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Analyse / La Genève internationale

Genève mieux servie avec Biden? A voir

L es partisans des Démocrates à Genève se sont aussitôt réjouis de la victoire de Joe Biden. Le multilatéralisme, si malmené par Donald Trump, allait revivre et la Genève internationale n’aurait qu’à s’en féliciter. Tant de candide espérance reste à prouver.

Sur la forme, il est certain que le ton va changer. Avec le centriste prudent qu’est Joe Biden, finis les tweets rageurs, les vulgarités de langage et la brutalité des décisions. La politique étrangère américaine va retrouver le ton lisse et policé qu’elle avait eu à l’ère Obama, tout en sourires et en beaux discours qui plaisaient tant aux diplomates européens, habitués aux échanges feutrés entre gens de bonne compagnie.

Mais sur le fond, il y a peu de chance que les relations internationales s’apaisent beaucoup et que les Etats-Unis se coulent dans le moule du multilatéralisme tel que les Européens l’imaginent. La raison en est simple: il y a déjà longtemps, soit depuis les années 1990, qu’ils ont pris goût à ce qu’on a appelait à l’époque l’unilatéralisme, et que, sous l’influence du mouvement néo-conservateur, ils privilégient leur sécurité et leurs intérêts nationaux avant la solidarité planétaire. La croisade pour la démocratie et les droits de l’Homme, commencée en janvier 1918 avec les 14 Points du président Wilson, a pris fin sous l’ère Bill Clinton, à la fin du siècle dernier.

Dès 2008, les deux mandats du président Obama, pourtant bon démocrate lui aussi, ont confirmé ce tournant. Tout comme le grand basculement vers l’Asie et le focus sur la Chine, commencés bien avant que Trump n’en fasse ses chevaux de bataille à coups de déclarations fracassantes. La rhétorique va changer, les Etats-Unis réintégreront probablement l’OMS et l’Accord de Paris sur le climat et débloqueront (peut-être) l’OMC. Les Européens seront contents, ils se soumettront aux diktats américains avec le sourire satisfait au lieu de se boucher le nez comme ils l’ont fait avec Trump. Mais sur le fond, rien ne changera.

Car le multilatéralisme, c’est un état d’esprit. Il faut accepter de discuter avec ceux qu’on s’évertue à décrire comme des «méchants», Iraniens, Cubains, Russes, Syriens, Chinois, Palestiniens. Arrêter de diaboliser ses adversaires. Considérer les Africains comme des égaux. Le multilatéralisme exige un effort de volonté. C’est le contraire de l’entre soi. C’est ce qu’on appelle «l’esprit de Genève» mais il est souvent absent chez ceux-là même qui s’en réclament le plus.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Yves Genier, Anna Lietti, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet (ordre alphabétique).

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