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ANALYSE / Coronavirus

Une leçon d'humilité

L a brusque résurgence des infections de Covid-19 a réduit au silence les négationnistes les plus virulents. Mais l'obligation (ou pas) du port du masque n'est que la pointe d'un immense iceberg.

Depuis la mi-octobre, on n'entend plus guère s'exprimer les négationnistes de la pandémie. Les conspirationnistes et leur avant-garde, les militants antimasques, semblent être rentrés dans leur grotte après avoir multiplié les manifestations bruyantes sur les réseaux sociaux et dans la rue, traité les médias de «merdias» parce qu'ils ne relayaient pas suffisamment leurs vues, et accusé les autorités de chercher à anéantir les libertés individuelles.

Malheureusement pour eux, les faits sont têtus. Ils sont plus forts que les convictions les mieux ancrées. Et ces faits montrent non seulement que le virus est plus que jamais parmi nous, qu'il est dix fois plus létal que la grippe saisonnière, qu'il peut laisser des stigmates durables même sur les personnes en excellente santé. Et surtout, qu'on n'en sait encore pas grand-chose, même si on en sait beaucoup plus qu'au printemps dernier.

Le virus est une formidable leçon d'humilité pour tout le monde. Pour les autorités sanitaires d'abord, qui doivent admettre qu'elles sont fort loin de maîtriser le phénomène. Pour les responsables politiques et administratifs qui, par deux fois, en mars et ce mois d'octobre, se sont laissés surprendre avant d'annoncer diverses restrictions, à l'instar de celles du Conseil fédéral de ce mercredi. Pour chacun d'entre nous, contraints d'admettre les bouleversements dans nos vies et dans nos valeurs, au moins le temps d'une pandémie. C'est évidemment très désécurisant. Pourtant, l'Humanité n'en est pas à sa première expérience, de très loin s'en faut! Mais comme pour toutes les mauvaises expériences, individuelles et collectives, on s'empresse d'oublier.

L'Etat ne s'est pas doté des moyens suffisants pour cartographier finement l'évolution du virus. Il faut souvent plusieurs jours pour obtenir un rendez-vous pour se faire tester. Des candidats au test (notamment sur la base des alertes de l'application Swisscovid) ne peuvent parfois tout simplement pas se faire tester, faute d'infrastructures suffisantes. Il est vrai que les tests coûtent quelque chose à la collectivité, et que celle-ci, à commencer par ses élus, n'a pas osé prendre le risque de dépenser plus que le strict nécessaire. Il n'est pas certain que l'introduction de tests rapides parvienne à combler ce manque.

Le manque d'information relative à l'évolution effective du virus conduit à des erreurs d'analyse plus globales comme celle de croire que la pandémie est maîtrisée (une conviction largement partagée jusqu'au début du mois d'octobre). Cette ignorance alimente et renforce les thèses conspirationnistes. Elle amène l'opinion à se tromper de cible et à s'en prendre à l'obligation de porter un masque. Ce bout de tissu sur la bouche et le nez serait une atteinte fondamentale à la liberté d'expression, ont-ils osé affirmer.

Si le masque était notre principal problème, nous serions les gens les plus heureux de la terre! Allez demander aux Iraniennes contraintes de porter le voile, aux Saoudiennes obligées (entre autres) de se vêtir de la vilaine abaya, aux Syriens, aux Ouighours et à toutes les autres innombrables victimes des atteintes aux droits fondamentaux ce qu'ils pensent de ces cris d'indignation face au masque: ils se tordraient de rire de nos préoccupations d'enfants gâtés et de petites natures effarouchées.

Donnons-nous plutôt les moyens, humains, financiers, pour combattre ce qui doit être combattu en priorité: la pandémie. Nous disposons de l'outil le plus efficace: une démocratie, qui nous permet d'informer et de débattre en toute transparence des causes et des moyens les plus efficaces. Débattre, adopter des mesures proportionnées, ce n'est pas courber l'échine devant le gouvernement, contrairement à ce qu'essayent de nous faire croire les opposants au masque et aux diverses restrictions! La transparence que seule permet une démocratie doit restaurer la confiance, ingrédient indispensable à la nécessaire mobilisation des forces de chacun. Cette transparence ne peut évidemment s'appuyer que sur la connaissance la meilleure possible des faits, et doit permettre leur reconnaissance. Et mettre fin au négationnisme, aux théories de la conspiration et autres réflexes d'enfants gâtés.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Yves Genier, Anna Lietti, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet (ordre alphabétique).

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