre tous les problèmes.

Leur quête sera pleine de péripéties et de rencontres insolites. A la fin, ils doivent choisir entre des coffres remplis d’or ou la recette du pain. Ils choisissent bien évidement le pain, délaissent l’or et reviennent chez eux en héros. Tout le monde chante, danse, se réjouit, c’est merveilleux. Et les spectateurs se lèvent pour applaudir cette ode aux valeurs «naturelles», ce magnifique renoncement à la trivialité de l’or.

Mon voisin de rangée, qui a bien compris de quoi il s’agit, murmurera, un peu déconfit: «Mais, c’est une histoire gauchiste…»

Ce qui est certain, c’est que cette histoire est l’exact contraire de celle que vivent les Challensois. En 2018, c’est l’argent des promoteurs qui a été choisi et privilégié, et le pain, la majorité des gens en a perdu la recette et l’achète au supermarché, sous sa forme industrielle.

A Echallens, le mot «blé» doit aujourd'hui être compris dans son acception argotique, pas comme une céréale.

Voilà une idée pour les futurs concepteurs de la fête, dans dix ans.


La Fête du blé et du pain, jusqu’au 26 août. www.echallens2018.ch


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