keyboard_arrow_left Retour
AILLEURS / Liberté de la presse

Soudain Malte livrée aux mafias fait peur

L 'assassinat de Daphne Caruana Galizia, journaliste d'investigation à Malte, suscite en Europe des commentaires lourds d'inquiétude. Revue de presse.

Des intimidations systématiques

L'intimidation des représentants des médias est une vieille habitude à Malte, explique le chroniqueur Andrew Azzopardi dans The Malta Independent:

«Ce qui s'est produit lundi après-midi n'a pas seulement été un crime – ce fut aussi une attaque portée contre tous les journalistes qui tentent d'articuler des idées, de rapporter des dysfonctionnements, poser des questions et faire la lumière sur des réalités sociales. Il ne s'agit pas seulement de l'assassinat de Daphne, mais aussi d'un Etat qui n'a pas su nous protéger, d'institutions affaiblies par une rhétorique hostile. (...) Les intimidations, les pressions, le harcèlement et la coercition qu'ont subies et que continuent de subir les journalistes ne sont hélas pas un phénomène nouveau.»

L'article en anglais de The Malta Independent: «Lost for words»

L'impunité attire la mafia

Il sera intéressant de voir la réaction de Bruxelles, commente le journal grec Protagon:

«Dans ses analyses, Galizia décrivait comment le petit Etat insulaire – qui a assuré la présidence tournante de l'UE il y a quelques mois – a été abandonné aux organisations criminelles et est devenue le repaire de la mafia internationale. ... Mais ce petit Etat dans lequel des journalistes sont assassinés est malgré tout en Europe. Et il se pourrait que les assassins de Galizia aient commis là une erreur. Sa mort, outre une grande vague de colère internationale, a aussi provoqué la réaction de l'UE. Peut-être que Bruxelles jugera nécessaire de remédier aux phénomènes comme ceux de Malte, où l'indifférence à l'égard des règles – règles que les partenaires du Nord ne cessent de revendiquer – a permis au crime organisé de s'emparer d'un pays entier.»

L'article en grec de Protagon: «Οι άνθρωποι από τη Μάλτα: ποιοι δολοφόνησαν την Ντάφνε Γκαλίτσια»

La lutte anti-corruption, une formule creuse

Pour Daily Sabah (Turquie), ce meurtre est problématique pour l'UE:

«La lutte contre la corruption est l'une des valeurs phares de l'Union. Comme le sujet traité par Galizia a mené à sa mort, il sera intéressant de voir les mesures que prendra l'UE pour gérer le problème à Malte. L'Etat insulaire est-il la seule exception au sein de l'UE, laquelle prétend vouloir servir de modèle pour le monde entier? Tout le monde se le demande aujourd'hui. (...) L'UE doit s'attacher en priorité aujourd'hui à protéger la vie des journalistes avant de défendre la liberté de la presse. Dévoiler des affaires de corruption ne devrait jamais se solder par des évènements aussi tragiques.»

L'article en anglais de Daily Sabah: «Why was Daphne Caruana Galizia murdered?»

Haro sur la liberté de la presse

Le meurtre de la journaliste amène Kristeligt Dagblad (Danemark) à s'interroger sur les dangers qui pèsent sur la liberté de la presse:

«Après l'effondrement du communisme, on aurait pu croire que la conception occidentale de la liberté, avec le droit des médias d'exercer librement leur sens critique, gagnerait du terrain. Or c'est une politique de plus en plus autoritaire et opportuniste qui a le vent en poupe. A ceci vient s'ajouter le développement numérique. La contribution de géants comme Google et Facebook à une presse critique reste minime, d'autant que les recettes publicitaires ne profitent plus au journalisme, mais aux actionnaires. (…) La liberté de la presse est plus qu'un cadre juridique. Il faut la défendre sur le plan législatif, mais elle requiert aussi une société civile active. (...) Nous devons tenter de préserver la liberté de la presse en tant que culture.»

L'article en danois de Kristeligt Dagblad: «Maltas enlige stemme mod korruption er sprængt til tavshed»


Le dernier article de Daphne Caruana Galizia, publié sur son blog juste avant son assassinat: «That crook Schembri was in court today, pleading that he is not a crook»

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

© 2019 - Association Bon pour la tête | une création WGR