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ACTUEL / Europe de l'est

De la Roumanie, Viktor Orbán se rêve en sauveur d’une Hongrie assiégée

A moins d'un an des élections législatives hongroises, Viktor Orbán a choisi l'Université d'été Tusványos à Băile Tușnad (Roumanie) pour tenir son premier meeting. Devant une foule de sympathisants, il a placé la campagne à venir sous les auspices de l'avenir de l'Europe, pourfendant l'immigration musulmane et «l'empire Soros».

Ludovic Lepeltier-Kutasi hu-lala.org


Comme à la maison. C’est la petite station thermale de Băile Tușnad – en Roumanie – que Viktor Orbán a choisie pour donner son premier meeting de campagne, à l’occasion de la conférence plénière de l’Université d’été Tusványos, qui rassemble chaque été des milliers de participants, la plupart issus de la minorité magyarophone de Transylvanie. A moins d’un an des élections législatives hongroises, le Premier ministre sortant a conféré au scrutin un enjeu européen: celui de la lutte de l’Union européenne contre «l’empire Soros» et le rétablissement de la souveraineté des États-nations. «Un pays fort», tel est le slogan sous lequel le candidat du Fidesz affrontera ses concurrents au printemps prochain.

Devant une foule de sympathisants, Viktor Orbán a distillé ses recommandations pour une Hongrie aux avants-postes de l’Europe de demain: une croissance économique robuste, un État stratège, une démographie vigoureuse, la protection des frontières et le refus de l’immigration au nom de la préservation des identités culturelles. «Il n’existe pas d’intégration qui fonctionne», selon le chef du gouvernement hongrois, lequel estime que le recours à l’immigration de travail «ne fait qu’aggraver les problèmes». Dans le collimateur de Viktor Orbán, «l’immigration musulmane», accusée «de s’opposer à l’existence et à la culture européennes».

Le leader national-conservateur a été particulièrement virulent envers son «meilleur ennemi» George Soros, ainsi que contre les élites européennes présentées comme ses affidés. Il s’en est pris nommément au vice-président du Parlement européen, Frans Timmermans, le qualifiant de «grand inquisiteur» en raison de son activisme contre la dérive institutionnelle du gouvernement polonais. Viktor Orbán a également ciblé le social-démocrate allemand Martin Schulz, coupable selon lui de faire son beurre électoral sur le dos de la Hongrie, à quelques mois des élections législatives en Allemagne.

Viktor Orbán a plaidé pour une réforme du fonctionnement de la Commission européenne trop politisée à son goût, mais également pour une intégration des pays des Balkans dans l’UE, afin de garantir la stabilité de la région.

Une adresse aux Hongrois d’outre-frontières

Le Premier ministre hongrois a profité de la tribune offerte par l’Université d’été Tusványos pour s’adresser aux cinq millions de magyarophones vivant en minorité linguistique et culturelle dans les pays riverains de la Hongrie. «Ne faites pas qu’applaudir, montrez aussi la voie, vous avez votre mot à dire», a notamment déclaré Viktor Orbán en direction de ces «Hongrois d’outre-frontières», lesquels avaient voté à 95% pour le Fidesz lors des précédentes élections législatives de 2014.

Si la foule était ultra majoritairement acquise au chef du gouvernement hongrois, deux jeunes femmes ont voulu montrer leur opposition à Viktor Orbán en jouant du sifflet, comme les y avait invitées Péter Juhász, président du parti d’opposition Együtt. Elles ont été évacuées manu militari par le service d’ordre, l’une des deux s’étant faite traîner au sol par des personnes présentes dans la foule


Ludovic Lepeltier-Kutasi est doctorant, directeur de la publication de Hulala, Doctorant en géographie (Université François-Rabelais, UMR CITERS/associé au Centre de recherches en sciences sociales (CEFRES) de Prague


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